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Etude de l’extrait de Jeu de l’amour et du hasard
Acte III scène 1(extrait)

Analyser les rapports de force

Valeurs sous-jacentes et argumentation

Dynamique du dialogue

Le Jeu de l’amour et du hasard, Acte III, scène 1(extrait)

 

  

Analyser les rapports de force

La dynamique argumentative de cette scène est directement articulée à la dynamique du dialogue et aux rapports de force qui s'établissent entre le maître et le valet. L’enjeu pour Arlequin est de faire reconnaître son droit à argumenter autant que la valeur de son argumentation.

1- On peut proposer aux élèves de repérer à partir d'une grille d'indices les rapports de force qui se jouent là. Le commentaire pourra alors faire ressortir les enjeux sous-jacents, qui pour n'être pas dits, n'en sont pas moins déterminants pour comprendre les réactions et les propos de l'un et l'autre personnage.

A - analyse des rapports statutaires qui lient les personnages

Qui domine l'autre par son statut social ?
Quels indices manifestent la domination sociale du maître sur le valet ?

B - analyse des rapports de force réels dans le dialogue

- Qui ouvre le dialogue ? Qui le clôt ?
- Qui impose le sujet ?
- Qui relance ? Qui conduit le dialogue ? Qui prend l'initiative ?
- Qui interrompt ?

Observer aussi :
- la longueur des répliques de chaque personnage
- les signaux de l'injonction à parier : impératifs, questions...
- les enchaînements de répliques : Y enchaîne-t-il logiquement sur X ou refuse-t-il de le suivre (esquive, sourde oreille, méprise... ) ?
- les indices psychologiques signalant le Malaise ou l'assurance de tel ou tel personnage, son euphorie ou sa dysphorie...

 

Eléments d’analyse à partir de cette grille :

A - Les désignations (" Monsieur ",   " mon très honoré maître "), l'emploi du " vous " situent le valet ; inversement le maître est statutairement autorisé à apostropher péjorativement son valet (" misérable ",   " maraud "), à l'injurier, à lui dénier son statut d'interlocuteur (ce que signale le passage à la 3ème personne à la réplique 8 ), ou à le soumettre virtuellement à la bastonnade.

Par ailleurs on trouve chez Arlequin diverses formes d'imploration - maniérées et rhétoriques autant qu’intéressées - qui rappellent que le valet a ici besoin de l'autorisation du maître : " je vous en conjure ",   " Ayez compassion de ma bonne aventure ", " permettez-moi... ", " ne laisserez-vous pas … "

B - Mais cette domination statutaire est remise dans le même temps en question. Arlequin, s'il n'est pas maître de son sort (conjugal), s'assure ici la maîtrise de l'échange verbal.
C'est lui par exemple qui conduit le dialogue, relance la question du mariage à la réplique 9, prend l'initiative comme à la réplique 5 (aller chercher le bâton, proposition  " spontanée "qui évidemment a pour but de court-circuiter la menace du maître et invalide son droit à bastonner son valet) ou à la réplique 11 (" accommodons-nous... " : le valet imagine lui-même un compromis qui le sauve, certes, de la bastonnade mais aussi ouvre une perspective de solution, et pour lui et pour son maître).
C'est lui qui clôt le dialogue : il est arrivé à ses fins !
Il fait preuve d'esprit, et c’est bien grâce à cet esprit qu’il sauve sa peau (des coups de bâton) ; c’est grâce à cet esprit qu’il répond aux insultes du maître en les reprenant ironiquement : de cette façon, elles ne l'atteignent plus. Ainsi, sa maîtrise du langage permet au valet d'échapper à la place dans laquelle le maître voulait l'enfermer.

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Valeurs sous-jacentes et argumentation

Une réflexion avec les élèves peut amener à voir aussi que le maître n'argumente pas : il ne fait que rappeler les normes anciennes, celles qui régissent les échanges maître-valet (et qui font de la prise de parole d'Arlequin une insolence) ; celles qui interdisent toute mésalliance sociale (réplique 10 : on ne marie pas la fille d'un " honnête homme " à un laquais).
Le maître n'argumente donc pas, il récite un ordre ancien dont il se pose comme garant. C’est à Arlequin que revient le mérite (à nos yeux !) d'argumenter, de proposer, de concilier. Aux normes anciennes et figées du maître, il en oppose de nouvelles celles du coeur qui peut décider une demoiselle à épouser un laquais, celles de l'arriviste issu du peuple, qui peut espérer par ce mariage passer du " buffet " à la " table ", et faire fortune.

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Dynamique du dialogue

Elle est profondément liée aux enjeux précédemment montrés.
On peut distinguer une première séquence de la réplique 1 à 10. Arlequin tente de son côté d'obtenir une autorisation explicitement dans un premier temps : réplique 1 " Je vous en conjure ", réplique 3 " Ayez compassion…Ne fermez point… ", réplique 5 " …permettez-moi… ". Implicitement ensuite : réplique 7 " cela n’est point contraire à faire fortune … ", réplique 9 " …un coquin peut faire un bon mariage. "

Ces deux dernières répliques illustrent l'habileté d'Arlequin à maintenir la continuation du dialogue (vitale pour son projet) à deux moments où le maître lui dénie violemment son statut d'interlocuteur :
- en l'injuriant (" Maraud ") : injure qu'Arlequin reprend à la réplique suivante, et raccorde adroitement à la demande d'autorisation ("Maraud soit ; mais cela n'est point contraire à faire fortune")
- en l'ignorant ("Ce coquin" à la 3ème personne) : déni d’existence qu’Arlequin retourne tout aussi habilement à son profit (" Coquin est encore bon, il me convient aussi : un maraud n'est point déshonoré d'être appelé coquin ; mais un coquin peut faire un bon mariage ")

La continuité du dialogue est donc à étudier ici en liaison avec une stratégie du personnage (qui doit réussir à se faire entendre face à un Dorante qui veut le faire taire, tout en évitant une interruption fatale. Pour Arlequin, assurer la continuité du dialogue, c’est assurer la continuation de son projet.
La réplique 10 de Dorante ouvre une nouvelle séquence. Enfin le maître se justifie. Le valet a gagné une place, celle d'un interlocuteur digne d'une explication (" tu veux que je laisse un honnête homme dans l’erreur, et que je souffre que tu épouses sa fille sous mon nom ? ... " 11). Certes, la justification est assortie aussitôt d'une menace (" si tu me parles encore de cette impertinence-là... je te chasse, entends-tu ? "),mais elle n'a plus d'effet. Qualifié par la justification du maître, le valet est en droit désormais de proposer un accommodement qui débloque (réplique 12) l'autorisation visée.
On voit ici l'erreur du maître : autoriser le valet à argumenter, c'est du coup se soumettre à l'obligation d'argumenter soi-même. Ou si l'on prend le point de vue d'Arlequin, on voit la réussite stratégique du valet : amener le maître à argumenter, c'est se donner le droit d'argumenter soi-même. 

Ainsi, si l'étude de cette scène a pu croiser la pragmatique, pour montrer que argumenter, c’est mettre en jeu un rapport de places et de forces, elle débouche aussi sur une considération éthique, démontrant qu'argumenter, c'est s’engager à reconnaître la dignité de son interlocuteur.

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Présentation du groupement de textes

Sommaire général

Fichier téléchargeable au format Word : etude du jeu de l'amour et du hasard.doc



Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.