(L'orthographe a été rétablie dans les textes des élèves.)
Séquence Présentation de la séquence 1Approche d'un mouvement littéraire 2Lire, écrire, publier aujourd'hui 3Séquence sur le thème de l'enfance malheureuse 4L'éloge et le blâme à partirde portraits 5Etude d'une oeuvre intégrale : La Bête humaine
1° séquence :"Approche d'un mouvement littéraire : le romantisme."Classe de Seconde.
Deux exemples d'écriture d'invention :
a) en début de séquence (séance 1) ;
b) en fin de séquence (séance 10).a) Séance 1 : Évaluation prédictive, sur les représentations des élèves.
Durée : 2 heures.
Objectif : construire la notion de héros romantique.
Tâche 1 : travail d'écriture.
Sujet :Jeudi 28 décembre 2000.
Charlotte et René se trouvent réunis au salon ; ils attendent l'heure du repas. Charlotte trouve son frère tendu et s'inquiète.
- Je dois composer un devoir de français qui permettra d'introduire un nouveau groupement de textes, confie le jeune homme. Il faut que j'imagine un personnage romantique, que je le fasse évoluer dans un cadre spatio-temporel adapté, que j'évoque ce qu'il voit, fait, pense. J'avoue que je sèche !
Charlotte réfléchit un moment, puis se lance :
- Il me semble que je commencerais ainsi : .....Vous inventerez la suite du discours de la jeune fille en respectant les contraintes énoncées par son frère.
Durée de l'écriture : 30 min.
Longueur : 20 - 25 lignes.Exemple de production :
- Il me semble que je commencerais ainsi : Nous sommes tous les deux, Alan et moi, au bord de la mer, et plus précisément sur le remblai de La Baule qui longe cette magnifique plage. Le soleil se couche, le ciel est orangé et nous entendons le bruit des vagues rouler sur le sol. C'est un moment intense, très fort, je me sens remplie de joie et j'ai l'impression de planer. Nous sommes tous les deux enlacés, nous marchons très lentement, et je sens la superbe odeur de son parfum. Il n'y a pas meilleur endroit pour être amoureux, la mer et le soleil qui se couche sont deux choses naturelles, et l'amour est naturel. La nature est l'endroit le plus propice à l'amour, je l'aime et je voudrais que cette soirée ne finisse jamais. Il m'enlace et me donne des baisers si doux que je n'ai plus aucune notion du temps, je ne pense qu'à ça et le monde devient pour moi un autre monde. Le monde de l'amour est un monde à part ; le bonheur y réside et le malheur en est banni. Ce qui me rend heureuse sont de toutes petites choses comme un baiser, une caresse, un mot, c'est un univers magique.
Nolwenn
b) Séance 10 : Évaluation sommative, en fin de séquence.
Devoir d'écriture à rendre pour le 23.02 :
Vous écrirez un sixième texte qui viendra compléter votre groupement n° 3, et qui devra donc s'insérer dans sa logique.
Contraintes :
écrire un pastiche romantique ;
faire parler et / ou agir un héros romantique ;
écrire :
- un texte à la première personne ;
- un extrait de roman ou de pièce de théâtre
donner un titre à uvre dont votre texte serait l'extrait ;
présenter ce travail en 30 lignes minimum sur une copie.
Ce travail sera suivi d'un travail de correction. Les élèves formuleront des critères justifiant la réalisation de leur texte.Exemple de production :
Je me promenais dans une forêt à l'écart de toute vie humaine, située à trente kilomètres d'un petit bourg de campagne qui s'appelle Vigni-sur-Rivière. C'était un endroit calme et immense dans lequel il était possible de se promener pendant des journées entières sans jamais revenir au même endroit, sans risquer de rencontrer quiconque. C'était un de mes endroits favoris, là j'aimais méditer sur cette vie incroyable et insensée que je menais dans cette société où l'ascension sociale était le seul moyen d'avoir de l'importance. J'avais une telle soif de bonheur ! Et pourtant, combien je me sentais exclu de ce monde que je ne comprenais pas. La vue de ces chênes si grands et si majestueux, dominant ces petits arbres semblant écrasés par eux, me déprima encore : je retrouvais dans cette nature qui en plein hiver était morte, triste et silencieuse la représentation exacte de la société dans laquelle je vivais. J'avais eu, lorsque j'étais jeune, l'espoir de voir naître une société nouvelle, meilleure et juste qui aurait remplacé cette société fondée sur l'apparence et la richesse. Pourtant ce n'est pas parce qu'un des chênes est plus grand que les autres qu'il est plus important. Il en va de même dans la société, mon bonheur ne serait possible que si je grimpais les degrés de l'échelle sociale. Malheureusement, je ne crois plus en une amélioration de la vie sur terre, je suis persuadé que lorsque j'aurai franchi le mur qui sépare notre monde de celui du ciel je vivrai en parfaite harmonie avec mes idées et la vie que je mènerai. Est-ce une complète illusion ?
Ce texte est extrait de L'Exclu.
Nolwenn.
Justification de l'écriture du texte par des critères précis et pertinents.
- Un héros romantique : en quête d'un idéal, d'un monde meilleur, un personnage mal dans son siècle, un personnage hors du commun, un héros voué au malheur.
- Présence du thème de la nature, de la mort, du Moi, de la solitude.
- Un pastiche : un texte fait dans le même sens que René de Chateaubriand. Un texte au registre lyrique, avec un héros romantique trouvant son état d'âme dans la nature.
- Utilisation de procédés rhétoriques : comparaison, rythme ternaire, métaphore.
- Omniprésence du "je", donc expression de sentiments.
- Recours au registre lyrique.
Haut de page
2° séquence : "Lire, écrire, publier aujourd'hui."
a) Classe de Seconde.
Un exemple d'écriture d'invention en cours de séquence.Travail d'écriture : en respectant les consignes des éditions Harlequin (in : Des textes à l'oeuvre, classe de Seconde, éd. Hachette, p. 320), écrivez une scène de rencontre.
Exemples de production :
Ibiza, 9 h 20. Collan se préparait. Il sortait de sa douche venant de se parfumer et attaqua la première bière de sa soirée. Il sortit de la maison. Ce n'était pas une maison mais plutôt une villa que ses parents avaient achetée pour son vingt-et-unième anniversaire. Il marcha sur le sable entre les palmiers. Il avait rendez-vous. Elle était là, accoudée au bar, elle n'était pas là pour ça, mais elle venait de se faire virer après tout. Soudain la porte s'ouvrit, elle tourna la tête, elle l'aperçut qui la cherchait du regard. Il était beau, il avait quitté son jean pour un élégant costume. Elle n'en pouvait plus d'attendre, elle devait conclure ce soir. Elle l'appela :
- Collan !
Il s'approcha lentement en souriant :
- Tu m'attends depuis longtemps ?
- Non, je viens d'arriver, dit-elle en essayant de cacher son haleine d'alcool. Collan regardait au loin, il réfléchissait. Elle le regardait fixement en trépignant. Il lui demanda alors :
- Je pense te payer un verre.Maxime.
Il devait être 9 heures. Après avoir garé son 4x4, Collan Sinclair entra dans le bar de son frère Boose. Le néon rose "Chez mon frère Boose" éclairait l'asphalte humide. Car les nuits à Miami sont moites...
Il traversa la salle, salua les joueurs de billard et alluma la nième gitane maïs de la soirée. C'est alors qu'il la vit : assise seule au bar, devant un verre vide. Sa petite jupe laissait voir des jambes fines et élancées et sur ses épaules nues elle avait laissé tomber ses cheveux. Dans le cerveau du beau Collan, sa seule idée fut alors : "Je l'ai vue, je la veux."
Avec son petit air gêné et son regard de braise, elle sentit bien qu'il allait l'aborder. Il était beau et viril, aussi se laissa-t-elle aborder sans trop d'hésitations.
- Bonsoir, dit le fougueux homme, c'est..., c'est la première fois que vous venez ici ?
Elle rit de son petit air gêné. Il lui sortait un dialogue que nos lecteurs connaissent bien.
- Oui, répondit-elle.
- Vous habitez chez vos parents, belle enfant ?
Là, il allait un peu vite en besogne. Mais ce soir, elle aimait ça.
-Je vous offre un verre ? continua-t-il. Et, sans attendre la réponse, il leva son bras musclé pour attirer le serveur. Cet homme l'attirait irrésistiblement, et elle sentait dans son coeur de pierre une faille qui s'ouvrait : "Toi, ma grande, fais attention !", se dit-elle. Mais, de sa voix suave, le bel inconnu reprit, lui jetant par la même occasion un sourire magique : "Tu danses ?"
- Avec joie !
Il la serra contre lui.Vincent.
b) Classe de Seconde L.P.
Exemple d'écriture formative réalisée en cours de séquence.Travail : réaliser
- une première de couverture
- une quatrième de couverture
- une critique
d'un livre contemporain.Exemple de production
une première de couverture :
une quatrième de couverture :
Georges ÉPINE, Meurtres au Jardin des Cactus.
Commissaire Marco est dépassé par les évènements. L'hypothèse de l'accident lors de la découverte du premier cadavre est remise en cause. Deux autres meurtres viennent encombrer les allées du jardin de cactus.
Pourquoi ce jardin, jusque là lieu paisible et sans problèmes ? Il faut arrêter ce massacre. Mais pourquoi le coupable a-t-il choisi ses victimes, apparemment sans histoires ? Est-ce un jeu ? Ou une vengeance ? Toutes ces questions sans réponses. Commissaire Marco arrivera-t-il à résoudre cette énigme ?
Ce livre a reçu le deuxième accessit au Prix Nobel en 1999.
ÉDITION CLUEDO
Dépôt légal
impr. 548731
![]()
une critique :
Avec ce polar, G. Épine nous fait encore trembler jusqu'à la dernière page. Mais commissaire Marco, plus lucide que jamais, découvre que derrière ces trois crimes se trame une véritable histoire de vengeance. Même si cela remonte à l'enfance, le coupable n'a pas oublié ce que lui ont fait subir Mickaël, Douglas et John. Georges s'est inspiré de faits divers tirés de la presse. Ces événements sans portée générale qui appartiennent à notre vie quotidienne lui ont permis d'écrire Meurtres au Jardin des Cactus. Cet assemblage, fort bien réussi, est tout simplement stupéfiant ! C'est une histoire qui ne manque pas de piquant !
3° séquence : séquence sur le thème de l'enfance malheureuse. (LP)
Exemples d'écriture d'invention à la suite de la séquence.
Consignes :
En fin de séquence, les élèves doivent produire trois textes :
- un compte-rendu informatif des faits ou notions découverts ;
- un texte d'opinion, en prose, sur les problèmes soulevés ;
- un poème pour exprimer ses émotions et émouvoir le destinataire (aucune contrainte poétique formelle n'est imposée).Exemples de production :
Une jeunesse volée
Alors qu'ils ne se trouvent qu'à l'aube de la vie
Ces jeunes ne sont qu'au début de la tourmente
Leur mort arrive mais ce sera une mort lente
Tuer les autres est maintenant leur seule envieIls aimeraient connaître la libération
ils n'aiment plus vivre dans toutes ces tensions
Tout le monde se doute de leur inconscience
Hélas cela n'est pour eux que de l'insouciancetoutes leurs rixes les rapprochent de la mort
Mais ils ne connaissent pas le silence de la mort
ces jeunes sont dépourvus de toute identité
c'est ce qu'on appelle une jeunesse volée
L'enfance
Sous les pieds des enfants perdus
L'enfance se dérobe.Par la crasse ils noircissent
ils n'ont pas bonne mine.Sur le bord d'une piscine
Les riches brunissent.Les enfants sont perdus
ils vivent au gré du vent
ces rois des entrepôts.Dans l'océan des rues
ils passent leurs jours.Les enfants sont bien menus
Sans nourriture
L'adolescence
Ne pousse que vers la violence.Le jour ne se fait pas
Sur ces joueurs de billes.Ils se marient avec une fille
Tout petits................déjà.
4° séquence : "Éloge et blâme à partir de portraits."
Classe de Seconde.
Exemple d'écriture d'invention en fin de séquence.
Évaluation sur l'éloge et le blâme.Portrait de Mme Thénardier dans Les Misérables de Victor Hugo (deuxième partie : Cosette, livre troisième, chapitre 2).
Thénardier venait de dépasser ses cinquante ans ; Mme Thénardier touchait à la quarantaine, qui est la cinquantaine de la femme ; de sorte qu'il y avait équilibre d'âge entre la femme et le mari.
Les lecteurs ont peut-être, dès sa première apparition, conservé quelque souvenir de cette Thénardier, grande, blonde, rouge, grasse, charnue, carrée, énorme et agile ; elle tenait, nous l'avons dit, de ces sauvagesses(1) colosses(2) qui se cambrent dans les foires avec des pavés pendus à leur chevelure. Elle faisait tout dans le logis, les lits, les chambres, la lessive, la cuisine, la pluie, le beau temps, le diable. Elle avait pour tout domestique Cosette ; une souris au service d'un éléphant. Tout tremblait au son de sa voix, les vitres, les meubles et les gens. Son large visage, criblé de taches de rousseur, avait l'aspect d'une écumoire. Elle avait de la barbe. C'était l'idéal d'un fort de la halle(3) habillé en fille. Elle jurait splendidement ; elle se vantait de casser une noix d'un coup de poing. Sans les romans qu'elle avait lus et qui, par moments, faisaient bizarrement reparaître la mijaurée sous l'ogresse(4), jamais l'idée ne fût venue à personne de dire d'elle : c'est une femme. Cette Thénardier était comme le produit de la greffe d'une donzelle(5) sur une poissarde(6). Quand on l'entendait parler, on disait : "c'est un gendarme" ; quand on la regardait boire, on disait : "C'est un charretier" ; quand on la voyait manier Cosette, on disait : "C'est un bourreau". Au repos, il lui sortait de la bouche une dent.
(Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l'air malade et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là...)
(1) sauvagesse : féminin de sauvage.
(2) colosse : personne d'une grande stature.
(3) fort de la halle : employé de la halle (le marché) qui manipule des marchandises.
(4) ogresse : féminin d'ogre, géant qui se nourrit de chair humaine.
(5) donzelle : mot péjoratif pour désigner une jeune fille ridicule.
(6) poissarde : femme de la halle au langage grossier.Questions sur le texte (20 points) (toutes les réponses doivent être rédigées)
1. À quel type de texte appartient cet extrait ? Donnez-en une preuve. Quel est le genre de discours fait par Victor Hugo ? Quel est le support utilisé ? (2 points)
2. Relevez et analysez deux formes du blâme de Mme Thénardier (cherchez deux synonymes de blâme). (2 points)
3. Relevez et analysez trois figures de style employées par Victor Hugo (cherchez dans le récapitulatif de votre fiche méthodologique). (6 points)
4. Quel registre emploie Victor Hugo dans ce texte ? Prouvez-le par un exemple. (2 points)
5. Relevez et analysez les différents discours en donnant deux exemples pour chacun : celui des personnages, celui de Victor Hugo. (4 points)
6. À quel sexe appartient vraiment la Thénardier ? Prouvez votre remarque par au moins deux références expliquées. (2 points)
7. Quel est le but de ce portrait pour l'action ? Que peut-on anticiper sur la suite pour Cosette ?Travail d'écriture (20 points)
Imaginez la suite du portrait de Thénardier en reprenant les procédés de Victor Hugo.
Barème :
Présentation, écriture, paragraphes (3 points)
Orthographe, grammaire, ponctuation (3 points)
Utilisation de procédés typiques du blâme (au moins trois) (3 points)
Plan du devoir, organisation du portrait (3 points)
Idées : compréhension du sujet, valeur et pertinence des images (4 points)
Imitation de Victor Hugo et respect de la perspective du roman trouvée avec le portrait étudié (4 points)Exemples de production :
Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l'air malade et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. C'était un éternel peureux : au moindre bruit, au moindre grincement de plancher, une terrible angoisse le traversait et le glaçait sur place. On aurait pu le confondre avec un mulot faisant le mort, attendant que le prédateur ne le poursuive plus : il ne bougeait plus, il attendait juste que sa femme vienne le délivrer de son profond coma imaginaire.
Cet homme était terriblement dépendant de sa femme : si elle n'était plus à ses côtés pour le soutenir, celui-ci commençait à éclater en sanglots comme un enfant. Il n'allait décidément pas avec sa femme : ils étaient si différents, si opposés, elle autoritaire et forte, lui influençable et petit. Elle le dominait et il lui obéissait comme un enfant. Le soir, après avoir donné à boire aux chevaux des clients, il rentrait à l'auberge en prenant bien la précaution de ranger son manteau au bon endroit et de s'essuyer les pieds sur le paillasson de peur de provoquer la colère de sa charmante épouse. Il ne réfléchissait pas beaucoup et ne lisait guère plus : sa seule éducation, sa seule connaissance étaient le fruit de longues séances d'apprentissage, la Thénardier étant son professeur et lui, l'élève.
Il portait énormément d'importance à son apparence physique : il se regardait dans la glace pendant des heures, guettant le moindre bouton suspect, comme une adolescente en émoi. Il s'imaginait blond, grand, fort, avec des yeux bleus. Et, quand il y songeait, ses yeux petits et enfoncés étincelaient d'un éclair d'envie puis se ternissaient aussitôt quand il apercevait son vrai visage, le contraire de ce qu'il espérait. Il avait les yeux marron, les cheveux bruns et clairsemés, les pommettes creuses, un visage fin et peu viril, digne d'un miroir féminin, disait-il.
Lors de ses promenades dominicales, il se cachait derrière sa femme par peur d'affronter le regard des autres, se cachant dans ses jupes comme un bambin. Son entourage le trouvait faible, efféminé, inapte à protéger sa famille ; on disait: "Il ne peut rien faire sans sa femme", "Ce n'est pas sa femme mais sa mère". Toutes ces réflexions le blessaient fortement mais il se disait que sa femme serait toujours là, comme un rempart !Flavien
Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif qui avait l'air malade et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il faisait le parfait contraste avec son imposante femme. Thénardier était haut comme trois pommes, blanc comme un linge et si chétif que lorsqu'on les voyait, sa femme et lui, on aurait cru voir Laurel et Hardy. Il était si maigre que lorsqu'il passait dans une pièce, on ne sentait que l'odeur de lavande que laissait sa robe de chambre délavée sur son passage, lui, on ne le voyait jamais. Plus d'une fois, dans le village, les habitants ont cru que sa dernière heure avait sonné tant il était pâle et squelettique. Sa voix était aussi aigu‘ que le cri d'un aigle attendant son heure. Jamais on ne le vit boire d'alcool ni fumer ; pourtant, il y avait de gros cigares sur la cheminée sûrement destinés à sa tendre moitié. A la maison, il ne faisait rien, se contentant de lire ou de penser au jour où il se révélerait au grand jour. Bien que trop discret, il était aimé de tous les villageois y compris de ceux que sa femme avait corrigés.
Derrière ses gros sourcils noirs se cachaient deux petits yeux noirs, malicieux, qui en disaient long sur ses pensées et ses projets.Estelle
Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l'air malade et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il ne riait jamais mais il était très comique dans son attitude. Il n'avait aucune autorité envers sa femme, bien au contraire et pourtant, il ne faisait rien dans la maison. Il commandait et faisait exécuter à Cosette toutes les corvées dégradantes. De plus, il avait presque la même taille que Cosette si bien qu'on aurait dit un rat et une souris. Son visage était d'un blanc si pâle, presque transparent, qu'on aurait dit un mort vivant. Il n'avait pas un seul poil sur son torse imberbe comme celui d'un enfant de dix ans. Il s'habillait avec des vêtements d'homme mûr qui étaient évidemment bien trop grands pour lui. Ses épaules n'étaient pas assez larges pour lui donner une carrure, son pantalon tire-bouchonnait tellement il était petit.
Il demandait à sa femme la permission de prendre la parole, il ne jurait pas, il ne crachait pas, il mangeait proprement à table. On se demandait même : "Est-ce une femme ou un homme ?" On le sut bien assez tôt quand on le vit frapper violemment Cosette.
Le Thénardier était une femme avec un esprit d'homme sage dans un corps d'enfant. Quand on le voyait manger, on disait: "C'est un gamin", quand on le voyait fumer, on disait: "C'est un homme sage". Quand on l'entendait parler, on disait: "C'est une femme". Au repos, dans le lit conjugal, il se recroquevillait sur lui-même pour ne pas recevoir de coups de sa femme. Dès qu'il dormait, il se mettait à ronfler.Anne
5° séquence : "Étude d'une oeuvre intégrale : La Bête humaine."
Classe de Première L.
Un exemple d'écriture d'invention en cours de séquence, pour finaliser les recherches biographiques sur É. Zola.Travail d'écriture :
Depuis un mois déjà, Émile Zola assiste, du Paradis où il séjourne, au cours de français de la classe de Première littéraire du lycée Jean-Brito. Les élèves travaillent sur son roman La Bête humaine, et il attend avec impatience le moment de l'étude biographique.
Mais en vain.
Il n'est question que de réception de uvre, d'approche structurale, ... Cela l'agace, mais l'agace... Un jour, après avoir obtenu, à titre exceptionnel, un congé de Dieu le Père, il apparaît en plein cours de français au milieu des élèves éberlués. Il leur fait le récit de sa vie...Vous écrirez la tirade d'Émile Zola en essayant d'être le plus complet possible sur les événements biographiques, sans pour autant être ennuyeux et didactique !
Les élèves, éberluées, restaient silencieuses face à l'écrivain...
"Eh bien, tout d'abord, bonjour mes chères amies. Inutile de vous dire à quel point je suis flatté de voir qu'au vingtième siècle, on étudie mes oeuvres. Mais savez-vous au moins que certaines de ces uvres. ne furent pas aussi bien considérées qu'aujourd'hui ? Je comprends bien que vous soyez surprises de me voir ici, mais je n'ai pu m'empêcher d'intervenir. uvre que vous étudiez est parue en 1890 mais, vous le savez sans doute, La Bête Humaine fait partie de la série des Rougon-Macquart. Chères élèves, vous vous devez d'acquérir plus de culture, ainsi, avec mon intervention d'aujourd'hui, je comblerai vos lacunes en ce qui concerne ma vie.
Je commencerai par vous dire que j'ai échoué au Baccalauréat en 1859 alors que j'étudiais dans un Lycée à Paris. Nous venions de déménager, ma mère et moi. Cette période de ma vie me perturbera beaucoup. Mon père, François Zola, était ingénieur. Alors qu'il travaillait sur le projet d'un barrage dans le Sud, il décéda en l847. Cette disparition m'affligea, puis vint le déménagement, c'est ainsi que, étant quelque peu désorienté, j'échouai au Baccalauréat. Je décidai donc d'arrêter mes études. Pendant un an, je n'eus pas de travail et vivais dans la misère. Mais en 1860, j'entrai comme employé copiste aux Douanes, où je restai seulement deux mois. En 1862, j'entrai aux éditions Hachette en tant que Commis, puis devins chef de la publicité, et j'y travaillai durant quatre années. En 1870, je fondai mon propre journal, La Marseillaise.
Mais l'un des points les plus importants pour vous, c'est de connaître le projet que je voulais réaliser : "l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire". Pendant trois ans, je me suis documenté, et, en 1871, paraît ainsi La Fortune des Rougon. Ce livre fut violemment critiqué. En 1872, paraît La Curée, en 1877 L'Assommoir, cette dernière uvre me rendra célèbre. En 1878, Une page d'amour ; en 1880 c'est Nana qui paraît, en 1885 Germinal, en 1890 paraît La Bête Humaine et en 1893 paraît Le Docteur Pascal qui sera le dernier ouvrage de la série des Rougon-Macquart. Je ne vous ai parlé ici que des principaux, mais il y eut d'autres ouvrages à constituer cette série puisque, de 1871 à 1893, j'ai écrit un livre par an à peu près.
Lorsque je fus reconnu pour ce que je faisais et que je devins célèbre, j'achetai une maison à Médan, c'est d'ailleurs en ce lieu que j'écrivis la majeure partie de mes livres de la série des Rougon-Macquart. Je m'y installai donc avec ma femme, Gabrielle-Alexandrine Meley, que j'avais rencontrée en 1864 et avec laquelle je me mariai en 1870. A Médan, j'invitais beaucoup d'amis, comme Maupassant, Daudet, Flaubert, Huysmans et pendant un temps les frères Goncourt. Ainsi nous écrivîmes Les Soirées de Médan, un recueil de nouvelles. Mais ce lieu, Médan, fut en quelque sorte témoin d'un grand tournant dans ma vie. En effet, ma femme avait engagé une jeune lingère d'une vingtaine d'années. En 1880, commença notre liaison ainsi que ma double vie. Jeanne Rozerot, ma maîtresse donc, m'offrit de merveilleux cadeaux. En effet, en 1889 naquit ma fille Denise et, deux ans plus tard, en 1891, elle me donna un fils, Jacques. La paternité me régénéra en quelque sorte et me donna un nouveau souffle.
Un peu plus tard survint l'affaire Dreyfus. Cette affaire remua tout le pays. Je ne pouvais m'empêcher de donner mon avis. En 1898 j'écris J'accuse qui paraîtra dans L'Aurore. Cette "prise de parole" m'aura valu un an d'emprisonnement et une amende. Il est certain que je dénonçais une grande erreur, une machination qui avait été levée contre Alfred Dreyfus. Je n'avais pas hésité à exprimer mes opinions. De 1869 à 1870, j'écrivis des articles de plus en plus violents qui parurent dans des journaux d'opposition au régime. Dans La Fortune des Rougon, je faisais le procès de ce régime qui était le Second Empire. La chute du Second Empire me sauva d'ailleurs des poursuites judiciaires. Je me rapprochai des socialistes, lus Fourier et devint plutôt marxiste. Lors de l'affaire Dreyfus, je me fis des ennemis, notamment cinq jeunes écrivains anti-dreyfusards. Dreyfus fut gracié, puis réhabilité en 1906.
Mais je n'étais déjà plus de ce monde alors. En effet je décédai le vingt-neuf septembre 1902 ; comme j'étais né le deux avril 1840, j'avais donc soixante-deux ans. On dit que je mourus d'asphyxie mais, croyez-moi, cette mort fut quand même mystérieuse. Seulement, je ne ferai aucune révélation compromettante : et que penseraient les gens de vous si vous leur disiez qu'Emile Zola était apparu dans votre classe un treize mars 2001 pour vous raconter sa vie ?
je vous souhaite bonne chance, chères élèves, pour votre Baccalauréat. Faites en sorte de l'avoir, mais au mieux, vous pourriez devenir écrivains. Au revoir..."
Cette intervention de Zola engendra une soif de savoir chez les élèves de Première littéraire comme il n'en fut encore jamais connu dans l'histoire de Jean-Brito.