Cette activité d'écriture s'intègre dans une séquence centrée sur l'étude d'un roman de Zola ou Maupassant.

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Le sujet : " Vous êtes un grand critique littéraire d'un grand journal du XIXème (L'Aurore, La Croix, Le Petit Journal, L'Illustration) et vous présentez à vos lecteurs une nouveauté. "

Les copies d'élèves que vous pouvez consulter présentent des ouvrages de Zola et de Maupassant

Copie n°1 : une critique de Pierre et Jean
Copie n°2 : une critique de Pierre et Jean
Copie n°3 : une critique de Nana

Isabelle Taillandier
Lycée Keraoul
Paimpol

 

LA CROIX - le 10 janvier 1888


" LES ELUCUBRATIONS DE MAUPASSANT "


Peut-être avez-vous eu, chers lecteurs, durant le mois dernier, l'occasion de suivre le roman Pierre et Jean de Guy de Maupassant publié en feuilleton dans le journal de nos confrères de La Nouvelle Revue. Et sûrement, comme nous, avez-vous été offusqués par la conduite, somme toute méprisable, de certains personnages.
En effet, ce roman relate la vie d'une famille bourgeoise, les Roland, dont l'un des fils, Jean, perçoit un jour l'héritage d'un lointain ami qui s'avère être, grâce aux recherches menées par le fils aîné Pierre, le père de Jean !
Or, que penser de cette femme, Madame Roland, qui s'est donnée impunément à deux hommes à la fois ? Trompant ainsi la confiance de son mari dans cet adultère et donnant à cet homme, cet étranger, un enfant ! Et s'acquittant promptement de son rôle de mère, elle souhaitera plus tard dans le roman le départ de son fils aîné car il est le seul à avoir découvert le secret.
Et quel infâme fils que Jean qui a accepté la fortune d'un étranger, faisant de sa mère une traînée pour juste satisfaire ses besoins matériels ! Et quelle jalousie gratuite de Pierre qui devient invivable depuis le jour du lègue ! II est certes le seul à avoir découvert que Jean n'est pas celui que tout le monde croit, ou du moins à avoir osé le faire comprendre à sa mère. Mais sa méchanceté envers elle n'est pas digne d'un fils !
Et que dire de Monsieur Roland, brave homme quoiqu'un peu paresseux ! Certes il aime sa famille et lui est tout entier dévoué. Mais n'a-t-il pas été un peu trop naïf face à cet héritage ? Peut-être a-t-il été trop avare, car lui-même vivant déjà de ses rentes, ses fils n'auraient pas pu en profiter tous les deux ?
Mais Guy de Maupassant a sûrement voulu faire de ce roman un modèle à ne pas suivre car Pierre et Jean n'est certainement pas un exemple de famille bourgeoise de notre époque.

Katell

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LE PETIT JOURNAL

Critiques littéraires, 2 mars 1888

Pierre et Jean offre les traits classiques du roman policier. En effet, un problème à résoudre: pourquoi Maréchal, un vieil ami des Rolland a-t-il laissé en mourant toute sa fortune au plus jeune des deux fils, Jean ? Pourquoi l'héritage irait-il à Jean plutôt qu'à Pierre ? Pourquoi pas aux deux ? Autant de questions que "l'enquêteur", Pierre, doit déceler. C'est ce passage progressif du soupçon à la certitude qui fait avancer l'intrigue. Pierre, qui est jaloux de son frère, n'aura de cesse de faire éclater la vérité au grand jour...
Hormis la forme policière du roman, Pierre et Jean est un exemple particulièrement intéressant de "roman familial", roman familial qui est en même temps une crise d'identité. L'histoire de Pierre et Jean n'est pas seulement celle d'une découverte mais aussi celle d'une exclusion. En effet tout au long du roman, la différence entre Pierre et son cadet se creuse ostensiblement : Jean est riche, Pierre est pauvre ; Jean est un "niais", un "médiocre", mais celui qu'on aime, Pierre est assez honnête, mais jaloux et inévitablement exclu du cocon familial.
Maupassant s'essaie donc ici fort aisément au roman d'analyse, qui reste d'une lecture souple. L'esthétique naturaliste est néanmoins de rigueur : importance attachée aux décors, aux menus détails de la vie quotidienne, choix de personnages appartenant au peuple, effacement quasi total du romancier. Maupassant se préoccupe du détail singulier, des caractères originaux, de la psychologie et pour faire bonne mesure multiplie les symétries et les rappels. Bien sûr, sa "marque de fabrique" est une nouvelle fois présente dans Pierre et Jean puisque le romancier nous trace une peinture convaincante et originale de sa Normandie natale, ne négligeant point l'eau, accessoire typique de la mise en scène maupassantienne!
Cependant, par contraste avec la construction ouverte d' Une Vie ou Bel-ami, Pierre et Jean est avant tout un roman fermé sur lui-même, entièrement occupé par l'intrigue.
Jugez rapidement si Pierre et Jean est LE chef-d'œuvre de son auteur...

Claire

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LA CROIX
LE QUOTIDIEN RELIGIEUX CATHOLIQUE


Nana, ou Belzébuth ?


Nana, fort joli nom pour une créature telle qu'elle ! Que dis-je, non pas une créature mais un démon, la méduse réincarnée sous les traits de la jeunesse et de la séduction !
Cette enfant de la rue a toujours voulu dominer le beau monde de paris, les "gens biens" comme une sorte de revanche pour ce passé pénible où elle a dû vendre son corps, mais quels moyens machiavéliques utilise-t-elle ?! Lancée par son rôle de Vénus, de la beauté nue pourra-t-on dire, dans une pièce de théâtre, elle conquiert les cœurs. Mais loin de la contenter, il semble qu'elle veuille aussi posséder toutes les âmes. Elle ensorcelle ce monde décadent et pousse à la luxure et l'adultère les plus croyants, ceci pour satisfaire son monstrueux besoin de richesse, de luxe. Cette sorcière réussit à compromettre un peuple, le rendant soumis, ou plutôt totalement dépendant de ses folies abjectes, immorales. Les hommes apparaissent tous comme odieux, sans aucune morale, lâches. Même la religion est bafouée ici, Nana se disant religieuse et innocente, le comte Muffat implorant le pardon de dieu pour mieux se vautrer dans la honte et l'infamie de la chambre de la jeune fille entretenue par tout Paris, semble-t-il, ce "brouhaha continuel d'hommes". Zola nous décrit "ces complaisances qui emmènent une société aux abîmes" comme naturelles chez cette classe sociale. Toutes ces "femmes bien" seraient, aux dires de nana, toutes pires qu'elle. C'est la fin des traditions et de la rigueur bourgeoise, des hommes riches. "A bas les masques", c'est ce que prône l'auteur.
La morale n'existerait plus alors ? Paris serait le siége du mal où "Nana est le diable, avec ses rires, avec sa gorge et sa croupe, gonflée de vices"? Mais quel est donc le but de cette œuvre dégradante ? Pourquoi un tel abaissement de la société ? Quelles sorcelleries ont permis à Zola d'imaginer seulement une telle orgie du vice ?
Toutes ces questions nous semblent aujourd'hui encore sans réponses tant cette œuvre est scandaleuse, son contenu odieux. Je reste outré par tant de libertinage pour un écrivain qui pourtant a un succès considérable. Il me semble que ce pauvre pécheur doit connaître un immense tourment intérieur pour pouvoir avoir une si piteuse opinion de notre monde. Et pourtant, Zola se dit naturaliste, est-ce donc ainsi que notre société agit aujourd'hui ? Certes non, mais je prie notre père tout puissant que cela ne marque pas le début d'un temps de débauche et de misère où la foi perdra son sens et où les doux agneaux de dieux seront dévorés par ces démons, réunis avec cette œuvre dans notre belle ville de Paris.
Aussi, tirerons-nous tout de même une grande leçon de ce stupre : il ne faut jamais oublier que dieu nous observe du haut des cieux et que sa clémence a ses limites. Ne sous-estimez point son pouvoir et rappelez-vous toujours qu'il peut nous enseigner, tel qu'il l'a déjà fait dans la Bible, quand il a détruit dans un cataclysme les villes de Sodome et de Gomorrhe pour les mêmes raisons qui me font maudire ce roman. Ainsi, prenez garde de ne pas choir dans la perversité et de garder une foi puissante, dans les bons comme dans les mauvais moments de votre existence, et dans sa grande bonté dieu sauvera vos âmes.
Père Gustave de Vernin.

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.