Jean-Claude Risset : Art, science et Technologie

Un rapport à découvrir : la mission Arts-Science-Technologie confiée par le Ministre de l'Education Nationale en 1998 au compositeur Jean-Claude RISSET.

Jean-Claude Risset
Un survol de l'informatique musicale
Sites Internet

Le contenu complet du rapport se trouve à l'adresse :

 http://www.education.gouv.fr/rapport/risset/

    

Responsable de la mission
Jean-Claude Risset

Né en 1938. Études scientifiques : Ecole Normale Supérieure - Agrégation de physique - Doctorat ès-Sciences. Études musicales : piano - écriture - composition avec André Jolivet. Recherches avec Max Mathews aux Bell Laboratories (1964-1969). Chef du Département Ordinateur de l'IRCAM de 1975 à 1979. Professeur à l'Université d'Aix-Marseille de 1979 à 1985. Président de la section "Arts du Conseil Supérieur des Universités" en 1984 et 1985. Directeur de recherche au CNRS depuis 1985, responsable de l'Equipe Informatique Musicale du Laboratoire de Mécanique et d'Acoustique du CNRS (UPR 7051). Responsable du DEA ATIAM (Acoustique, Traitement du Signal et Informatique Appliqués à la Musique).

Chercheur et compositeur. A contribué depuis les années 60 à l'exploration des possibilités musicales de la synthèse par ordinateur (synthèse des sons cuivrés, 1965, composition du son, sons paradoxaux et catalogue de sons synthétiques, 1969). Réalise en 1989 au Media Lab du MIT le premier "duo pour un pianiste". Nombreuses oeuvres pour instruments, voix, ordinateur (Little Boy, Mutations, Dialogues, Inharmonique, Songes, Passages, Sud, Phases, Invisible, Elementa ...).

Premier prix de la Musique Numérique, Euphonie d'or, prix Magisterium au Concours International de Bourges (1980, 1991, 1998). Grand prix Sacem de la promotion de la Musique Symphonique, 1981. Médaille d'argent du CNRS 1986. Prix Ars Electronica, 1987. Grand Prix National de la Musique 1990. Docteur Honoris Causa de l'Université d'Edimbourg, 1994.

Coordonnées : Laboratoire de Mécanique et d'Acoustique, CNRS, 31 Chemin Joseph Aiguier, 13402 Marseille Cedex 9, e-mail jcrisset@lma.cnrs-mrs.fr

 

 

Un survol de l'informatique musicale
Jean-Claude RISSET 

Essai de définition

L'Informatique musicale telle que nous l'entendons consiste dans la mise en œuvre et l'usage, en vue d'étendre les possibilités de la création musicale et de la musicologie, de moyens matériels et logiciels impliquant le codage numérique et le recours aux possibilités de l'ordinateur.

L'Informatique musicale est une partie essentielle de la recherche musicale. C'est la recherche en Informatique musicale, et non pas la recherche technologique, qui prépare les possibilités de création et d'utilisation musicale issues de l'ordinateur et du domaine numérique. Il s'agissait en effet d'acquérir un savoir-faire, que la technologie ne fait que mettre en œuvre. L'informatique permet de construire les applications musicales, au lieu de détourner à des fins musicales un dispositif conçu à d'autres fins.

L'Informatique musicale concerne en particulier les domaines de :
• la synthèse des sons ;
• le traitement numérique des sons ;
• la composition musicale assistée par ordinateur ;
• la communication homme-machine et la commande gestuelle en temps réel ;
• l'étude de la perception des sons complexes et des séquences de sons dans un contexte musical ;
• l'analyse musicale assistée par ordinateur ;
• l'impression et la transcription de partitions musicales par ordinateur.

C'est surtout dans le domaine du matériau sonore que l'Informatique musicale a influencé les pratiques créatrices. Il ne s'agit pas d'un rôle ancillaire : comme aimait à dire Varèse, de nouveaux matériaux sont nécessaires pour donner lieu à de nouvelles architectures. L'informatique musicale permet d'introduire une logique compositionnelle jusqu'au niveau de la microstructure sonore, comme Varèse le souhaitait déjà : elle joue un rôle significatif dans la problématique musicale de très nombreux compositeurs - surtout, mais pas seulement, les plus jeunes (citons Xenakis, Kœnig, Nono, Boulez, Berio, Ligeti, Cage, Reynolds, Riotte, Yuasa, Subotnick, Reynolds, Chowning, Bayle, Bodin, Maïguaschca, Risset, Harvey, Lansky, Smalley, Dufourt, Obst, Manoury, Murail, Lindberg, Leroux, Saariaho, Rai, Teruggi, Stroppa, Barrière, Fedele, Tutschku ...).

 

Spécificités de l'informatique musicale

Il importe de noter que l'informatique musicale ne se réduit pas à une prestation de services faisant appel à des méthodes ou des programmes banalisés. Le codage numérique crée une situation nouvelle, puisqu'il permet de traiter sous la même forme sons, images ou textes. L'ordinateur n'est pas un appareillage technologique détourné de son but premier, il n'est d'ailleurs pas vraiment un outil, mais plutôt un atelier qui permet à chacun de construire ses outils, ses langages, ses applications, sans distinction des aspects matériels et intellectuels. Le recours à l'ordinateur permet de mettre en œuvre des logiques, d'élaborer des programmes, de définir des codes, de déployer des représentations opératoires, de communiquer des données complexes. L'informatique permet l'accumulation des connaissances et du savoir-faire, leur conservation, leur dissémination, leur portabilité vers de nouvelles mises en œuvre technologiques.

Ce sont les résultats de la recherche en informatique musicale - et non le développement de la seule technologie - qui ont permis l'apparition de produits industriels performants comme les synthétiseurs ou les processeurs de signaux. Une culture se traduit et se concrétise par des outils de création : l'enjeu de l'informatique musicale est de les concevoir et de les mettre en œuvre.

L'informatique est ainsi devenue à la fois l'outil et le langage pour une quantité de recherches musicales, un peu comme ce fut le cas des mathématiques pour les sciences physiques. L'informatique musicale apparaît comme le noyau dur et le lieu fédérateur de la recherche musicale.

Et les exigences musicales ont souvent suscité des possibilités informatiques nouvelles, en posant dans le cadre de la création des problèmes nouveaux impliquant la motricité, la perception, la cognition et mettant en jeu de puissantes motivations artistiques. L'acte artistique pose des problèmes théoriques profonds et originaux, qui sont souvent sans équivalent dans les milieux de la recherche : en particulier ces problèmes sont par essence interdisciplinaires, comme la musique elle-même, qui implique motricité et perception, sensibilité et cérébralité.

Sans l'informatique musicale, l'acoustique instrumentale et l'acoustique architecturale seraient privées d'innovations des plus significatives : les espaces illusoires de Chowning, les simulations de salles de Schrœder, Damaske, Gottlob et Blauert, la caractérisation des paramètres acoustiques pertinents par le biais de l'analyse par synthèse, les modèles physiques de Cadoz, les diagrammes chaotiques de Lalœ et Gibiat, les représentations vibratoires de Rossing. Les études d'absorption active, visant à atténuer un son en envoyant une copie de ce son en oppsition de phase, seraient restées velléitaires. L'informatique elle-même a bénéficié plus d'une fois des apports de l'informatique musicale- avec les premières expériences de créativité artificielle (Hiller, Barbaud, Xenakis) ; la notion de grammaire générative, proposée par le musicologue viennois Schenker cinquante ans avant Chomsky et Backus ; les premiers langages modulaires, articulés comme le langage à partir d'éléments en petit nombre (MUSIC III de Mathews) ; les premiers ordinateurs dédiés, préfigurant les ordinateurs personnels et fournissant de nouvelles possibilités de communication homme-machine (le DDP224 de Denes avec le système GROOVE de Moore et Mathews) ; les architectures nouvelles de systèmes intégrant les impératifs temps réel et ceux de l'efficacité de calcul (comme le système informatique intégré de l'ACROE ou les stations de travail actuellement à l'étude) ; l'ordonnancement temps réel (le "scheduling" dans l'environnement graphique en programmation objet MAX de Miller Puckette) ; les modèles cérébraux de Minsky ; les propositions de Patrick Greussay pour l'analyse "intelligente" et de Yann Orlarey pour le "lambda-calcul" ; la messagerie sonore. Nombre d'étudiants musiciens de John Chowning sont chercheurs dans des firmes d'informatique comme Apple ou NexT. En acoustique, on assiste à une véritable mutation vers le numérique, que j'évoque dans un article de 1990.

Dans le domaine sonore, l'informatique libère la production du son des contraintes mécaniques : pour la première fois, elle permet d'obtenir des sons de structure physique arbitrairement complexe et parfaitement connue. Aussi l'informatique musicale a-t-elle déjà apporté des contributions décisives au traitement du signal, proposant des modèles sonores appelés "modèles de signal". Mais la maîtrise des paramètres physiques ne suffit pas : ce sont les résultats auditifs qu'il faut maîtriser. Or la relation "psychoacoustique" entre paramètres physiques et effets sensibles est bien plus complexe qu'on ne le croit. (Ainsi certains sons paraissent baisser lorsqu'on double leurs fréquences). Aussi l'exploration des ressources du son numérique est-elle inséparable d'une recherche - implicite ou explicite - sur la perception auditive. La méthodologie de "l'analyse par synthèse" a déjà bouleversé notre compréhension de l'organisation perceptive ; elle a conduit à ce qu'on appelle souvent la perspective "écologique", ou "l'analyse de scènes auditives", suivant le terme d'Albert Bregman. Cette perspective justifie le recours aux "modèles physiques".

La fécondité de l'Informatique musicale suppose que les recherches soient menées dans plusieurs contextes, et particulièrement dans un contexte musical.

L'informatique musicale a fait de l'ordinateur un outil privilégié, qui a vite pénétré de nombreux secteurs de la recherche acoustique - musique, mais aussi acoustique des salles, synthèse et reconnaissance de la parole, absorption active... Si ses objectifs concernent souvent la création et la diffusion musicale, spécialement dans des institutions comme l'IRCAM, une recherche vigoureuse est nécessaire pour permettre de tirer parti efficacement des possibilités offertes par l'informatique. L'informatique musicale est en relation étroite avec plusieurs disciplines de recherche : informatique, circuits VLSI, traitement du signal, communication homme-machine, environnements virtuels, intelligence artificielle, étude de la perception auditive et sciences cognitives. Les exigences de la musique et la forte motivation des acteurs de l'Informatique musicale ont souvent joué un rôle décisif pour promouvoir le son numérique, pour proposer de nouvelles architectures informatiques - logiciel et matériel -, de nouveaux processus de traitement du signal, enfin pour révolutionner la psychoacoustique des sons complexes.

 

Les lieux de l'Informatique musicale

L'informatique musicale est née aux Etats-Unis - aux Bell Laboratories - et elle continue à s'y développer, surtout à l'Université Stanford (CCRMA : Center for Computer Research in Computer Music and Acousticsc créé par John Chowning, avec un corpus important de recherches, d'œuvres musicales et de publications), mais aussi à U.C. Berkeley (Center for New Music and Audio Technologies, David Wessel), U.C. San Diego, M.I.T. (Media Lab), Princeton, Dartmouth College, University of Illinois, Northwestern University, Yale. Au Cal Tech, un groupe a réalisé des circuits VLSI de pointe pour la musique. Le Japon a su exploiter industriellement les acquis de la recherche (Yamaha, Casio, Roland...).

En Europe, il faut signaler l'activité en Italie, notamment le Centro for Sonologia Computazionale de l'Université de Padoue, le Laboratoire industriel IRIS près de Rome ; la Société Italienne d'Informatique Musicale est très active. Le Sonic Arts Union de Grande Bretagne est un consortium efficace de compositeurs utilisateurs. L'Allemagne est en train de combler son retard dans le cadre du grand Center for Art and Mediatechnologie de Karlsruhe, qui est un peu le pendant de Beaubourg. Il faut mentionner les recherches remarquables du Department of Speech and Music Acoustics de l'Institut Royal de Technologie de Stockholm (synthèse de la voix, analyse de l'interprétation par synthèse, acoustique musicale). A Zurich et Genève, la Swiss Computer Music Association. Des centres se développent en Espagne (Madrid-Cuenca et Barcelone) et en Allemagne (Hambourg).

La France occupe une place de choix en Informatique musicale, en raison de l'existence de l'IRCAM et de ses travaux sur synthèse, traitement du signal, modèles instrumentaux, acoustique des salles, conception et réalisation de processeurs numériques rapides et de logiciels d'aide à la composition, mais aussi d'autres centres actifs, relevant de plusieurs institutions : l'ACROE, (IMAG Grenoble), financée principalement par le Ministère de la Culture, pionnier de la recherche sur les environnements virtuels (sons, mais aussi image et toucher) et la synthèse par modèles physiques ; l'Equipe d'Informatique Musicale du LMA, laboratoire propre C.N.R.S., qui a développé la synthèse, la transformation en ondelettes et l'étude de la perception. En même temps qu'une activité importante de réalisation et de diffusion musicale GRM de l'INA (Paris) réalise une recherche fondamentale aussi bien que technologique. Il en va de même du GRAME de Lyon. On trouve d'autres acteurs d'Informatique musicale dans le cadre de Laboratoires d'Acoustique musicale ou d'associations musicales. Le GMEB de Bourges organise un Festival "Synthèses" des musiques électroacoustiques et des rencontres entre acteurs de l'Electroacoustique et de l'Informatique Musicale.

Internet conduira à une "délocalisation" des ressources de l'informatique musicale, par le biais des "studios en ligne" utilisables à distance (IRCAM, York, Barcelone) : mais les centres continueront de développer ces ressources et à régir la diffusion.

Le DEA Musique et Musicologie du XXème siècle fait une part à l'informatique musicale, et le DEA ATIAM propose depuis 1993 une introduction à l'informatique musicale à l'intention des scientifiques. L'IRCAM propose un cursus d'informatique musicale d'un an à l'initiation des compositeurs. Au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon, SONUS est un cursus d'Informatique musicale pour compositeurs sur plusieurs années. L'INA-GRM, comme d'autres centres de production, organisent des formations en vue de la réalisation musicale dans ses studios. A l'étranger, divers centres proposent des cursus sur plusieurs années.

Il faut noter que si l'informatique musicale s'est beaucoup développée en France grâce à la politique de la Direction de la musique, elle ne trouve pas aisément sa place dans les laboratoires de recherche C.N.R.S. ou universitaires, en dépit de son intérêt proprement scientifique. Seul le soutien - et l'évaluation - de la Direction de la musique du Ministère de la Culture peut assurer une exigence musicale suffisante.

 

Problèmes

La vitesse du changement technologique rend vite caducs les appareillages spécialisés, ce qui gêne la constitution d'un corpus de savoir-faire, l'approfondissement d'une tradition de composition et d'interprétation et d'écoute et la décantation de "classiques". Aussi est-il important d'assurer la portabilité des dispositifs technologiques de réalisation sonore, surtout si celle-ci est réalisée en temps réel et non "sur support", c'est-à-dire sous forme d'un enregistrement.

Bien des démarches significatives sont mal comprises, ignorées ou oubliées. La musicologie est en effet mal armée pour rendre compte des démarches de l'informatique musicale, manquant de documents immédiatement exploitable comme une partition traditionnelle. Or, la plupart du temps, ces documents existent, mais ils doivent être mis "en clair".

 

Références

P.Schaeffer (1952). A la recherche d'une musique concrète. Ed. du Seuil, Paris.
Die Reihe, n° 1 (1955/1965). Electronic music. Universal Edition (Wien)/ Th. Presser (Bryn Mawr, Pennsylvania).
A. Moles (1960). Les musiques expérimentales. Ed. du cercle d'art contemporain, Genève.
I. Xenakis (1963). Musiques formelles. Revue musicale.
P. Schaeffer (1967/1973). La musique concrète. PUF "Que sais-je?", Paris.
H. Davies, editor (1968). Répertoire international des musiques électroacoustiques. GRM & Independent Music Center (distribution M.I.T. Press).
M. Chion, G. Reibel (1976). Les musiques électroacoustiques. INA/Edisud.
D. & J.Y. Bosseur (1979/1992). Révolutions musicales. Le Sycomore, Paris.
M. Chion (1982). La musique électroacoustique. PUF "Que sais-je?", Paris.
T.B. Holmes (1985). Electronic and experimental music. Charles Scribner's sons, New York.
C. Roads, editor (1985). Composers and the computer. M.I.T. Press, Cambridge, Mass.
Nuova Atlantide - Il continente della musica elettronica 1900-1986 (avec deux cassettes d'œuvres musicales). Biennale di Venezia, 1986.
H.U. Humpert (1987). Elektronische Musik. Schott, Mainz.
Contrechamps n° 11 (1990). Musiques électroniques. Genève.
H. Dufourt (1991). Musique, pouvoir, écriture. C. Bourgois, Paris.
J.Y. Bosseur (1992). Vocabulaire de la musique contemporaine. Minerve, Paris.
J.N. von der Weid (1992). La musique du XXe siècle. Hachette.
 
 
 
Compléments sur les applications de l'informatique à la composition automatique et l'analyse musicale
 
Quelques éléments historiques à partir du texte d'André Riotte :
"L'informatique musicale sous l'angle de l'analyse formalisée",
rédigé en 1993 pour le Groupe de Travail Informatique Musicale de la Direction de la Musique et de la Danse du Ministère de la Culture et de la Communication
 
 
D. A. Caplin utilise pour la première fois en 1955, un ordinateur pour programmer le Musikalisches Würfelspiel, le Jeu de dés imaginé en 1780 par Mozart pour composer des valses, réalisant avant la lettre le premier "modèle informatique" d'une famille d'œuvres.
 
Le compositeur américain Milton Babbitt (1961), a développé dès 1955 un travail à base mathématique sur le système dodécaphonique et Lejaren Hiller, avec Isaacson, produit en 1957 la première œuvre calculée, le quatuor ILLIAC (Hiller & Isaacson, 1959) du nom du calculateur de l'Université d'Illinois.
 
Allen Forte (1973) publie son répertoire exhaustif des accords (modulo-12, c'est-à-dire à l'octave près) connu sous le nom de "set-theory", formalisme amélioré par John Rahn (1980), puis complété sur le plan temporel par Robert D. Morris (1987).
 
 
En France
Michel Philippot (1960), avant même l'utilisation effective de l'ordinateur, s'est posé le problème d'une description objective des décisions qu'il prenait pour écrire sa propre musique.
 
Pierre Barbaud (1911-1990) a le premier expérimenté une démarche algorithmique effective (Barbaud, 1966, 1968).
 
Iannis Xenakis, compositeur, ingénieur et architecte, a énoncé les bases d'une représentation mathématique de la musique libérée de la notation et du vocabulaire traditionnels (Xenakis, 1963).
 
Patrick Greussay et le groupe Art et Informatique de Vincennes ont également apporté leur pierre à l'édifice, à la fois au plan algorithmique et au plan formel ; sur ce dernier, la thèse de Greussay (1973) a marqué une avancée importante vers la formalisation de partitions.
 
André Riotte utilise à la même époque l'ordinateur pour le calcul d'un matériau musical rare, les Cycles Equilibrés (Riotte, 1963,1969) et présente en 1973 dans le cadre de l'EMAMu ses premiers travaux de formalisation analytique (un modèle informatique d'une pièce de Stravinsky).
 
 
Analyse, composition et modèles
La conjonction de la linguistique formelle et de l'informatique a produit diverses retombées sur le terrain de l'analyse musicale. La théorie la plus connue et la plus ambitieuse, qui invoque les grammaires génératives, est celle de Lerdahl et Jackendoff (1983).
 
Le principe des grammaires génératives a été utilisé par Mario Baroni et Maurizio Jacoboni pour produire par ordinateur des mélodies dans le style de corpus très spécifiques (chorals de Bach, 1978 ; pièces de Legrenzi, avec Rossana Dalmonte, 1990), ainsi que par Otto Laske (1975).
 
Divers programmes sont utilisés pour l'aide à la composition: à Stanford et au ZKM de Karlsruhe, Common Music de Rick Traube; à l'IRCAM, Patchwork, actuellement relayé par Open Music, développé par Gérard Assayag; à Lyon, Elody (Yann Orlarey).
 
 
L'analyse assistée par ordinateur
Vers la fin des années 80 émerge l'intérêt de la simulation compositionnelle comme démarche d'analyse assistée par ordinateur (Mesnage & Riotte, 1989). Un logiciel appelé Morphoscope, conçu et réalisé par Marcel Mesnage permet de formaliser l'information d'une partition comme ensemble homogène de relations, hors-temps ou en-temps, entre les paramètres musicaux de base.
 
 
Références
 
Assayag, G., & Rueda, C. (1993) The music representation project at IRCAM. Proceedings of the 1993 International Computer Music Conference, ICMA, San Francisco.
Babbitt M. (1961)Set Structure as a Compositional Determinate, Journal of Music Theory 5/1, pp. 72-94.
Barbaud P. (1966) Initiation à la composition musicale automatique, Dunod, Paris.
Barbaud P. (1968) La musique, discipline scientifique, Dunod, Paris.
Baroni M., Jaciboni C. (1978)Proposal for a Grammar of Melody: the Bach Chorales, Les Presses de l'Université de Montréal, Montréal.
Chemilier, M., & Pachet, F. (1998) Recherches et applications en informatique musicalce, Hermès, Paris.
Cope D. (1991) Computers and musical style, Oxford University Press, Oxford.
Forte A. (1973)The Structure of Atonal Music, Yale University Press, New Haven.
Greussay P. (1973) Modèles de descriptions symboliques en analyse musicale, Thèse de Doctorat, Université de Paris 8.
Hiller L.A., Isaacson L.M. (1959)Experimental Music, McGraw-Hill, New York.
Laske O.E. (1975)Introduction to a Generative Theory of Music, Sonological Reports 1, 103.
Lerdhal F., Jackendoff R. (1983)A Generative Theory of Tonal Music, MIT Press, Cambridge.
Lincoln H. ed. (1970) The computer and music, University Press.
Mesnage M. (1993) Morphoscope, a Computer System for Music Analysis, Interface Vol. 22, Swets & Zeitlinger, Lisse, pp. 119-131.
Mesnage M., Riotte A. (1988) Un modèle informatique d'une pièce de Stravinsky, Analyse Musicale n°10, Paris, pp. 51-67.
Morris R.D. (1987) Composition with Pitch-Classes, Yale University Press.
Philippot M. (1960)La musique et les machines, Cahiers d'étude de radio-télévision n° 27-28, Situation de la Recherche, Flammarion, Paris.
Rahn J. (1980)Basic Atonal Theory, Macmillan, New York.
Riotte A. (1981) Quelques réflexions sur la formalisation des structures musicales . In Regards sur Iannis Xenakis , Stock-Musique Paris.
Riotte A. (1989) Modèles et métaphores : les formalismes et la musique. La musique et les sciences cognitives, P. Mardaga, Liège, pp. 523-533.
Riotte A. (1991) Quelques réflexions sur le contrôle formel du timbre. In Le timbre, métaphore pour la composition- Ircam, Paris .
Xenakis I. (1963) Musiques formelles, Richard-Masse, Paris.
 
 
Informatique et musique : faits historiques marquants
 
1620. Anticipation d'un monde sonore nouveau dans "New Atlantis" de Francis Bacon, chancelier d'Angleterre
1840. Vision de la composition assistée par ordinateur et de l'intelligence artificielle (Lady Lovelace).
1900 env. Dynamophone ou Telharmonium de Cahill (USA) pour engendrer et transporter la musique électrique par téléphone.
1948. Musique concrète (Schaeffer, Studio d'essai, Paris).
1950. Musique électronique (Eimert, Cologne) et music for tape (Luening & Ussachevsky, Columbia, New York).
1956. Composition assistée par ordinateur ( Hiller et Isaacson) (dans les années 60 et 70 : Barbaud, Brün, Xenakis, Kœnig, Lorrain).
1957. Première synthèse de sons par ordinateur et premier enregistrement numérique (Mathews et ses collaborateurs, Bell Labs).
1959. MUSICIII, premier programme de synthèse à modules virtuels (ancêtre de MUSIC IV, MUSICV, MUSIC10, MUSIC360, MUSIC11, CMUSIC, CSOUND et des synthétiseurs numériques modulaires (Mathews)
1964. Synthétiseurs analogiques (Moog, Buchla, Ketoff)
1964/1969. Imitation d'instruments et réalisation de paradoxes par synthèse (Bell Labs)
1968. Mouvements sonores virtuels (Chowning, Stanford)
1968. Ordinateurs dédiés.
1969. Systèmes hybrides temps réel.
1969. Catalogue de sons synthétiques (Risset, Bell Labs)
1969/78. Synthèse par modèles physiques
- Ruiz, Univ. of Illinois & Bell Labs ;
- Cadoz et Florens, ACROE Grenoble, avec la synthèse des images par Luciani
1970. Synthèse par modulation de fréquence (Chowning, Stanford Univ.)
1974. Synthétiseurs numériques (Synclavier, Appleton & Alonso, Dartmouth)
1976. Espaces de timbre (Grey, Wessel, Stanford, Michigan, IRCAM)
1976-1978. Synthétiseurs 4A, 4B, 4C, 4X (Di Giugno, IRCAM ; Alles, Bell Labs)
1977/... Ordinateurs personnels (AppleII, Commodore, Atari, 1982 : compatibles PC, 1984 : Macintosh)
1979. Programme CHANT (IRCAM)
1980. Touche à retour d'effort, ACROE (Cadoz & Florens)
1982. Studio 123 - traitement des sons par ordinateurs (GRM, Paris)
1983. Format MIDI (Sequential Circuits, Roland, etc)
1983. "Synthetic performer" (Vercœ, M.I.T. & IRCAM)
1983. Commercialisation de l'enregistrement numérique.
1983. Synthétiseur FM DX-7 (Yamaha)
1984. Langage CORDIS pour la modélisation physique (ACROE)
1984. Système de spatialisation (GRAME)
1985... Logiciels d'aide à la composition (Formes, Pla, Patchwork, Mosaic, Common Music)
1987. Ordinateur NeXT avec messagerie et sortie sonore, et logiciel musical.
1988. Radio-drum & "Intelligent instruments" (Mathews, Stanford) ; Hyperinstruments (Machover-Chung, M.I.T.)
1989. Impression des partitions par ordinateur généralisée chez Schott et Schirmer.
1989. Programme modulaire MAX de gestion temps réel (Puckette, IRCAM)
1990 environ. Extension des recherches sur les "réalités virtuelles" (image, son, toucher) - ACROE (Cadoz, Luciani, Florens)
1992. Divers ordinateurs avec entrée et sortie sonore (Macintosh, Silicon Graphics, compatibles IBM-PC)
1994 environ. Usage croissant du World Wide Web (Internet) : nombreuses ressources sonores en "freeware".
1996/.... Recherches pour la mise en œuvre de prestations sonores en ligne (IRCAM, York, Barcelone)
 
 

Quelques références sur l'Informatique musicale (ordre chronologique)

F. Bacon (circa 1620). New Atlantis. Crofts Classics, H. Davidson, Arlington Heights, Ill., U.S.A.
L. Hiller & L.M. Issacson (1959). Experimental music. McGraw Hill.
I. Xenakis (1963). Musiques formelles. Numéro spécial de la Revue Musicale ; Ed. Richard Masse, Paris (Edition augmentée en anglais : Formalized music, 1971, Indiana University Press, Bloomington).
P.Schaeffer (1966). Traité des objets musicaux. Ed. du Seuil, Paris (avec 3 disques d'exemples sonores).
M.V. Mathews (1969). The technology of computer music. M.I.T. Press, Cambridge, Mass., U.S.A.
J.C. Risset (1969). An introductory catalog of computer-synthesized sounds (avec 1 disque d'exemples sonores). Bell Laboratories, Murray Hill, N.J., U.S.A. (à paraître avec le coffret C.D. Wergo "History of computer music").
J.C. Risset & M.V. Mathews (1969), Analysis of instrument tones, Physics Today, 22 n° 2, 23-40.
J. Chowning (1971), The simulation of moving sound sources, Journal of the Audio Engineering Society 19, pp. 2-6.
J. Chowning (1973), The synthesis of audio spectra by means of frequency modulation, Journal of the Audio Engineering Society 21 n° 7, 526-534. Reprinted with other articles in C. Roads & J. Strawn, editors, M.I.T. Press, Cambridge, Mass., U.S.A., 1985.
La musique en projet (1975) (Boulez, Mathews, Risset ... Gallimard/IRCAM.
C. Cadoz, A. Luciani & J.L. Florens, (1981). Synthèse musicale par simulation de mécanismes instrumentaux et transducteurs gestuels rétroactifs pour l'étude du jeu instrumental, Revue d'Acoustique 59, 279-292.
M.V. Mathews & J.R. Pierce, editors (1989). Current directions in computer music research. M.I.T. Press, Cambridge, Mass. (avec un disque compact d'exemples sonores).
C. Cadoz (1991). "Timbre et Causalité", In Le timbre, métaphore pour la composition (Barrière J.B.), Paris, Christian Bourgois 1991.
R. Rowe (1993). Interactive computer music systems. M.I.T. Press, Cambridge, Mass. (avec un disque compact CR-ROM d'exemples sonores et de programmes)
D.R. Begault (1994), 3-D sound for virtual reality and multimédia. Academic Press Professional, Cambridge, Mass.
M. Laliberté (1994). Un principe de la musique électro-acoustique et informatique et son incidence sur la composition musicale. Thèse de musique et musicologie du XXème siècle, EHESS, Paris.
L. Rondeleux (1995). Incidences des représentations numériques sur l'évolution du langage musical en France et aux Etats-Unis. Thèse de musique et musicologie du XXème siècle, EHESS, Paris.
J. Chadabe (1997). Electric sound - the past and promise of electronic music. Prentice Hall, Englewood Cliffs, New Jersey.
M. Chemillier & F. Pachet, coordonnateurs (1998). Recherches et applications en informatique musicale. Hermès, Paris.
 
 
 

Articles personnels de réflexion sur l'informatique et la recherche musicale

J.C. Risset, 1985, Le compositeur et ses machines -de la recherche musicale? In Esprit (numéro spécial "Musique contemporaine - comment l'entendre"), 59-76.
J.C. Risset, 1986, Des souris et des hommes, Les cahiers du CENAM, numéro spécial "Musique et micro-informatique", n° 40, pp. 12-18.
J.C. Risset, 1988, Perception, environnement, musiques, Inharmoniques, 3, pp. 10-42.
J.C. Risset, 1991, Musique, recherche, théorie, espace, chaos. InHarmoniques 8/9, 273-316 (numéro spécial Musique, théorie, recherche).
J.C. Risset, 1990. Acoustique et musique : mutation vers le son numérique. Supplément 1990, pp. 114-126 et nouvelle édition de l'Encyclopedia Universalis, Paris.
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Ouvrages de documentation et de réflexion

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J.N. von der Weid (1992). La musique du XXe siècle. Hachette.
 
 
 

Périodiques

Gravesaner Blätter (jusqu'en 1966)
Electronic Music Review (jusqu'en 1970 environ)
Perspectives of New Music (USA)
Journal of Music Theory (Yale)
La revue musicale (jusqu'en 1991 environ)
Cahiers Recherche/Musique (INA/GRM, Paris)
Faire (GMEB, Bourges)
Computer Music Journal (M.I.T. Press) (depuis 1977)
Music Perception (University of California Press)
Contemporary music Review (Angleterre)
Interface (before 1993)/ Journal of New Music Research (after 1993) (Swets & Zeitlinger, Hollande)
Rapports CCRMA (Stanford)
Rapports CNMAT (U.C. Berkeley)
Rapports IRCAM (Paris)
InHarmoniques (jusqu'à 1991)/ Cahiers de l'IRCAM
Organised Sound (Cambridge University Press) (depuis 1996)

© Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

 http://www.education.gouv.fr/rapport/risset/

 

Sites Internet :

Laboratoire de mécanique et d'acoustique - UPR 7051 - Marseille
ACROE - Association pour la Création et la Recherche sur les Outils d'Expression - Grenoble
Le Métafort d'Aubervilliers
INA-GRM - Groupe de Recherches Musicales
GRAME - Groupe de Recherche Appliquée à la Musique Électroacoustique
CICV Pierre Schaeffer - Centre International de Création Vidéo
Foundation for Digital Culture