Victor SEGALEN
(Brest 1878 - Le Huelgoat 1919)
Les Immémoriaux, 1907
Stèles, 1912
Peintures, 1916
Hommage à Gauguin, 1919
René Leys, 1921
Equipée, 1929roman
poèmes
poèmes en prose
essai
roman
journal de route
Le voyageur
De santé fragile mais doté d'une volonté de fer, ce Brestois s'embarque en 1902 pour Tahiti comme médecin de la marine. Il reste trois ans en Océanie et découvre au cours de son périple l'agonie du peuple et de la civilisation maoris. De passage à Hiva-Oa il recueille les reliques de Gauguin qui vient de décéder. Dès son retour en Europe il se met à l'étude du chinois, et ne manque pas l'occasion qui lui est offerte en 1909 d'explorer l'Empire du Milieu où il séjourne d'abord jusqu'en 1913, puis de façon plus épisodique jusqu'en 1918, mettant sur pied des expéditions archéologiques qui le mènent au coeur du pays et jusqu'aux confins du Tibet."L'exote"
Ségalen ne ramène pas de ses pérégrinations les tableaux colorés et pittoresques qui faisaient les délices des lecteurs de Loti. A l'inverse des "proxénètes de l'exotisme" il s'efforce constamment de maintenir autrui dans son altérité et de préserver le sentiment du "Divers". Or le monde est guetté par l'avènement du "Tiède - ce moment de bouillie visqueuse sans inégalités, sans chutes, sans ressauts, figuré d'avance grossièrement par le dégradation du divers ethnographique". Tahiti lui présenta de fait le spectacle lamentable d'une civilisation pourrie par son contact avec la nôtre : c'est le sujet de son premier roman. La Chine en revanche était de taille à lui garantir "l'incompréhensibilité éternelle". Ainsi s'explique son attirance pour un pays qu'au fond il n'aimait pas.La quête de l'être
C'est par la littérature que Ségalen transforme les voyages au loin en voyages au fond de soi. Ses oeuvres principales marquent les jalons d'une quête de l'être et son être. Les Immémoriaux nous présentent un constat : c'est en perdant le "parler ancien" que les Maoris ont cessé d'exister. Plus tard les Stèles sont une tentative d'opposer à l'altération et à l'incertitude la stabilité hiératique des mots. Dans René Leys est figurée l'ambiguïté consubstantielle du réel et de l'imaginaire.
La fin de Ségalen s'inscrit dans le fil de sa vie. Mort sans raison apparente il fut retrouvé dans la forêt du Huelgoat, non loin de sa ville natale, Hamlet ouvert auprès de lui.
"Deux bêtes opposées museau à museau, mais se disputant une pièce de monnaie d'un règne illisible. La bête de gauche est un dragon frémissant, non pas contourné en spires chinoises décadentes, mais vibrant dans ses ailes courtes et toutes ses écailles jusqu'aux griffes : c'est l'Imaginaire dans son style discret - La bête de droite est un long tigre souple et cambré, musclé et tendu, bien membré dans sa sexualité puissante : le Réel, toujours sûr de lui.
L'objet que ces deux bêtes se disputent, l'être en un mot, reste fièrement inconnu."Equipée
Joël BRULE
Lycée B. d'Argentré
VITRE
joel.brule@lemel.fr