Cours public 2025 : « Des états de paix »

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Argumentaire

Pour péremptoire qu’elle pouvait être, la fermeture des Portes de la Guerre, à Rome, ne préjugeait pas d’un retour à la stasis, mot grec conjoint à la physique et à la physiologie. Comme, désormais, est révoqué le triptyque « paix, crise, guerre », au profit de « compétition, contestation, affrontement » mieux à même de rendre compte d’instabilités et d’imprévisibilités parcourant l’environnement fragmenté et fortement concurrentiel devenu le nôtre, ainsi que le suggère le général Thierry Burkhard, alors que l’image gentillette du village mondial, postulant l’entraide entre voisins, n’est plus de saison. De même, l’Histoire des Relations internationales, faite d’en haut et par en haut a dû s’ouvrir aux travaux interrogeant successivement après-guerres, post-guerres, sorties de guerre marquant la dilatation du temps à travers les processus de transition. L’interrogation de complexités allant des reconstructions aux retours des prisonniers, aux procès de culpabilités et de mémoires aux conséquences économiques ou culturelles durables est centrale, tout comme le changement plus ou moins radical des horizons politiques en résulte bien souvent. Mais, pour quantifiables que peuvent être les coûts de la paix, en passant par migrations forcées, abandons territoriaux, tribut au vainqueur ou perte pure et simple de souveraineté, ils travaillent aussi sociétés et individus en profondeur avec les cortèges d’humiliation, d’intolérance, de ressentiment ou de traumas, avérés ou mythologisés propres à réembraser les conflits ; y compris par les venins communautaristes ou nationaliste. La paix n’est donc ni une catégorie, ni un invariant, mais reflète, selon les époques les possibles de vivre ensemble selon des règles ne pouvant ignorer les psychés des uns et des autres. La difficulté, pour l’historien, est de trouver ou maintenir la bonne distance entre la multiplication d’outils d’analyse à sa disposition et la conservation de la contemporanéité propre à la période examinée. Et la nôtre est, aussi, celle d’une maison qui brûle…

Résumés des conférences

14 janvier 2026

Nathalie Barrandon
Professeure d’Histoire antique, Université de Reims

La paix des Romains avec les populations celtes (époque républicaine)

Les Romains ont soumis les Gaulois, les Celtibères et les Lusitaniens entre la fin du 3e et celle du 1er s. av. J.-C. Le fait de considérer ces ennemis comme des barbares et la résistance acharnée de la plupart d’entre eux expliquent un traitement des vaincus souvent distinct de celui des autres peuples conquis. Avec la violence exercée juste après la victoire (massacre, déportation, réduction en esclavage), les modalités d’intégration dans l’empire de ces peuples furent rarement le gage d’une paix durable. L'image de ces peuples fut dévalorisée. Pourtant, ils furent ensuite parmi les plus précocement romanisés.


28 janvier 2026

Dominique Barthelemy
Membre de l’Institut, Professeur émérite d’histoire médiévale, Université Paris-Sorbonne

Faire la paix dans la France féodale (fin IXe – fin XIIIe siècles)

Dans la France féodale, la violence prend des formes diverses, mais pas nécessairement anarchiques. Elle a souvent ses codes et ses limites, qui la canalisent et favorisent la conclusion d’accords de paix. Elle concerne toutes les classes sociales, mais elle est plus dangereuse quand il s’agit des chevaliers, c’est-à-dire d’hommes nobles, seigneurs et vassaux de châteaux, adonnés aux armes et attachés à l’honneur : leurs querelles risquent d’impliquer leurs sujets et de faire d’importants dégâts. Même dans ce cas cependant, une lecture attentive des sources et une réflexion sur elles, aidée des suggestions de l’anthropologie de la vengeance, révèle une véritable culture de la paix, féodale et chrétienne.
Héritée du haut moyen âge et commune à bien des sociétés anciennes, la vendetta (échange de meurtres) est susceptible, ici comme souvent, de s’apaiser par une composition, c’est-à-dire par le versement d’un « prix de la paix », comme pour racheter le sang. Mais comment des comtes, barons et vassaux très à cheval sur leur honneur peuvent-ils renoncer à une vengeance pour de l’argent, sans perdre la face ? C’est ce que l’on tentera d’apercevoir à travers des récits de miracles ou de dons aux monastères. Spécifique au temps des principautés et des châteaux (à partir du Xe siècle), la guerre féodale entre seigneurs et vassaux de châteaux a pour enjeu des terres et des biens, et ne paraît pas très sanglante : cependant, faite de coups de main, de raids de pillages et de sièges, elle inflige aux paysans des pertes en bétail et des destructions. Et leurs seigneurs, leurs princes mêmes, ont une certaine tendance à faire la paix en se pardonnant mutuellement les torts faits aux paysans de l’autre ! Les paysans de l’an 1000 et du XIe siècle n’ont-ils aucun moyen de résister à cette oppression ? L’Église peut-elle leur venir en aide, en empêchant toute guerre féodale ? C’est l’enjeu de ce que l’on a appelé le « mouvement de la paix de Dieu ».

11 février 2026

Antoine Rivault
Maitre de conférences en Histoire moderne, Université de Bretagne occidentale, Brest

Vivre la paix au temps des guerres de Religion (XVIe-mi XVIIe siècles)

Les conflits religieux des XVIe et XVIIe s. bouleversèrent les sociétés européennes. En France, entre 1562 et 1629, l’État royal a cherché à imposer des « paix de Religion », sanctionnées par des édits dit de pacification. Désormais réévaluées et perçues comme l’avènement de « l’autonomisation de la raison politique » (O. Christin), ces paix n’en demeuraient pas moins des plus précaires. Se succédant parfois très rapidement, elles ont pu parfois apparaître comme si fragiles par les contemporains que ceux-ci se sont mis à parler de « temps des troubles » pour se représenter une période où états de guerre et états de paix tendaient de plus en plus à se confondre. De précieux (et inédits) témoignages de Français du temps des guerres de Religion seront proposés à l’analyse pour tenter d’éclairer la façon dont ceux-ci pouvaient percevoir l’irruption de la guerre, signe du « malheur des temps » ou l’apparition de la paix, « envoyée » par le Seigneur. Ce faisant, il sera proposé d’analyser la paix de Religion moins du point de vue de ceux qui l’élaboraient et la signaient que de celui de ceux qui l’ont vu apparaître dans leur quotidien.

4 mars 2026

Marc Belissa
Maître de conférences HDR émérite en Histoire moderne, université Paris-Nanterre

Les conditions de la paix : réconciliation et traités au XVIIIe siècle

Comment les hommes des Lumières définissent-ils la paix ? Quelles en sont les conditions ? Les traités de paix entre les puissances ne sont-ils que des instruments qui préparent de futurs conflits ou bien sont-ils l’expression d’un esprit de réconciliation ? De Fénelon à Kant, les « philosophes » critiquent la diplomatie des rois mais défendent aussi l’idée que les traités de paix peuvent exprimer une forme de « ruse de la nature » qui va dans le sens de l’émergence d’un droit des gens et des nations supérieur à celui des princes. La Révolution française qui proclame le principe de la souveraineté nationale — principe rejeté par les puissances européennes — marque-t-elle une inflexion ou une rupture avec les principes et les formules de l’art de la paix sous l’Ancien régime ?

25 mars 2026

Isabelle Davion
Maitresse de conférences HDR, Sorbonne Université et Institut de Stratégie Comparée

Après la Grande guerre : comment faire la paix en Europe ?

Lente a été la déprise du phénomène guerrier sur l’Europe centre-orientale à partir de 1918. Cette période confuse d’entrée dans la paix a été marquée par des conflits meurtriers alors même que se négociaient les traités de paix. Le tout a dessiné un nouvel ordre qui constitue la matrice de notre monde contemporain. En effet, l’Europe centre-orientale constitue alors le laboratoire d’un droit international novateur qui inaugure, péniblement, les instruments de poursuite pour crimes de guerre, mais également le statut des minorités et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Plusieurs autres questions, qui constituent elles aussi des interrogations très actuelles, jalonnent cette étude sur le basculement d’un conflit exponentiel à un monde de paix : comment pratiquer la diplomatie dans le chaos ? Face aux deux publics avec lesquels composer : la scène domestique, et l’opinion internationale, comment hiérarchiser ses options ?

1er avril 2026

Amy Dahan
Directrice de recherches émérite, CNRS

Enjeux et diplomatie climatiques dans le basculement géopolitique contemporain

Retrouvez le programme en version téléchargeable ici :

 

Mise à jour : janvier 2026