
Mise en forme par les formateurs du bilan des échangesLe "savoir écrire" est une des compétences les plus difficiles à évaluer du fait de sa complexité, de sa polymorphie et de la subjectivité inhérente à la réception d'un texte. Dans le cas particulier de l'écriture d'invention, chaque exercice génère une part de critères spécifiques, la norme est complexe puisqu'elle est fondée sur des textes littéraires de référence, et la part d'invention, donc d'originalité et d'écart à la norme, devra également être évaluée. Autant de difficultés qui ont fait l'objet de nos réflexions. Dans une didactique de l'écriture où les processus sont identifiés (planifier, écrire, réécrire), l'évaluation sera d'abord nécessairement formative et liée à la réécriture. C'est ce à quoi nous avons essentiellement travaillé.
1. L'évaluation.
Il s'agira, pour développer chez l'élève une "pratique raisonnée de l'écriture d'invention" (B.O.), de l'amener à définir lui-même les critères de réussite de l'exercice, qui deviendront les critères d'évaluation. Être capable de définir ces critères, c'est s'être approprié l'objet textuel par la lecture, en avoir identifié la spécificité, en avoir saisi les contraintes scripturales.
Un exercice formatif d'écriture d'invention peut comporter plusieurs étapes :
- analyser par la lecture les contraintes textuelles spécifiques, en faire l'inventaire ;
- déterminer effets visés et procédés employés ;
- anticiper sur les difficultés d'écriture, pour permettre des réécritures ultérieures.Pour favoriser la conscience d'écrire et faciliter les choix d'écriture, Sylvie Plane propose de faire construire à chaque élève un tableau à double entrée :
- les effets que je veux produire.
- les procédés que j'utilise.Plus globalement, et en reprenant la classification proposée par Y. Reuter, l'évaluation formative de l'écriture d'invention peut avoir comme modalités :
1) évaluer la globalité du texte et ses effets (on se pose en lecteur et / ou en évaluateur) ;
2) évaluer non seulement la mise en texte, la surface, mais aussi la fiction, la part d'invention du référent et les choix techniques de gestion de ces contenus (énonciation, narration, ...) ;
3) évaluer non seulement l'objet fini mais les états successifs et les modalités d'écriture ;
4) évaluer à partir de critères spécifiques appropriables par les élèves ;
5) évaluer en prenant en compte positif et négatif ;
6) évaluer par des évaluateurs divers (autres élèves, groupe classe, personnes extérieures, ...) ;
7) évaluer pour expliquer les difficultés et aider à les surmonter ;
8) évaluer pour relancer un travail individuel de réécriture.Dans un tel dispositif d'évaluation formative, l'élève est guidé par les lectures, met en uvre les acquis de la séquence, profite du guidage du professeur, des relectures des tiers et améliore son texte par réécritures successives.
Dans le cas de l'évaluation sommative par l'écriture d'invention, par exemple à l'É.A.F., l'élève va devoir gérer seul le processus :
- construire lui-même les contraintes de l'écrit demandé grâce à la consigne et à ses savoirs littéraires (normes, contenus et formes) ;
- résoudre lui-même les problèmes d'écriture qu'il a identifiés, en se décentrant par rapport à son écrit pour en mesurer les effets.On va donc devoir développer chez lui les capacités
- à identifier par le libellé des contraintes
- à mobiliser savoir-faire et savoirs littéraires
- à mettre en texte conformément au produit attendu
- à devenir le premier lecteur critique de ses productions écrites, pour gérer seul les réécritures successives.
2. La réécriture.
Écrire, c'est réécrire, y compris (surtout ?) pour les experts. Il est avéré que les non-experts considèrent leur texte comme peu transformable, rechignent à le retoucher, peinent à prendre de la distance, manquent de procédures conscientes.
Il est donc nécessaire de développer chez l'élève la conscience de la nécessité des réécritures. Y. Reuter propose l'exercice suivant :
1) chaque texte d'écriture d'invention est évalué par un ou plusieurs lecteurs (élève, professeur, autre) qui doit indiquer :
- si le texte est globalement et localement intéressant et compréhensible, en expliquant pourquoi ;
- la dimension (ou le passage) du texte qui lui a particulièrement plu (ou déplu) ;
- une proposition de modification avec justification.2) Le scripteur reçoit l'ensemble, étudie ces retours-lecteurs et prend "librement" des décisions de réécriture.
Ce dispositif a l'avantage de baser la réécriture sur les effets produits sur le lecteur et d'éviter les inconvénients des critériations trop parcellaires.
On peut également programmer l'évaluation de l'écrit à partir des critères définis au départ.
Texte initial Réécriture 1 Réécriture 2 Enseignant Élève Enseignant Élève Enseignant Élève Critère 1 Critère 2 Critère 3 Critère x...
Pour conclure, la finalité de la didactique de l'écriture d'invention et de son évaluation formative est de faire construire par l'élève un rapport plus personnel à l'écriture, positif et distancié, qui ne soit pas seulement instrument de communication mais mode de pensée.
Références bibliographiques.
C. GARCIA-DEBANC : Une évaluation formative en pédagogie de l'écriture, in : Pratiques, 44, 21-52.
Groupe EVA : Évaluer les écrits à l'école primaire, I.N.R.P., Hachette, 1991.
D. BUCHETON et al. : Conduites d'écriture au collège et au lycée professionnel, C.R.D.P. de Versailles.
Y. REUTER : Enseigner et apprendre à écrire. Construire une didactique de l'écriture. E.S.F., 1996.
S. PLANE : Écrire au collège. Didactique des pratiques d'écriture. Nathan Pédagogie, 1994.
M. CHAROLLES, J.-F. HALLÉ, C. MASSERON, A. PETITJEAN : Pour une didactique de l'écriture. Coll. Didactique des textes, éd. Pratiques / Université de Metz, 1989.
M. MAQUAIRE et. al. : Faire écrire et lire au lycée. C.R.D.P. des Pays de Loire, 1993.
Pratiques, n° 89 : Écriture et créativité.
Pratiques, n° 86 : Lecture / Écriture.
M. ABOLGASSEMI : L'écriture d'invention, in : Lettres ouvertes, C.R.D.P. de Rennes.