Classe de 1ère

Lycée Félix Le Dantec, LANNION

SUJET 2


Ce sujet a suivi l'étude de Lorenzaccio de Musset. Le projet d'étude était le drame romantique : caractéristiques du genre et du héros. Le sujet de dissertation a volontairement porté sur le théâtre en général (et non sur le drame romantique, plus restrictif) pour préparer les elèves à un sujet de ce genre au bac.

éfense.

Vous devez lire la totalité du dossier et traiter les questions avant de choisir le travail d'écriture. Elles vous permettront d'approfondir la lecture des textes.


Documents :


Document A :
Le drame romantique

"Après Rousseau, voici venir le temps du moi, du héros qui, placé au centre d'un récit, s'affirme comme sujet d'une conscience et d'une action. Le romantisme apparaît comme le temps de l'homme seul, celui qui ne se sent plus solidaire, ni économiquement, ni affectivement, des autres hommes. (...) Le héros romantique possède une double nature : le moi solitaire, frileux et replié qui plaint sa souffrance, et l'homme qui veut agir, mettre tout seul sa marque au monde. Le héros romantique peut être l'un et l'autre à la fois, l'amoureux gémissant et l'homme d'action. (...) Parce qu'il est seul et qu'il n'a pas le soutien d'une communauté, il est montré fragile : l'unité de son moi est mise en péril et les motivations de son action ne sont pas toujours transparentes."
Anne UBERSFELD

 

Document B :

Mucha : affiche pour une représentation de Lorenzaccio vers 1896
Cette image est consultable aux deux adresses suivantes.
La première offre certes une image réduite mais aussi une ensemble important de documents sur la pièce.

http://www.ac-reunion.fr/pedagogie/lyvergerp/FRANCAIS/Musset/IndexLorenzaccio.htm

http://www.ucad.fr/pubgb/virt/affi/mucha4.html

 

Document C : La Nuit de décembre


Le poète

Du temps que j’étais écolier
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
II pencha son front sur ma main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j'allais avoir quinze ans,
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir,
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine.
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l'âge où l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

A l'âge où l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevai mon verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit;
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
[...]

Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

[...]

Alfred de Musset

 

Document D : Lorenzaccio

Lorenzo

Suis-je un Satan? Lumière du ciel! je m'en souviens encore ; j'aurais pleuré avec la première fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne, je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la fable. Je croyais que la corruption était un stigmate, et que les monstres seuls le portaient au front. J'avais commencé à dire tout haut que mes vingt années de vertu étaient un masque étouffant - ô Philippe! j'entrai alors dans la vie, et je vis qu'à mon approche tout le monde en faisait autant que moi; tous les masques tombaient devant mon regard; l'Humanité souleva sa robe, et me montra, comme à un adepte digne d'elle, sa monstrueuse nudité. J'ai vu les hommes tels qu'ils sont, et je me suis dit: Pour qui est-ce donc que je travaille? Lorsque je parcourais les rues de Florence, avec mon fantôme à mes côtés, je regardais autour de moi, je cherchais les visages qui me donnaient du cœur, et je me demandais: Quand j'aurai fait mon coup, celui-là en profitera-t-il? - J'ai vu les républicains dans leurs cabinets, je suis entré dans les boutiques, j'ai écouté et j'ai guetté. J'ai recueilli les discours des gens du peuple, j'ai vu l'effet que produisait sur eux la tyrannie ; j'ai bu, dans les banquets patriotiques, le vin qui engendre la métaphore et la prosopopée, j'ai avalé entre deux baisers les larmes les plus vertueuses; j'attendais toujours que l'humanité me laissât voir sur sa face quelque chose d'honnête. J'observais... comme un amant observe sa fiancée, en attendant le jour des noces ! ...

 

 

SUJET :

Questions : 4 pts

  1. Montrez les différentes façons dont se décline le thème de la solitude à travers ces documents.
  2. D'après ces documents, en quoi Lorenzo est-il un héros romantique ?


Ecriture : 16 pts

Sujet 1 : Commentaire
Vous ferez le commentaire de l'extrait de Lorenzaccio. (Acte 3, sc.3)

Sujet 2 : Dissertation

En prenant appui sur des pièces de théâtre que vous connaissez, vous commenterez cette définition du théâtre donnée par Jean Giraudoux dans L'impromptu de Paris : "C'est très simple : cela consiste à être réel dans l'irréel".


Sujet 3 : Ecriture d'invention
Imaginons qu'on interrompe la pièce Lorenzaccio à la fin de l'acte IV. Lorenzo est arrêté et jugé.
Vous rédigerez tour à tour le réquisitoire du procureur et la plaidoirie de l'avocat de la défense.

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris