Ces activités d'écriture ont été proposées à une classe de quatrième à partir de Mateo Falcone et d'un extrait de Lettres d'Espagne. Elles s'intègrent dans une séquence d'étude de l'œuvre intégrale Mateo Falcone et supposent des changements de points de vue narratifs.
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Sujet 1 : la fin de Mateo Falcone
(page 19-21 éd. Librio et page 31-33 éd. classique Larousse)Giuseppa, dix ans après les faits, raconte avec émotion les derniers instants de la vie de son fils Fortunato tels qu’elle a pu les connaître. Voici, pour vous aider à commencer votre texte, une proposition... Écrivez la fin de la nouvelle du point de vue de Giuseppa, en énoncé ancré.
Efforcez-vous de rendre votre texte émouvant : la mère est éplorée, peut-être en colère et en révolte.
N'oubliez pas d'employer les procédés de mise en emphase étudiés en classe. Si le temps le permet, indiquez-les en marge.
"Je me souviens avec douleur, c'était en 1827, des instants les plus atroces de ma misérable existence.
Mateo et moi avions quitté la maison pour quelques heures, laissant derrière nous, pour surveiller la maison, Fortunato. Ô mon fils ! Ô mon enfant bien-aimé !... Je te vois encore et mon cœur de mère frémit toujours d'horreur ! Pendant notre absence, des événements graves et imprévus s'étaient déroulés : Fortunato avait caché un bandit poursuivi par les Collets jaunes, puis, en échange d'une montre donnée par le chef des gendarmes, il avait livré ce bandit ! Les gendarmes allaient partir avec leur prisonnier...
C'est alors que nous sommes arrivés, et que nous avons appris ce qui s'était passé. Avant d'être emmené, le prisonnier a craché en direction de notre porte et a crié : « Maison d'un traître ! » Curieusement, Mateo n'a pas bougé, n'a rien dit, mais il paraissait accablé. Puis j’ai compris soudain toute la gravité de la situation : notre honneur, notre nom étaient souillés.
A ce moment-là, je présentais à Fortunato un visage très sévère -mais pouvais-je prévoir la suite ?- et j'attendais, inquiète, ce qu'allait dire et faire Mateo. Je me doutais bien que ça allait être terrible, mais je n'avais pas imaginé la suite affreuse...
Après dix minutes d'un affreux silence..."
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Sujet 2 : changement de point de vue à partir d'un extrait de "lettres d'Espagne"
- Imaginez que José-Maria écrit à son plus fidèle lieutenant, la soirée qu'il a passée à la métairie d'Andujar : pourquoi il s'y est rendu, ce qu'il a vu, ce qu'il a fait et pensé...
- Vous rédigerez cette lettre narrative, en insistant peut-être particulièrement sur le caractère exceptionnel d'une telle soirée pour un bandit recherché.
- Introduisez dans votre récit quelques procédés de mise en relief, que vous indiquerez en marge si le temps le permet.
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Copies d'élèves : sujet 1
Après environ dix minutes d'affreux silence, est sorti de la bouche de Mateo un mot que je n'ai pas très bien compris, mais j'en avais quand même perçu de la haine et du dégoût. Mon cher fils, mon tendre et bien aimé Fortunato était pâle, il me regardait d'un oeil inquiet et je sentais bien qu'il avait honte, il avait une petite lueur dans le fond de ses grands yeux qui me suppliait d'accepter son pardon, tel un chien battu réclamant un simple geste d'amour. J'avais tout simplement peur ! Mais de quoi ? Sûrement de ne plus le revoir ! Mais pourquoi ce sentiment d'inquiétude ? Je n'en pouvais en dire plus.
Mateo, lui, parlait avec une voix calme mais effrayante, à chaque mot, les yeux de Fortunato se remplissaient de larmes, j'étais désemparée.
Je m'approchais de lui, que voyais-je ? Je venais d'apercevoir une chaîne brillant comme mille feux qui dépassait de la poche droite de son pantalon souillé et percé. Elle appartenait à son cousin, l'adjudant. Je m'en doutais fort bien, Gamba avait utilisé le chantage, il avait abusé de l'ignorance de mon tout petit. Avant que j'aie eu le temps de regarder la montre de plus près, mon mari, Mateo l'avait déjà prise et l'avait jetée avec une telle force que la montre ne put résister.
Je le regardais avec inquiétude, il me dévisageait d'un regard glacial et m'a dit une phrase que je n'oublierai jamais et qui m'a profondément déçue. Il m'a dit avec un sentiment de doute : « Femme, cet enfant est-il de moi ? », Je n'en croyais pas mes oreilles, avait-il vraiment dit ça ou avais-je mal compris? Il me l'a répété encore et encore, je croyais devenir folle, cette phrase tourbillonnait sans cesse dans ma tête.
J'ai voulu courir vers la porte de notre « maison », mais mon mari me l'avait, d'un coup de pied sur le sol, interdit. Mon cœur battait à tout rompre, je respirais bruyamment, avec difficulté. J'avais peur, que faire ? Lui arracher le fusil des mains et défendre mon garçon ? Non. C'était trop risqué et de plus je n'en avais pas le courage.
Les sanglots de Fortunato ont redoublé et Falcone tenait ses yeux de lynx toujours attachés sur lui.
Il a mis son fusil sur son épaule et a fait un signe à Fortunato disant de le suivre et celui-ci l'avait fait sans hésiter, sans chercher de complications. J'ai couru au secours de Fortunato, j'ai pris le bras de Mateo et le tenais fermement, je me laissais glisser doucement pour m'alourdir, je criais, je le suppliais d'arrêter, mais malheureusement à cette époque-là, la place réservée aux femmes était extrêmement réduite. Seuls les hommes comptaient. J'essayais en vain de lui faire entendre raison, mais il n'y avait plus rien à en tirer ! Je savais que pour mon pauvre fils, c'était fini, sur ce, je l'ai pris et serré très fort contre ma poitrine. Je suis rentrée dans notre cabane, en larmes, ne cachant pas mes sentiments. Je repensais aux moments heureux que notre petite famille avait vécus ces dix dernières années, la joie de l'arrivée d'un petit garçon, que Mateo avait tant désiré. Son premier garçon qui pourrait garder son nom. Mateo en était si fier !
Je restais un moment immobile, n'osant pas regarder à la fenêtre pour voir ce qui s'y déroulait. J'attendais, essayant de percevoir le moindre son et de résister au poids de mon corps frêle et tremblant.
J'avais commencé à faire mes prières quand j'ai entendu un coup de fusil suivi d'un terrible cri de douleur qui m'a transpercé le cœur, je me sentais vide, sans âme. Par manque de force je me suis laissé tomber sur le sol, froid et rêche. A ce moment-là, je ne pensais à rien ou plutôt, je ne voulais plus penser, je voulais tout simplement me réveiller de ce terrible cauchemar, atroce et interminable, mais malheureusement tout était bien réel.
J'ai vu la porte s'ouvrir violemment et mon mari rentrer chercher une bêche. Son visage ne s'était pas déformé par la douleur, il n'avait même pas les larmes aux yeux. N'avait-il rien ressenti ?
N'avait-il pas de sentiments ? Croyait-il vraiment que l'arrivée de son gendre Tiodoro Bianchi pourrait certainement remplacer Fortunato, et qu'un fils pouvait se faire remplacer comme une simple chemise sale ? Franchement, il me dégoûtait jusqu'au plus profond de moi, jamais je n'aurais imaginé cela venant de sa part, cet acte cruel envers ce misérable enfant âgé de dix ans à peine. J'avais honte de lui ! Mais je n'osais rien dire, et ce pendant longtemps. Je le craignais, j'avais peur de mon propre mari, à cette idée qu'il pourrait à tout moment recommencer, je ne vivais plus, ma vie était devenue un véritable enfer, rien que d'entendre le bruit d'un coup de feu me faisait frissonner et repenser à ce moment tragique.
J'avais décidé de venger mon fils et je l'ai fait ! J'ai tué Mateo d'un coup de fusil, bref, comme il avait enlevé la vie à Fortunato.
J'étais tout simplement heureuse et comme par instinct, j'ai regardé le ciel et dit : « Ô mon fils, mon cher Fortunato, tu peux sombrer dans le sommeil éternel : sois tranquille, maman t'a vengé ! »
Elodie 4èmeA
haut
Il se passa près de dix minutes avant que mon mari se mît à parler. Ce silence total me faisait peur, car je savais que, plus tard, il se passerait quelque chose de grave, mais à ce moment-là, je ne savais pas encore ce que c'était. Je sentais mon cœur battre de plus en plus vite. Mon fils s'était mis à pleurer. Son père lui avait crié quelque chose, mais je ne savais plus quoi.
Je vis une chaîne en argent qui dépassait de la chemise de mon enfant. Je me précipitai dessus en lui demandant qui lui avait donné cette montre. Avant même que j'ai pu le réprimander, Mateo saisit la montre et la jeta de toutes ses forces par terre, au point de la casser en mille pièces brillantes au soleil.
Pour la première fois depuis quelque temps, Mateo m'adressa la parole pour me demander si Fortunato était bien de lui.
Je me souviens être devenue rouge comme une brique. J'étais plongée dans de sombres pensées quand le coup de crosse de fusil de Mateo par terre me sortit de ma méditation. Mateo disait à Fortunato ou bien peut-être lui criait, je ne m'en souviens pas tellement, de le suivre. Je m’étais mise à redouter le pire pour mon fils.
J'embrassai mon fils en pleurant tout en espérant que ce n'était pas la dernière fois. Mon courage n'était pas assez grand pour voir partir mon fils et je consacrai le peu de courage qu'il me restait à prier.
Après avoir entendu un coup de feu, je me précipitai dans la direction que Mateo avait prise. En me précipitant je rencontrai Mateo, je lui demandai où était mon fils, et il me répondit que justice avait été faite.
A la suite de la messe prononcée pour mon fils, je pris pas mal de distance par rapport à mon mari que je ne considérais plus comme tel jusqu'à sa mort.
Catherine et Anne 4èmeA
haut
Il se passa près de dix minutes avant que Mateo ouvrît la bouche. Mon cher fils nous regardait moi et mon mari d'un oeil inquiet. On voyait au regard de Mateo qu'il était en colère. Il était appuyé sur son fusil. Fortunato essaya de se faire pardonner par son père, mais celui-ci ne voulut rien entendre ! Fortunato sanglota. Il voulait se rapprocher de son père, qui le repoussait.
Tout à coup, j'aperçus la montre accrochée à son cou. C'était un bijou d'une grande valeur. Elle brillait de tous ses éclats. Je voulus savoir, d'où provenait cette merveille. Il me répondit que c'était son cousin l'adjudant qui la lui avait donnée. Mateo, bouillant de colère, arracha la montre et la jeta avec force contre une pierre. Elle tomba en mille morceaux.
Mateo eut un doute. Il pensa qu'il n'était peut-être pas le père de cet enfant. Bien sûr que cet enfant était de lui ! Jamais je ne l'ai trompé! Dans ce cas, Mateo en conclut, que c'était le premier de sa race à avoir trahi ! Fortunato se sentit encore plus mal. Mateo ne le quitta pas des yeux.
Il jeta son fusil sur ses épaules et ordonna à son fils de le suivre. Il obéit. Je courus après Mateo et m'agrippai à son bras et lui expliquai que c'était son seul et unique fils, l'héritier du nom ! Il me dit que c'était lui son père et à lui de prendre des décisions. J'embrassai pour la dernière fois, sans le savoir, mon fils bien-aimé. A toute vitesse, je rentrai dans la cabane et m'agenouillai devant l'image de la Sainte Vierge. Je priai pour que Mateo ne fasse pas de bêtises, mais un coup de feu me fit sursauter. Je sortis affolée de mon refuge et croisai Mateo. Je voulus savoir ce qui s'était passé : il avait fait justice. Il me dit où je pouvais le trouver : dans le ravin ! Il lui avait fait réciter toutes les prières qu'il connaissait avant de le tuer. Je n'ai jamais autant eu le cœur brisé de ma vie. Cet événement m'avait fait un vrai choc. Maintenant encore j'en souffre! Pour Mateo, c'est notre gendre Tiodoro Bianchi qui le remplace, mais au fond de mon cœur, rien ne pourra remplacer ce que j'ai créé.
Fiorella 4ème ACopie d'élève sujet 2
Salut Révéros,
Texte extrait de lettres d'Espagne
Je vais te raconter la plus belle soirée de ma vie.
C'était il y a un mois, à Andujar, lors d'une noce à laquelle je me rendais pour régler mes petites affaires avec le notaire d'Andujar.
Alors que je venais d'arriver à la demeure des mariés, j'ai mis mon cheval à l'écurie et c'est alors que le marié s'est approché de moi m'invitant à sa noce. Il y régnait une agréable ambiance. Je saluai tous les convives et, en passant je ne pus que lui lancer un coup d'œil de tigre puis j'ai salué la mariée devant le notaire qui tremblait de tout son corps. Avec grâce je lui ai demandé si je pouvais danser à sa noce. Elle m'a donné la permission et aussitôt j'ai pris un tabouret de liège, l'approchai de la table et je me suis assisentre la mariée et le notaire qui ne se sentait pas bien du tout, et même très mal.
Alors elle m'a demandé de faire grâce au notaire et de ne pas faire de scandale à sa noce.
"Notaire, dis-je, remerciez madame, sans elle, je vous aurais tué avant même que vous puissiez digérer votre dîner. N'ayez plus peur, je ne vous ferai pas de mal."
Après ces paroles, la fête a repris son cours, puis deux minutes plus tard, je suis allé chercher une guitare pour improviser un couplet en l'honneur des deux époux, ensuite j'ai dansé, chanté ; c'était vraiment une belle soirée ! Et je m'amusais comme un petit fou, j'avais même oublié que j'étais un bandit... Mais me disant quelques mots dans l'argot bohémien, alors j'ai tressailli et, avançant vers la mariée, je lui ai dit :
"Adieu, enfant de mon âme, jamais je n'oublierai les moments que j'ai passés auprès de vous. J'ai passé ce soir la soirée la plus belle de ma vie et ce fut un plaisir de la passer auprès de vous. Hélas je dois partir, mais veuillez accepter cette bagatelle."
J'ai salué tous les convives et, en remerciant fortement le marié pour cette aimable invitation, je suis reparti en direction des montagnes.
Merci pour ton attention si fidèle !
José-Maria
Erwann
On célébrait une noce dans une métairie des environs d'Andujar1. Les mariés avaient déjà reçu les compliments de leurs amis, et l'on allait se mettre à table sous un grand figuier devant la porte de la maison; chacun était en disposition de bien faire, et les émanations des jasmins et des oranges en fleur se mêlaient agréablement aux parfums plus substantiels s'exhalant de plusieurs plats qui faisaient plier la table sous leur poids.
Tout à coup parut un homme à cheval, sortant d'un bouquet de bois à portée de pistolet de la maison. L'inconnu sauta lestement à terre, salua les convives de la main, et conduisit son cheval à l'écurie. On n'attendait personne ; mais, en Espagne, tout passant est bienvenu à partager un repas de fête. D'ailleurs, l'étranger, à son habillement, paraissait être un homme d'importance. Le marié se détacha aussitôt pour l'inviter à dîner.
Pendant qu'on se demandait tout bas quel était cet étranger, le notaire d'Andujar, qui assistait à la noce, était devenu pâle comme la mort. Il essayait de se lever de la chaise qu'il occupait auprès de la mariée ; mais ses genoux pliaient sous lui, et ses jambes ne pouvaient plus le supporter. Un des convives, soupçonné depuis longtemps de s'occuper de contrebande s'approcha de la mariée :
« C'est José-Maria, dit-il ; je me trompe fort, ou il vient ici pour faire quelque malheur. C'est au notaire qu'il en veut. Mais que-faire? Le faire échapper ? – Impossible ; José-Maria l'aurait bientôt rejoint. - Arrêter le brigand ? - Mais sa bande est sans doute aux environs ; d'ailleurs, il porte des pistolets à sa ceinture et son poignard ne le quitte jamais. - Mais, monsieur le notaire, que lui avez-vous donc fait ?
- Hélas ! rien, absolument rien !
Quelqu'un murmura tout bas que le notaire avait dit à son fermier, deux mois auparavant, que, si José-Maria venait jamais lui demander à boire, il devrait mettre un gros d'arsenic dans son vin.
On délibérait encore sans entamer la olla quand l'inconnu reparut suivi du marié. Plus de doute, c'était José-Maria. Il jeta en passant un coup d'oeil de tigre au notaire, qui se mit à trembler comme s'il avait eu le frisson de la fièvre ; puis il salua la mariée avec grâce, et lui demanda la permission de danser à sa noce. Elle n'eut garde de refuser ou de lui faire mauvaise mine. José-Maria prit aussitôt un tabouret de liège, l'approcha de la table, et s'assit sans façon à côté de la mariée, entre elle et le notaire, qui paraissait à tout moment sur le point de s'évanouir.
On commença à manger. José-Maria était rempli d'attentions et de petits soins pour sa voisine. Lorsqu'on servit du vin d'extra, la mariée, prenant un verre de montilla (qui vaut mieux que le xérès selon moi), le toucha de ses lèvres, et le présenta ensuite au bandit. C'est une politesse que l'on fait à table aux personnes que l'on estime...
José-Maria prit le verre, remercia avec effusion et déclara à la mariée qu'il la priait de le tenir pour son serviteur, et qu'il ferait avec joie tout ce qu’elle voudrait bien lui commander.
Alors celle-ci, toute tremblante et se penchant timidement à l'oreille de son terrible voisin :
« Accordez-moi une grâce, dit-elle.
- Mille ! s'écria José-Maria.
- Oubliez, je vous en conjure, les mauvais vouloirs que vous avez peut-être apportés ici. Promettez-moi que, pour l'amour de moi, vous pardonnerez à vos ennemis, et qu'il n'y aura pas de scandale à ma noce.
- Notaire ! dit José-Maria se tournant vers l'homme de loi tremblant, remerciez madame; sans elle, je vous aurais tué avant que vous eussiez digéré votre dîner. N'ayez plus peur, je ne vous ferai pas de mal. »
Et, lui versant un verre de vin, il ajouta avec un sourire un peu méchant : « Allons, notaire, à ma santé! ce vin est bon et il n'est pas empoisonné. »
Le malheureux notaire croyait avaler un cent d'épingles.
« Allons, enfants ! s'écria le voleur, de la gaieté ! vive la mariée ! »
Et, se levant avec vivacité, il courut chercher une guitare et se mit à improviser un couplet en l'honneur des nouveaux époux.
Bref, pendant le reste du dîner et le bal qui le suivit, il se rendit tellement aimable, que les femmes avaient les larmes aux yeux en pensant qu'un aussi charmant garçon irait peut-être un jour à la potence. Il dansa, il chanta, il se fit tout à tous. Vers minuit, une petite fille de douze ans, à demi vêtue de mauvaises guenilles, s'approcha de José-Maria, et lui dit quelques mots dans l'argot des bohémiens. José-Maria tressaillit : il courut à l'écurie, d'où il revint bientôt emmenant son bon cheval. Puis, s'avançant vers la mariée, un bras passé dans la bride :
« Adieu ! dit-il, enfant de mon âme, jamais je n'oublierais les moments que j'ai passés auprès de vous. Ce sont les plus heureux que j'aie vus depuis bien des années. Soyez assez bonne pour accepter cette bagatelle d'un pauvre diable qui voudrait avoir une mine à vous offrir. » Il lui présentait en même temps une jolie bague.
« José-Maria, s'écria le marié, tant qu'il y aura un pain dans cette maison, la moitié vous appartiendra. »
Le voleur serra la main à tous les convives, celle même du notaire, puis, sautant lestement en selle, il regagna ses montagnes. Alors seulement le notaire respira librement. Une demi-heure après arriva un détachement de miquelets, mais personne n'avait vu l'homme qu'ils cherchaient.
Prosper Mérimée : Lettres d’Espagne.1. Andujar : ville d'Andalousie.
2. Un gros : ancien poids, valant quatre grammes.
3. La olla, au olla podrida : pot-au-feu espagnol, fortément épicé.
4. Xéres : célèbre vin qui porte le nom d'une ville d'Andalousie, comme le montilla.
5. Il se fit tout à tous : il chercha à être agréable avec chacun des invités.
6. Miquelets : ici, soldats chargés de la police.
Yvan Lebreton
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.