
Mise en forme par les formateurs du bilan des échanges
Même si l'écriture d'invention n'est pas nouvel objet d'apprentissage mais une production qui vise à diversifier les formes d'écriture au lycée, en relation étroite avec la lecture, son introduction dans les pratiques d'écriture en Seconde et en Première mérite une réflexion spécifique : quelques pistes sont induites par le travail mené durant ces deux jours.
Si l'on admet la théorie de l'écriture proposée par M. Chevaller et C. Garcia-Debanc (Pratiques, n° 49 : " Les activités rédactionnelles ", mars 1986), reprise par Y. Reuter (Enseigner et apprendre à écrire, E.S.F. 1996), les processus mis en œuvre dans la production scripturale sont de trois ordres :
- la planification concerne le but, la visée du texte (écrire pour qui ? pour quoi ?) et établit une sorte de plan-guide pour la production ;
- la mise en texte gère les contraintes textuelles en fonction de la production attendue ;
- la révision, relecture(s) et réécriture(s), permet la détection des problèmes par rapport à un produit fini attendu et les mises au point 'finales' ( ? ).
Reprenons ces trois phases pour classer les enjeux didactiques qui ont été mis à jour par les travaux du stage.
Pour l'écriture d'invention,I) la planification est difficile et doit être cadrée par des consignes précises.
Contrairement aux exercices canoniques de commentaire ou d'argumentation, l'écriture d'invention n'est pas déterminée par des normes générales, fixées par les examens ou les pratiques traditionnelles des méthodes et techniques pour le lycée. Chaque exercice doit être planifié en fonction d'une norme spécifique, d'où l'importance accrue des consignes. On ne peut pas dire " Faites une écriture d'invention " comme on dit " Faites un commentaire composé ", évidemment.
Il est nécessaire que le destinataire de l'écrit soit identifiable, même s'il s'agit du lecteur idéal. Il ne s'agit plus, comme dans les autres types d'exercices, d'un vague correcteur peu clairement identifié, garant d'une sorte de mystérieux " commentaire composé idéal " par exemple.
Cette phase mérite donc un accompagnement fort du professeur, pour que l'élève finalise son écriture (= donne du sens à …).
Cette aide à la planification sera différente selon que l'écriture d'invention se situe avant, pendant, ou après les activités de lecture et de construction des notions.
En début de séquence, on travaille sur les représentations de l'élève. Les consignes lui sont extérieures, et doivent être très précises.
Pendant la séquence, l'écriture d'invention, plus partielle, permet de fixer un acquis de la lecture, ou d'évaluer une étape dans la progression de la séquence. On peut par exemple isoler un procédé et le faire varier pour constater les variations d'effets (le point de vue par exemple).
Après la séquence, l'écriture d'invention peut être plus globale et permettre de réinvestir les conclusions de la lecture. Les repérages fixés pendant les activités de lecture servent de guide d'écriture. Exemple : une page réaliste, ou un incipit Harlequin : phase de lecture : quels effets à partir de quels procédés ? Phase d'écriture : quels procédés pour quels effets ?II) la mise en texte, sans que le plaisir de l'écriture soit oublié, mérite une explicitation par l'élève de ses choix rédactionnels, lexicaux, syntaxiques, stylistique.
Il s'agit de trouver des démarches métacognitives sur l'écriture d'invention, pour permettre à l'élève " une écriture consciente de ses démarches et de ses choix " (où ai-je déjà entendu cela ?).III) la révision peut être facilitée aux yeux de l'élève par l'absence de norme académique : le texte d'invention n'étant pas sujet à corrigé idéal, l'élève acceptera peut-être plus volontiers de retravailler son texte comme un objet personnel, à la manière d'un artiste qui cherche à améliorer sa production jusqu'à accepter de la publier.
Si la planification mérite l'aide du professeur et la mise en texte une réflexion personnelle métacognitive, la révision est le lieu de l'interaction, entre le scripteur et le professeur, mais aussi entre le scripteur et ses pairs, lecteurs critiques de l'écriture en classe complète ou en modules. La " publication " doit se banaliser et faciliter les révisions successives.Références et bibliographie :
- Documents d'accompagnement, fiche n° 18
- L'Ecole des Lettres, septembre 2000
- B.O. n° 6, 31 août 2000
- S. Plane, Ecrire au collège, Nathan Pédagogie
- Revue Pratiques, n° 89 : " Ecriture et créativité " (notamment deux articles : Y. Reuter : " Imaginaire, créativité et didactique de l'écriture " ; et C. Garcia-Debanc : " Consignes d'écriture et création ")
- Revue Pratiques, n° 86 : " Lecture / écriture ", notamment, là aussi, un article de Y. Reuter et un autre de C. Garcia-Debanc.
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.