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" MON SAINT-BRIEUC NATAL"


Saint-Brieuc est le lieu littéraire dans lequel Louis Guilloux a inscrit l’essentiel de sa création romanesque. La ville revisitée, recréée par l’écrivain structure les thèmes, les symboles, les valeurs de l’oeuvre. Jamais nommé, le Saint-Brieuc réel est aisément identifiable à travers la ville décrite dans l’oeuvre, parcourue par les personnages, secouée de sa trompeuse torpeur provinciale par les événements mondiaux qui s’y réfractent ou s’y déroulent. Ville métaphorique appelée " Mortgorod " - enceinte de la mort - dans Le Sang noir, Saint-Brieuc est un microcosme du monde, véritable cachot pascalien où s’enclôt l’humaine condition, celle d’un prisonnier dont l’aventure douloureuse s’achève par une fatale levée d’écrou.

Saint-Brieuc est aussi ville éponyme, portant le nom de son fondateur, moine gallois du Ve siècle. Dans Ma Bretagne (rééditée chez Folle Avoine en 1998), Louis Guilloux dit son admiration pour Brieuc venu répandre un message d’amour et de justice, allumer " le premier feu, la première lampe ". Cette vision des choses par l’écrivain, cet enseignement de Brieuc sont un thème récurrent de l’oeuvre de Guilloux, sous-jacent dans la plupart des livres, explicite dans Le Jeu de Patience, dans La Maison du peuple où François Quéré, le militant au coeur pur, allume la seconde lampe, dans Les Batailles perdues où s’exprime l’idéal d’une " forme quelconque du vieil amour chrétien " pour remédier au Mal. Guilloux n’écrivait-il pas à Jean Guéhenno que la culture n’était que " l’incapacité de haïr "?

" Votre propre pays vous construit, on apprend à le reconnaître dans un échange de l’âme, et l’on découvre qu’il vous va bien comme un autre manteau fait pour vous, vous pour lui " (Ma Bretagne). Vivre dans son pays est un droit premier et c’est " un grand péché que de contraindre les pauvres gens à l’exil " (Le Jeu de Patience). Exil politique, exil économique, c’est tout un. Un pays, c’est aussi une sensibilité, une culture. Il existe un " esprit du lieu ", certitude sur laquelle se rejoignent Louis Guilloux, Jean Grenier et Chateaubriand. Tous constatent une forme d’insurrection de l’âme contre la finitude et l’imperfection de notre condition, le " goût d’une indépendance " qui s’exprime dans un " anarchisme " plus ou moins " latent " ou " conscient ". Ainsi se définit un " mal celtique " qui habite Tristan Corbière comme Max Jacob, Renan comme Jules Lequier, que l’on retrouve chez Paul Nizan ou Xavier Grall, Michel Rio ou Michel Le Bris.

Trois Romans

Yannick PELLETIER
Lycée H. Avril
LAMBALLE

 

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.