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Pierre-Jakez
HELIAS |
| Manoir secret /Maner Kuz, 1964 Iseut seconde / An Isold a-heul, 1969 La Pierre noire / Ar men du, 1973 Le Cheval d'orgueil, 1974 L'Herbe d'or, 1982 Le Quêteur de mémoire, 1990 D'un autre monde,1991 |
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Dessin de Jacques Moczarski |
| Enfances et formation Il naît à Pouldreuzic, dans le Finistère, de parents agriculteurs. Enfance pauvre mais heureuse, bercée par les contes de son grand-père Alain Le Goff. Le breton est sa langue maternelle. Il apprend le français à l'école primaire, puis entre au Lycée de Quimper en 1922. Bachelier en 1932, il étudie en Lettres Supérieures à Rennes. Il rencontre Saint-Pol-Roux et découvre les travaux de Luzel, La Villemarqué et Le Braz. Devenu surveillant, il se lie avec Max Jacob à Quimper, puis avec Louis Guilloux à Saint-Brieuc. En 1937, Léo Lagrange lui commande des pièces pour les Auberges de jeunesse. Mobilisé en 1939, il regagne Rennes en 1940 et rencontre Vilar à Pouldreuzic.
En 1943, il est professeur à Fougères, et rencontre Jean Guéhenno. On le nomme en 1945 rédacteur en chef de Vent dOuest, lhebdomadaire du Mouvement de Libération Nationale. Le maire de Rennes, Henri Fréville, le charge dune émission en langue bretonne à la radio, pour laquelle il va écrire, une douzaine dannées durant, des sketches quil interprétera avec son ami Pierre Trépos. En 1946, il est nommé à lEcole Normale de Quimper, où il enseigne jusquen 1975. Il co-fonde en 1948 le Festival de Cornouailles, et collabore au mouvement laïc Ar Falz (la Faucille). Il prend, en 1954, la responsabilité de la commission folklore à la Ligue de lEnseignement. Hélias commence dès 1958 à écrire pour La Bretagne à Paris puis pour Ouest-France des chroniques hebdomadaires sur la civilisation dont il est issu. Elles donneront plus tard matière au Cheval dOrgueil. Il écrit parallèlement pour le théâtre et publie en 1964 son premier recueil de poèmes bilingues, Manoir secret.
En 1975, il prend sa retraite et se voit offrir une Agrégation en Lettres modernes (et non classiques, comme il lécrira sur la couverture de ses livres) sans passer les épreuves du concours. Le Cheval dorgueil paraît peu après : le triomphe est immédiat. Il va donner lieu à des suites (Les Autres et les miens, 1977) et à des polémiques. Xavier Grall, dans Le Cheval couché (1977), lui reproche davoir toute sa vie défendu lidéal laïc de Jules Ferry, qui repose notamment sur léradication des langues provinciales. Hélias publie alors intensivement, et commence une carrière de romancier, faisant paraître cinq ouvrages de 1982 à 1994. Le Quêteur de mémoire (1990) est loccasion dattaquer ses contradicteurs et de justifier son action au service du folklore et du collectage. Il meurt le 15 août 1995.
Hélias a pratiqué les quatre genres canoniques avec un bonheur inégal. Cest dans le roman quil a le moins réussi. La Colline des solitudes (Julliard, 1984) et Le Diable à quatre (De Fallois, 1994) regorgent dincohérences et lécriture y est particulièrement boursouflée. La Nuit singulière (ibid.,1990) est une série de contes que relie un fil narratif assez lâche. Vent de soleil (ibid., 1988) offre plus dintérêt. Il sagit dun puzzle narratif qui reconstitue lexistence du personnage principal, que lon a découvert mort, au début du roman. Les différents chapitres donnent chacun la parole à quelquun qui a partagé son existence à un moment différent. Ainsi sélabore le portrait dun aventurier en quête dabsolu et aux visages multiples. La conclusion abonde hélas en coups de théâtre qui détruisent la vraisemblance dun récit donné pourtant comme réaliste. LHerbe dor (Julliard, 1982) est le roman le plus abouti dHélias. Cest selon nous son chef-doeuvre. Il sagit dun bouleversant huis-clos dans la nuit bigoudène, où lon assiste au naufrage du bateau " Lherbe dor ", qui a pris le large malgré la tempête. Son capitaine, Pierre Goazcoz, veut en effet se lancer dans une quête métaphysique qui lentraînera vers la mort. Les autres membres de léquipage en réchapperont. Pendant ce temps, au port de Logan, la population vit dans langoisse. Hélias met en scène avec truculence les anecdotes qui meublent la vie quotidienne : conflits amoureux, rivalités familiales, croyances superstitieuses La façon dont il mêle avec un art savant de conteur les discours direct, indirect et indirect libre ménage dheureux effets de polyphonie : " Lhôtelière les fit entrer, assura quon serait mieux dans la cuisine que dans la salle, mais que sils voulaient, cétait facile. Non ? Ils ne voulaient pas ? Alors asseyez-vous, mettez-vous à laise, ne faites pas de manières chez moi. Elle sortit du buffet une bouteille de boisson douce avec de petits verres à pieds. Quatre verres pour eux trois, nest-ce pas ? " (p.188). Mais quand Hélias célèbre la vie maritime, le style se fait plus lyrique : " Ils vont sur la mer comme on entre
en religion (
) Si la mer venait à se tarir, ils mettraient le cap sur la nuée
dorage pour pêcher les constellations dans les toiles daraignées. Et
sil ny a pas de mer au Paradis, ils iront se plaindre à saint Pierre, ils
verseront tant de larmes que le portier devra gréer de neuf larche de Noë
pour quils puissent mettre la voile à leau de leurs yeux "
(p.123).
Si lon excepte les sketches burlesques dont nous avons déjà parlé, le théâtre dHélias suit deux directions thématiques. Dune part, celle dun théâtre mythologique, qui convoque les personnages légendaires de lhistoire de Bretagne : Tristan et Iseut (Iseut seconde, 1965), le bandit Fontanella dans Le Roi Kado (1951), Gradlon Dautre part, celle dun théâtre agro-social, inspiré de Brecht, et qui mettait en scène les préoccupations des paysans bretons dans les années 60 : passage au modernisme, solitude sentimentale, tyrannie des chefs de clan (Le Grand valet, 1958 ; La Femme de paille, 1965). Le théâtre dHélias est plus verbal que dramatique. Sa conception de la scénographie, du décor, du message est très conventionnelle. Hélias ne sest jamais soucié de ceux qui, comme Artaud, Cocteau, puis Beckett ou Ionesco, ont révolutionné le langage dramatique. Aussi son théâtre à message paraît-il aujourdhui très daté.
On connaît moins encore son oeuvre poétique. Elle réserve pourtant des trésors. On peut y distinguer deux diptyques : Manoir secret (1964) et La Pierre noire (1973) se ressemblent par la forme et le fond, et cest aussi le cas pour Clair-obscur et Le Passe-Vie (1979). Dans les deux premiers recueils, le poète exploite une métrique et un rythme classiques. Les vers riment, et le propos concerne surtout le monde rural traditionnel dont lauteur constate le déchéance en des termes forcément passéistes, mais puissants : " Vieux villages des terres bleues, / Tourbe, lande et bruyère / Le grain pourrit, les arbres meurent ( ) / Vous voilà devenus des îles dans le seigle " (Manoir secret). Le vocabulaire, souvent délibérément anachronique, les refrains à allure de comptines impriment à sa poésie une tonalité incantatoire. Dans Herri Saoudua ainsi, Hélias campe un " pilhaouer ", un chiffonnier qui se noie dans le marais du Yeun après avoir vendu un bol fendu au narrateur : " Herri Saoudua, cest ton coeur qui casse / Dans les sept morceaux du bol rouge au coq. / Mais le chiffonnier, que veux-tu qu' il fasse ? / Il a dit dargile, et non pas de roc. " (ibid.). Il faudrait citer aussi les bouleversantes élégies à la mémoire de Dolly Pentraeth, dernière personne à avoir parlé le cornique, morte au XVIIIème siècle ; et à celle de Morvan Lebesque, textes qui appellent le chant par les procédés de reprise qui y abondent et par le lyrisme mélancolique qui sy exprime : " Dolly Pentraeth, il est grand temps / De laisser aller ce quon aime. / Le monde a changé son odeur / Ou notre odeur changé de monde " " Morvan, frère brûlant, où es-tu à cette heure, / Quand je mène ton deuil dans un champ de méduses / Sous le feu de Penfret, lîle de tous les leurres, / A laffût aujourdhui dans un halo de ruses / Depuis que tu es mort, / Depuis que tu fondis au large de tout port. " (La Pierre noire). A lopposé, les textes publiés dans lautre diptyque sont des poèmes en prose ou en vers libres, et à cette forme plus détendue correspond un message plus serein, mais grave quand lauteur considère lheure de la mort qui approche : " Resteront les autres / Sans sa présence / Et lunivers entier / Sans sa poussière / Et léternité peut-être / Avec sa chaîne des instants / Cassée là où il fut. " Le narrateur des deux premiers recueils est
hanté par la perte identitaire, comme latteste dailleurs le titre Dun
autre monde, sous lequel Hélias a rangé la totalité de son oeuvre poétique. A
cette angoisse de la dislocation répond une forme métrique carrée, comme sil
fallait combattre par la rigueur sa peur de la dissolution. Dans lautre diptyque, la
tonalité plus contemplative a pour écho une structure plus libre, le garde-fou de la
métrique étant désormais inutile.
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Pascal RANNOU
Lycée Lavoisier MAYENNE |
P.-J. Hélias : quel contentieux! quel consensus?