Chant d'Automne

  

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, et, comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; l'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd. Mon esprit est pareil à la tour qui succombe sous les coups du bélier infatigable et lourd. II me semble, bercé par ce choc monotone, qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part. Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne ! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

 

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.