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Etude du discours de grève d’Etienne dans Germinal

 

Déconstruction du texte

Le choix des formes de discours rapporté

Régie narrative et dispositio

Argumentation du personnage et interventions du narrateur

 

Etude de l’extrait

Interrogeons la relation d'une argumentation (dans le cadre d'un discours du personnage ) à une narration (dans le cadre d'un roman).

1 - Déconstruction du texte

Pour rendre plus pratique notre étude, distinguons dans notre texte les énoncés de discours rapporté (au discours direct, indirect libre, narrativisé), et les énoncés (à valeur de "didascalie") où le narrateur commente les attitudes du personnage (énoncés 1,7,9,16,18) ou les réactions du public (énoncés 11,17, 19). On peut se reporter au tableau pour visualiser le découpage opéré sur le passage.

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2 - Le choix des formes de discours rapporté

Relèvent du discours direct les énoncés 10 et 20. Relèvent du discours narrativisé les énoncés 2, 4, 8 et 14. Relèvent du discours indirect libre les énoncés 3, 5, 6, 13, 15.
Ce simple relevé fait apparaître la prédominance du discours indirect libre et du discours narrativisé, formes qui conjuguent de façon plus complexe que le discours direct ou indirect les voix du narrateur et du personnage.

2-1 On peut évidemment rattacher ce choix narratif à la clause de "transparence" propre au contrat naturaliste. Le narrateur s'efface derrière le personnage orateur, mais sans que la parole du personnage ne rompe pour autant la fluidité du récit, et par là, l'illusion réaliste. La motivation du choix est donc ici d'ordre esthétique.

2-2 Elle est aussi à associer à la rhétorique même du discours du personnage. Les changements de forme de discours rapporté peuvent correspondre en effet à des mouvements argumentatifs particuliers, la narration balisant ici en quelque sorte la progression de l'argumentation.
Ainsi dans le 4eme paragraphe, on peut établir le schéma d'organisation suivant : 

NARRATION

ARGUMENTATION

Enoncé narratif 13 (Discours indirect libre) Argument "éthique", qui fait appel au sens de la dignité chez l’auditoire, présenté sous forme de questions rhétoriques.
Enoncé narratif 14 (Discours narrativisé) Argument "preuve" : Etienne "montre" ici un fait, se réfère non plus à une valeur mais à une réalité globale ("les mineurs", "les désastres des crises", "les nécessités de la concurrence" sont des expressions qui portent les marques de la généralisation.)
Enoncé narratif 15 (Discours indirect libre) On passe d’une considération générale à un exemple particulier ("le tarif du boisage") et directement référé au vécu de l’auditoire, pour aboutir à une décision : la revendication de la justice.

 

3 - Régie narrative et dispositio

Cette dramatisation de l'argumentation par la narration, on la retrouve dans d'autres choix de régie du texte que fait le narrateur.
Le premier mouvement du discours d'Etienne est ainsi "encadré" par les "didascalies" 1 et 9, les changements de formes de discours rapporté signalant le passage d'un rappel historique des faits à l'évocation de la situation actuelle. Ce premier mouvement est distingué par un paragraphe.
Même distinction spatiale pour la présentation de l'enjeu de la délibération ("Voulez-vous la continuation de la grève... ?),doublement dramatisé par le discours direct.
Le discours d'Etienne se transforme ensuite en exhortation, laquelle est mise en scène dans le 4eme paragraphe, et "décrite" précisément par le jeu des discours rapportés (cf 2-2).
A partir de l'énoncé 18, le narrateur signale explicitement une évolution dans la stratégie de persuasion du personnage (nous étudierons tout de suite ces interventions). La régie du texte la souligne elle aussi : énoncé 18 constitué en paragraphe, énoncé 20 rapporté au Discours Direct.
On pourra se reporter au tableau pour visualiser le rapport entre narration et discours argumentatif.

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4 - Argumentation du personnage et interventions du narrateur

4-1 Les "didascalies" 1, 7, 9, 16, 18 commentent les attitudes de l'orateur et créent un récit second, parallèle au discours du personnage, celui de sa théâtralité.
Etienne paraît en effet à travers ces interventions en véritable acteur. Elles donnent des indications sur sa voix, ses postures, ses mimiques...
Elles soulignent également l'implication progressive du personnage dans son discours, et son changement de stratégie persuasive. A "l'éloquence scientifique" s'exprimant avec un "ton froid" et une "voix monotone", succède une autre option persuasive fondée sur l'utilisation "d'images d'une énergie familière", alors que l'orateur "s'échauffe"...
L'argumentation du personnage est ainsi doublée par une analyse de la théâtralité de sa performance dans une situation d'énonciation particulière (un discours d'un orateur face à un auditoire). Le roman ici permet ainsi de rendre compte en même temps d'une argumentation et de ses conditions d'énonciation. 

4-2 Quelles traces d'un jugement du narrateur sur son personnage peut-on relever dans l’extrait ? Quelle évaluation de l’argumentation d'Etienne propose-t-il ?
A cet égard, la page de ce roman est quelque peu insaisissable...
Faut-il voir un regard critique de Zola sur Etienne comme peuvent le suggérer les indices de jugement présents aux énoncés 2 ("il plaçait le discours""affectant l'éloquence scientifique"), 7 ("il gardait sa voix monotone comme pour insister..."), et qui font résonner négativement alors d'autres mentions ("il avait pris le ton froid"... ). La didascalie "Il resta les bras en l'air" pourrait apparaître alors comme un véritable emblème dans le texte du caractère artificiel et artificieux de la rhétorique oratoire qu'adopte le personnage (un paragraphe à elle seule !).
Le narrateur dénoncerait ici le danger qu'incarne le meneur ouvrier "chef de bande" et pseudo apôtre de la vérité politique : en fait, un manipulateur des foules …
Ou bien faut-il considérer que le récit célèbre ici la naissance d'un nouvel art oratoire, qui abandonne les modèles antérieurs et se libère de principes impersonnels (ceux de la propagande marxiste qui revendique une "éloquence scientifique" et privilégie les faits), pour trouver une nouvelle rhétorique (celle des "images d'une énergie familière" au public prolétaire) et une nouvelle théâtralité (celle qu'incarne un acteur aux "gestes d'ouvrier") ?
Nouvel art oratoire -que le narrateur montre efficace, à travers le discours des spectateurs, à l’énoncé 19 : "Tous le disaient, il n'était pas grand, mais il se faisait écouter". Ne peut-on pas voir trace ici d'une évaluation positive du personnage par le narrateur discrète, certes, puisque fondue avec la voix du public prolétaire ? Ou encore à travers la mention de "l’action extraordinaire sur les camarades" que produit Etienne ?

Alors, à nous enseignants de français, de montrer le caractère ambigu, ambivalent de cette page (de ce roman tout entier aussi, moins transparent qu'il n'y paraît et de jalonner ici l'approche d'une argumentation littéraire, de montrer sa spécificité : plus confusive, plus complexe, donc plus riche d’interrogations. Et le roman – et l’argumentation dans le roman – n’est-il pas là d’abord pour interroger plutôt que pour répondre ?

 

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Fichier téléchargeable au format Word : analyse d'un discours.doc

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.