MAX JACOB
(Quimper 1876 - Drancy 1944)
Le Roi Kaboul et le marmiton Gauvin, 1903
Les oeuvres burlesques et mystiques de frère Matorel, 1912
Le Cornet à dés, 1917
Le Laboratoire central, 1921
Le terrain Bouchaballe, 1922
Les Pénitents en maillots roses, 1925
Conseils à un jeune poète, 1945
Correspondance, 1953 et 1956contes
poèmes
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roman
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Portrait par PICASSO
1915
(collection Dora Maar)
Le fils du tailleur Dans le vieux Quimper, donnant sur les rives de lOdet et sur le mont Frugy, on peut voir la maison où Max Jacob passa son enfance et sa jeunesse. Descendant d'une famille juive venue de Lorraine au début du siècle, son père y exerçait la profession de tailleur-brodeur.
L'animation des bords de la rivière, l'atmosphère de la boutique et de l'atelier où les ouvriers décoraient en chantant les "grands habits" traditionnels, le cadre ravissant dune ville plongée dans la nature et d'une nature logée dans la ville lui laissèrent pour toujours des souvenirs émerveillés.Ce garçon trop sensible souffrit pourtant très tôt dun sentiment de différence. Ses aînés pas plus que ses parents ne comprenaient les accès de désespoir dont il était la proie. Sa religion l'excluait en outre des pratiques dun catholicisme qui marquait la vie quotidienne de ses camarades et de toute la cité.
Par bonheur il put trouver refuge dans son imagination fertile : il invente des jeux bizarres ; il monte avec sa soeur cadette toutes sortes de saynètes. Il aime écouter les complaintes, les légendes, l'inépuisable trésor des conteurs. Et quand il na pas dautre occupation, il lui reste les promenades en solitaire et la lecture de tout ce qui lui vient sous la main. Récits de rêves et invention verbale sont déjà au coeur de son imaginaire.Sur le disque éclatant de lOdet élargi
J'aimais apercevoir entre les doigts des arbres
Les joues du grand voilier dorées par le soleil
Tandis que sous nos pieds s'élançant des broussailles
Les trois-mâts fins et lourds faisaient songer à Dieu."Quimper", Le Laboratoire central
Pablo, Guillaume et Max
A vingt et un ans le jeune Quimpérois décide de changer d'air et il monte à Paris. Petits métiers et premiers livres (Ce sont des contes pour les enfants : Le roi Kaboul et le marmiton Gauvin, Le géant du Soleil). En 1901 il se lie avec Picasso qui n'est encore qu'un déraciné affamé de peinture. De fil en aiguille il fait la connaissance dAndré Salmon, puis de Guillaume Apollinaire (1904) et de toute la bohème montmartroise.
Max s'installe rue Ravignan, à deux pas de l'étrange bicoque louée par son ami Pablo, quil a baptisée le "Bateau-lavoir". Ces années sont des années de vache enragée et de travail acharné ; mais aussi de fêtes échevelées que Max Jacob organise et met en scène plus souvent quà son tour.Ses facéties cachent mal une solitude quil soigne maintenant par la poésie (Il entasse dans une malle ses premiers poèmes en prose), par l'éther, par le mysticisme et loccultisme. Le 28 septembre 1909, Jésus lui apparaît : ... Elégance et douceur! Ses épaules, sa démarche! Il a une robe de soie jaune et des parements bleus. Il se retourne et je vois cette face paisible et rayonnante... Fallait-il prendre au sérieux cette conversion? Le mélange de foi et de dérision que l'on trouve dans Les Oeuvres burlesques et mystiques de frère Matorel (1912) permet de comprendre la perplexité de son entourage et la réprobation de sa famille. Quoi qu'il en soit il reçoit le baptême en 1915. Pablo est son parrain.
Castor et Pollux sont les dames du cinquième. Mais toi, vieux chiffonnier, toi, qui, au féérique matin, viens enlever les débris encore vivants quand j'éteins ma bonne grosse lampe, toi que je ne connais pas, mystérieux et pauvre chiffonnier, toi, chiffonnier, je t'ai nommé d'un nom célèbre et noble, je t'ai nommé Dostoïevsky.
"La rue Ravignan", Le Cornet à dés
A Saint-Benoît-sur-Loire
Au lendemain de la guerre la situation a bien changé. Avec la publication du Cornet à dés Max Jacob est désormais célèbre. Mais les artistes ont déserté Montmartre pour Montparnasse, et la nouvelle génération met le poète sur la touche : les Surréalistes préfèrent se choisir des ancêtres parmi les morts.
Insatisfait et malade il choisit alors, suivant les conseils d'un prêtre, de faire retraite à la basilique de Saint-Benoît-sur-Loire (1921). La paix qu'il retrouve comme par miracle stimule aussitôt son besoin de créer : poèmes, romans, sans compter la peinture et une correspondance tout à fait considérable.Malgré tout l'ennui finit par le gagner, et la nostalgie de Paris et de la vie d'artiste. En 1928 il retrouve la capitale où il fréquente beaucoup les musiciens (Sauguet, Satie, Stravinsky ... ), mais aussi Louis Jouvet ou Supervielle... Il se lasse pourtant assez vite de l'existence frivole et mondaine qui est alors la sienne : en 36, il retourne définitivement à Saint-Benoît, où il vit de la vente de ses gouaches et de ses dessins.
Quand arrive la seconde guerre avec son cortège de persécutions, il voit venir sa fin tragique : c'est l'étoile jaune qu'il faut porter à son revers ; c'est Saint-Pol Roux, son vieil ami, qu'on assassine en Bretagne ; c'est la maison de Quimper que l'on met à l'encan. Après ses frères et ses soeurs, c'est lui que la barbarie vient chercher, un jour de 44. Il meurt le 5 mars au camp de Drancy.
Ce n'était pas la peine de trancher le cou du clown pour montrer que la foire est finie, le cadavre suffisait et ce gilet de coutil.
"Exposition coloniale", Le Cornet à dés
Joël BRULE
Lycée Bertrand d'Argentré
VITRE
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.