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Louis GUILLOUX
(Saint-Brieuc, 1899-1980)

 

La Maison du peuple, 1927
Dossier confidentiel, 1930
Angélina, 1932
Le Sang noir, 1935
Le Pain des rêves, 1942
Salido, OK Joe!, 1976
Coco perdu, 1978
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Expériences fondatrices

Né à Saint-Brieuc dans un milieu pauvre, Louis Guilloux a connu dans sa famille et autour d’elle le silence fatigué des soirs de labeur, l’inquiétude de la nourriture et du logement, l’humiliation infligée et l’exclusion qu’on s’impose à soi-même : une vie volée, expérience dont procèdent les récits d’enfance que sont en partie La Maison du peuple, Angélina ou Le Pain des rêves.

Parallèlement, L. Guilloux a vécu de près le militantisme de son père, cordonnier de son état : réunions, manifestations, espoirs électoraux, mais aussi trahison de certains dirigeants. C’est auprès de son père qu’il aura appris le socialisme, un socialisme libertaire, proche des idéaux de 1848, plus redevable à Michelet, voire à Lamennais, qu’à Marx.

Une tuberculose osseuse laissa à l’enfant une main gauche légèrement déformée et raide. Impropre au travail manuel, il entra en 6ème au lycée comme élève-boursier. En dehors de l’anglais qu’assez tôt il parla couramment, l’école ne lui offrit rien de passionnant. Pire, elle sépare : L. Guilloux ressent l’éloignement qui s’instaure entre lui et ses anciens camarades qui travaillent, lui et son artisan de père. Serait-il passé de   l' "autre côté "? Pire encore, l’école est liée au mensonge. Quand l’instituteur pérore sur la grande Révolution qui a apporté la liberté, l’égalité, la fraternité, la réalité sociale et politique montre le contraire. Et que dire de l’embrigadement des jeunes esprits dans la reconquête de l’Alsace-Lorraine et dans l’idéologie guerrière de 14-18? Angélina, Le Sang noir, Le Pain des rêves se ressentent du malaise qu'il éprouve alors.

1914 : la guerre est là, présente quotidiennement jusque dans une ville moyenne de l’arrière, jusque dans le lycée. L’internat héberge des blessés soignés loin du front. Avec eux, une tout autre vision s’impose. Face à la réalité des combats, et bientôt des mutineries, les discours des Babinot et Nabucet du Sang noir ne valent pas mieux que ceux de Kantorek dans A l'Ouest rien de nouveau, de l’écrivain allemand Erich-Maria Remarque.

Louis Guilloux se met en accord avec sa conscience et la révolte qui désormais ne le quittera plus. 1916 : il résilie sa bourse et se fait engager comme surveillant au lycée. Il ne passera même pas son Baccalauréat ! Il est libre, à son compte. Il sera écrivain.

 

Rencontres fondamentales

Très tôt abonné à La Feuille littéraire qui publiait à prix modique de grands auteurs, Louis Guilloux fut un lecteur assidu. Libre, à son compte, autodidacte. Vers treize ans, il découvre Gorki et Tolstoï. Ensuite, Ibsen, Tchekhov, Dostoïevsky , Rousseau, et aussi Pierre Loti et Tristan Corbière. Bientôt l’enthousiasment Walt Whitman et David Thoreau dont la pensée affleure dans le personnage de Raymond (Dossier confidentiel). Enfin, c'est   la découverte de Jules Vallès. Louis Guilloux unit sa propre révolte à celle de l’auteur de L’Insurgé. C’est par elle seule, dans la récusation des idolâtries - fussent-elles laïques ou révolutionnaires -, que l’on peut essayer de lutter contre la misère et la mort, sans lutter contre les hommes. " L’ennemi est aussi un homme ", écrira Guilloux dans Le Pain des rêves.

Mais il n'est pas seulement marqué par ces écrivains. C’est autour de la lecture de Romain Rolland que Louis Guilloux rencontra le professeur de philosophie et philosophe Georges Palante (1862-1925). L’amitié naît aussitôt, tout les rapproche et les unit : un même amour de la Bretagne, des " vues communes sur la vie sociale ". La lecture de Combat pour l’individu de Palante fut pour Guilloux une révélation comparable à celle des ouvrages de Vallès. Seul importe le progrès d’ " une certaine conscience " individuelle, libre, lucide.

 

La vie : un " jeu de patience "

Entre Paris et Saint-Brieuc, la vie de Louis Guilloux se confond avec celle de ses livres parce que d’une part rien ne doit compter d’autre que l’oeuvre - il le redira souvent -, parce que d’autre part c’est de sa propre existence qu’il nourrit cette oeuvre. De son enfance et de son adolescence, bien sûr et abondamment, mais des jours de l’adulte aussi. Comment en effet rester un clerc en sa cellule quand le temps requiert notre participation?

En 1933, Louis Guilloux participe aux luttes bretonnes contre les ventes-saisies de fermes, à la lise en place des comités de chômeurs. Devenu en 1937 responsable du Secours rouge, il organise l’accueil des réfugiés espagnols à Saint-Brieuc et dans le département. Sous l’Occupation, il favorise les contacts entre les mouvements de Résistance. 1944 : la Libération le laisse perplexe entre les internements abusifs et le spectacle des femmes tondues. Interprète auprès de l’armée américaine, il découvre le racisme dont souffrent les soldats noirs. Autant de drames, autant d’hommes rencontrés, " pierres vives " dont Louis Guilloux construit la maison de ses livres : Le Jeu de Patience (1949), Les Batailles perdues (1960), OK, Joe. Jeu d’échec et de patience : souffrir, supporter, lutter contre le mal sans se nourrir de faux espoirs. Entre Sisyphe et Antigone, se mesure l’honneur d’être homme, se vit la seule morale qui, pour Guilloux, se confond avec " l’amour de la vie ". Malgré tout...

Bibliographie

Yannick PELLETIER
Lycée H. Avril
LAMBALLE

 

Sommaire : Les écrivains de Bretagne

Compagnons : dossier interdisciplinaire

Dossier pédagogique : Autour de Louis Guilloux



Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.