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Louis
GUILLOUX
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| La Maison du peuple, 1927 Dossier confidentiel, 1930 Angélina, 1932 Le Sang noir, 1935 Le Pain des rêves, 1942 Salido, OK Joe!, 1976 Coco perdu, 1978 |
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Expériences fondatrices Né à Saint-Brieuc dans un milieu pauvre, Louis Guilloux a connu dans sa famille et autour delle le silence fatigué des soirs de labeur, linquiétude de la nourriture et du logement, lhumiliation infligée et lexclusion quon simpose à soi-même : une vie volée, expérience dont procèdent les récits denfance que sont en partie La Maison du peuple, Angélina ou Le Pain des rêves. Parallèlement, L. Guilloux a vécu de près le militantisme de son père, cordonnier de son état : réunions, manifestations, espoirs électoraux, mais aussi trahison de certains dirigeants. Cest auprès de son père quil aura appris le socialisme, un socialisme libertaire, proche des idéaux de 1848, plus redevable à Michelet, voire à Lamennais, quà Marx. Une tuberculose osseuse laissa à lenfant une main gauche légèrement déformée et raide. Impropre au travail manuel, il entra en 6ème au lycée comme élève-boursier. En dehors de langlais quassez tôt il parla couramment, lécole ne lui offrit rien de passionnant. Pire, elle sépare : L. Guilloux ressent léloignement qui sinstaure entre lui et ses anciens camarades qui travaillent, lui et son artisan de père. Serait-il passé de l' "autre côté "? Pire encore, lécole est liée au mensonge. Quand linstituteur pérore sur la grande Révolution qui a apporté la liberté, légalité, la fraternité, la réalité sociale et politique montre le contraire. Et que dire de lembrigadement des jeunes esprits dans la reconquête de lAlsace-Lorraine et dans lidéologie guerrière de 14-18? Angélina, Le Sang noir, Le Pain des rêves se ressentent du malaise qu'il éprouve alors. 1914 : la guerre est là, présente quotidiennement jusque dans une ville moyenne de larrière, jusque dans le lycée. Linternat héberge des blessés soignés loin du front. Avec eux, une tout autre vision simpose. Face à la réalité des combats, et bientôt des mutineries, les discours des Babinot et Nabucet du Sang noir ne valent pas mieux que ceux de Kantorek dans A l'Ouest rien de nouveau, de lécrivain allemand Erich-Maria Remarque. Louis Guilloux se met en accord avec sa conscience et la révolte qui désormais ne le quittera plus. 1916 : il résilie sa bourse et se fait engager comme surveillant au lycée. Il ne passera même pas son Baccalauréat ! Il est libre, à son compte. Il sera écrivain.
Rencontres fondamentales Très tôt abonné à La Feuille littéraire qui publiait à prix modique de grands auteurs, Louis Guilloux fut un lecteur assidu. Libre, à son compte, autodidacte. Vers treize ans, il découvre Gorki et Tolstoï. Ensuite, Ibsen, Tchekhov, Dostoïevsky , Rousseau, et aussi Pierre Loti et Tristan Corbière. Bientôt lenthousiasment Walt Whitman et David Thoreau dont la pensée affleure dans le personnage de Raymond (Dossier confidentiel). Enfin, c'est la découverte de Jules Vallès. Louis Guilloux unit sa propre révolte à celle de lauteur de LInsurgé. Cest par elle seule, dans la récusation des idolâtries - fussent-elles laïques ou révolutionnaires -, que lon peut essayer de lutter contre la misère et la mort, sans lutter contre les hommes. " Lennemi est aussi un homme ", écrira Guilloux dans Le Pain des rêves. Mais il n'est pas seulement marqué par ces écrivains. Cest autour de la lecture de Romain Rolland que Louis Guilloux rencontra le professeur de philosophie et philosophe Georges Palante (1862-1925). Lamitié naît aussitôt, tout les rapproche et les unit : un même amour de la Bretagne, des " vues communes sur la vie sociale ". La lecture de Combat pour lindividu de Palante fut pour Guilloux une révélation comparable à celle des ouvrages de Vallès. Seul importe le progrès d " une certaine conscience " individuelle, libre, lucide.
La vie : un " jeu de patience " Entre Paris et Saint-Brieuc, la vie de Louis Guilloux se confond avec celle de ses livres parce que dune part rien ne doit compter dautre que loeuvre - il le redira souvent -, parce que dautre part cest de sa propre existence quil nourrit cette oeuvre. De son enfance et de son adolescence, bien sûr et abondamment, mais des jours de ladulte aussi. Comment en effet rester un clerc en sa cellule quand le temps requiert notre participation? En 1933, Louis Guilloux participe aux luttes bretonnes contre les ventes-saisies de fermes, à la lise en place des comités de chômeurs. Devenu en 1937 responsable du Secours rouge, il organise laccueil des réfugiés espagnols à Saint-Brieuc et dans le département. Sous lOccupation, il favorise les contacts entre les mouvements de Résistance. 1944 : la Libération le laisse perplexe entre les internements abusifs et le spectacle des femmes tondues. Interprète auprès de larmée américaine, il découvre le racisme dont souffrent les soldats noirs. Autant de drames, autant dhommes rencontrés, " pierres vives " dont Louis Guilloux construit la maison de ses livres : Le Jeu de Patience (1949), Les Batailles perdues (1960), OK, Joe. Jeu déchec et de patience : souffrir, supporter, lutter contre le mal sans se nourrir de faux espoirs. Entre Sisyphe et Antigone, se mesure lhonneur dêtre homme, se vit la seule morale qui, pour Guilloux, se confond avec " lamour de la vie ". Malgré tout... Yannick PELLETIER
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Dossier pédagogique : Autour de Louis Guilloux