Ecriture longue en 3ème technologique
L'objectif de cette écriture longue est de lier un travail d'écriture à un travail de recherche préalable. Ainsi, il s'agit de dépasser le stade de l'écriture imaginative et spontanée, pour passer à une écriture plus réfléchie et plus construite sans imposer la contrainte systématique de la réécriture du brouillon. En effet, ces élèves sont rapidement volontaires pour écrire mais leur motivation baisse lorsque l'on parle de réécriture. Il ne sont en effet pas toujours conscients de l'amélioration de leur production après une réécriture si ce n'est du point de vue de l'orthographe. En commençant par une phase importante de recherche et de structuration de l'histoire, ils s'assurent un contenu conséquent et valorisant. Pour cela, il a été proposé aux élèves d'inscrire une histoire fictive dans le contexte de leur programme d'histoire-géographie. Le genre du récit a été laissé libre et les notions étudiées en classe sont venues enrichir l'écriture au fur et à mesure de la création (le portrait, la description...). Ce projet se déroule sur une année scolaire à raison d'une heure par semaine. Il se conclut par l'échange des textes avec une autre classe de troisième et par la réalisation d'un livre rassemblant l'ensemble des nouvelles. L'illustration des textes sera assurée en cours d'art appliqués. Ce projet rassemble donc trois disciplines : le français, l'histoire-géographie et les arts appliqués et implique les professeurs de documentation pour la connaissance du CDI et la maîtrise du processus de recherche documentaire.
LES MODALITES
Les élèves travaillent en binôme à raison d'une heure par semaine de septembre à avril.LE DEROULEMENT
1ère phase :
Le cycle débute par une appropriation du CDI autour une suite d'activité telle que celle du rallye documentaire. Cette activité consiste à répondre le plus rapidement possible à un questionnaire impliquant l'ensemble des ressources du CDI.
2ème phase :Le projet est présenté aux élèves et ils doivent déterminer l'époque et le lieu de leur fiction en se servant de leur livre d'histoire-géographie. Cela les oblige à effectuer un panorama complet du programme.
3ème phase :Les élèves commencent leurs recherches et se constituent un dossier contenant des sources historiques, géographiques et picturales, ces dernières servant de bases aux descriptions.
4ème phase :
Les élèves élaborent la structure de leur récit et remplissent des fiches personnages.
5ème phase :
Les élèves rédigent leur récit en s'appuyant sur l'ensemble des documents qu'ils ont dans leurs dossiers. La rédaction est alors facilitée car la présence des documents est rassurante.
6ème phase :
C'est la rédaction des textes sur un traitement de texte. La correction orthographique et grammaticale n'intervient de façon systématique qu'à ce moment car les élèves corrigent de nombreuse fautes par eux-mêmes lorsqu'ils voient leur production sur un écran. De plus, le fonctionnement du correcteur orthographique qui propose plusieurs solutions les amène à se poser des questions qui sont parfois très enrichissantes pour la structuration de leur attitude vis à vis de l'orthographe. En outre, il y a la motivation de rendre leur texte propre et de supprimer ces fameuses stries rouges qui marquent le mécontentement de l'ordinateur.
7ème phase :
Les élèves déterminent la mise en page et mettent en place les illustrations. Les textes sont alors rassemblés pour constituer l'ouvrage final. On peut alors procéder à l'échange des textes et mettre en place un petit concours qui permet de récompenser les meilleurs récits.
Ci-joint l'exemple d'un récit effectué par un binôme de troisième technologique en 1998.
LA COURTE VIE D'HEINRICH KAUFMANN
JEUDI 28 mai 1936
Bonjour,
Je m'appelle Heinrich Kaufmann, j'ai 10 ans et j'habite dans un immeuble au deuxième à BAD BERKA. Ma mère Paula a 35 ans, elle est brune, est coiffée avec des barrettes, porte de longues robes en coton blanc et une veste noire. Maman est couturière, tout en restant à la maison. Mon père Anto a 40 ans, travaille dans une fabrique de vêtements à Flossembourg. Papa ne porte que des habits noirs. Il y a aussi Ida, l'amie de la famille, qui s'occupe de moi dans son appartement en dessous de chez nous.MERCREDI 4 juin 1938
Aujourd'hui en rentrant de l'école, j'ai vu ma mère coudre une étoile jaune avec un «J» majuscule brodé avec du fil noir, sur nos vêtements. Quelques instants plus tard, je lui ai demandé ce que veut dire «J» sur cette étoile. Elle m'a raconté que depuis un moment, les nazis ont pris le pouvoir. Une loi veut que les juifs portent cette étoile. Elle m'a aussi appris que d'un jour à l'autre, quelqu'un viendrait nous chercher pour partir en voyage.LUNDI 10 mars 1940
Ce matin, la maîtresse nous a annoncé que plusieurs élèves ont quitté l'école et elle nous a demandé de faire une minute de silence. J'avais une drôle d'impression à la récréation de 10H00.MERCREDI 22 mai 1941
Hier, ils sont venus nous chercher. Maman a fait les valises. Papa a caché les bijoux sous la baignoire dans la salle de bains. Dans les escaliers on a rejoint Ida. Puis on est monté dans un des camions de l'armée allemande. Papa prenait maman dans ses bras et moi j'étais à coté d'Ida. Arrivés à la gare, on monta dans le train. Tout le monde se bousculait. On était entassé dans le wagon, on manquait d'air et il faisait très chaud.JEUDI 23 mai 1941
Après avoir passé la nuit, nous sommes arrivés à la gare de Buchenwald. A la sortie du train, des soldats ont dit : « LES FEMMES ET LES ENFANTS D'UN COTE ET LES HOMMES DE L'AUTRE »
Après plusieurs kilomètres, on est arrivé au camp de Buchenwald, les portes se sont ouvertes. Une fois entrés dans le camp le portail noir couvert de barbelés, se referme derrière nous. Un des kapos crie aux femmes : « CEUX QUI SONT QUALIFIES POUR LE MENAGE, LA COUTURE OU LA CUISINE, LEVEZ LA MAIN ! »
Maman, Ida et moi levons la main ! Les hommes se sont dirigés vers des ateliers. Les femmes, les hommes et les enfants qui n'ont pas de qualifications ont été amenés aux douches.VENDREDI 14 juin 1941
Tous les matins une sirène retentit pour faire l'appel. On est seulement 2 filles et moi à être restés avec nos mères. En sortant de la baraque numéro 3, un kapo nous a attendus pour nous donner nos taches, maman et une vingtaine de femmes sont partis vers des ateliers de couture et le reste en cuisine. Erika est amenée chez le Major Dachau, Lif part chez le Sergent Liesenthal et moi chez le Commandant Reichstag.LUNDI 17 septembre 1941
Comme tous les matins, je suis réveillé par la sirène. Après l'appel, j'embrasse ma mère et Ida et je pars aux cuisines. Ce midi, j'ai entendu une conversation à propos d'un train qui aurait déraillé et qui serait tombé dans un ravin.JEUDI 20 octobre 1941
Ce soir, mon papa me manque. Ma mère est assise à côté de moi, elle lit le journal d'il y a 3 jours. J'ai appris ce matin que mon amie Lif a été fusillée pour avoir renversé de la soupe sur la femme du Sergent Liesenthal :JE HAIS LES BOCHS ! ! ILS TUENT SANS RAISON.
J'ai peur pour nous, quand on part le matin, on ne sait pas si on va revenir le soir. Si un jour je ne continue pas mon journal, c'est que je ne pourrai plusSAMEDI 29 octobre 1941
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'Ida. Ma mère et Ida, qui travaillent en cuisine, ont préparé un petit dessert pour marquer l'événement : du pain et de la confiture. Je lui ai offert un chapeau fabriqué avec du journal. Ca lui a fait très plaisir que j'y ai pensé.DIMANCHE 6 janvier 1942
Ce matin, Ida est arrivée en retard à l'appel. Un des kapo a sorti son arme et a dit : <<GETH IHR ! >> Ils l'ont tuée. J'allais me précipiter quand maman m'a retenu en me disant : <<TU VEUX MOURIR, TOI AUSSI>>Toute la journée, j'ai pensé à Ida et à mon amie Lif.MERCREDI 9 janvier 1942
Maintenant, je me sens plus fort. Hier soir, avec maman, on a discuté du passé, on a évoqué des souvenirs de papa. Je ne sais pas où il est mais je suis sûr qu'un jour on va se retrouver. C'est vrai que quand on se lève le matin on ne sait pas si le soir on pourra se coucher.LUNDI 14 février 1942
Ce midi, chez le commandant Reichstag, j'ai renversé la corbeille de pain, alors il s'est levé devant ses invités et il m'a frappé. Une fois au dessert, un des convives a dit :
<< IL Y A UN JUIF QUI EST PARTI EN COURANT DU PELOTON D'EXECUTION ALORS J'AI PRIS MON ARME ET JE L'AI ABATTU AVANT LES AUTRES. C'ETAIT LA PREMIERE FOIS QUE JE VOYAIS CA. >>
Un frisson de haine m'a traversé lorsque son regard s'est posé sur moi.MERCREDI 16 février 1942
Bonjour,
Je m'appelle Erika, je suis l'amie de Heinrich et Lif. Il disait toujours le matin en partant <<on ne sait jamais si l'on va revenir le soir >>. Hier soir, le commandant Reichstag est venu voir dans les baraques pour nous dire que Heinrich s'est fait descendre au cours d'une dispute. La guerre n'étant pas finie, moi je ne sais pas ce qui va m'arriver, je préfère cacher son journal.Angélique
Olivier Apollon
LP Loudéac
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.