Travail d'écriture en Seconde : rédiger le dénouement d'une nouvelle fantastique
Démarche suivie
Les élèves de seconde au cours dune séquence centrée sur létude du récit fantastique ont étudié la nouvelle de Richard Matheson, Le Jeu du Bouton, proposée dans le cahier dévaluation 1999 (livret du professeur). Ils ont lu et étudié le texte sans le dénouement et ont été invités à proposer des dénouements possibles puis à les rédiger en respectant les critères indiqués dans une grille. (Cliquer ici pour voir le texte de départ)
Le texte produit devait mettre en oeuvre les compétences suivantes :
- Produire le texte demandé : un dénouement de nouvelle fantastique
- Il égale en longueur le dénouement réel
- Il contient des éléments de résolution
- pour Arthur
- pour Norma
- pour M. Steward
- pour la personne tuée
- pour largent
- pour la boite
- Il laisse subsister une certaine incertitude.
- Respecter lécriture du texte
- Il respecte les données spatiales et temporelles
- Il est écrit au passé simple et à limparfait dans les passages narratifs
- Il respecte le point de vue de Norma
- Il contient au moins un passage au dialogue
- Ecrire un texte cohérent
- Il est lisible
- Il respecte les règles de lorthographe
- Il respecte les conjugaisons
- Il respecte les règles de la syntaxe
- Il respecte la mise en texte du dialogue (tirets, majuscules ...)
Puis en groupe de module les élèves ont sélectionné les textes qui leur paraissaient les plus intéressants et ont indiqué les modifications quils suggéraient à leurs auteurs.
Voici quelques textes dont on excusera les maladresses :
Comme tous les soirs en rentrant, elle se prépara son martini-vodka et allait prendre place dans le living-room pour le savourer tranquillement tout en se détendant quand elle entendit sonner à la porte. Pensant à son mari, qui, tête en lair, avait encore dû oublier ses clefs, elle alla ouvrir et, surprise ! elle découvrit devant elle deux agents de police.
¯ Bonjour, Messieurs ! Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-elle, étonnée.
¯ Vous êtes bien Mrs Lewis ?
¯ Oui, c'est moi !
¯ Pouvons-nous entrer quelques instants ? Nous avons à vous parler.Elle se sentit défaillir quand le policier lui expliqua d'un ton désolé l'accident survenu au commerce de son mari : cet incendie si brusque et encore inexpliqué, l'alerte au feu qui fut declenchée si tardivement, ce petit garçon qui était resté coincé dans les flammes, et enfin Arthur qui n'avait pu s'empêcher d'aller le secourir, avant l'arrivée des pompiers, et qui avait péri dans les flammes. Elle ne put qu'éclater en sanglots quand le second policier conclut :
¯ Votre mari est mort en héros, Madame !Après le départ des deux agents, Norma resta longtemps assise, pensive, le regard fixé sur cette maudite boîte qui, en une seconde, avait détruit sa vie. Dans un excès d'impulsion, elle pensa à la fracasser, de toutes ses forces, mais elle revint vite à la raison : le mal était fait, et elle ne pouvait plus y remédier. Elle était consciente de tout ce qui se passait, de tout ce qui était arrivé par sa faute. Elle se souvint alors de l'assurance du magasin : Arthur avait tenu à investir dans celle qui couvrait tous les dommages. Il disait toujours que dans ce quartier, il fallait se méfier de tout. Cette assurance remboursait vingt-cinq mille dollars en cas de sinistre ; sans oublier les vingt-cinq mille dollars prévus en cas du décès d'un des conjoints. Le compte y était : les cinquante mille dollars étaient là. Elle ne pouvait pas y croire, elle ne voulait pas y croire. Lorsque le téléphone sonna, elle mit du temps à réagir.
¯ Mrs Lewis ? Mr Steward à l'appareil. Je ne vous dérange pas, au moins ?
Norma avait le coeur serré, plein de haine. Mais c'était une femme forte, qui avait du tempérament, et, serrant les dents, elle réussit à parler :
¯ Vous m'aviez pourtant dit que que je ne connaîtrais pas la personne qui allait mourir !
¯ Mais, ma chère Madame, il ne fallait pas être aussi naïve ! Vous n'étiez en rien obligée de me faire confiance. Après tout comme disent si bien les proverbes, l'argent ne fait pas le bonheur ; et puis surtout, l'erreur est humaine !Lorëva, Seconde 6 (octobre 1999)
Le soir, quand elle rentra chez elle, après avoir préparé son habituel martini-vodka, elle alluma la télévision pour regarder les informations en attendant son mari. On annonçait les faits divers de la journée.
"Ce matin, un pilote d'avion américain est subitement décédé alors que son avion était en plein vol. L'avion s'est écrasé peu après. Apparemment, il n'y aurait aucun survivant parmi l'équipage et les passagers. Quant au jeune pilote, personne ne s'explique son décès, soudain et mystérieux..."
Le verre de Norma glissa soudain de ses mains soudainement tremblantes, et se brisa au sol. Elle pâlit en se disant qu'elle était responsable de ces morts, qu'en appuyant sur ce maudit bouton elle avait tué ces innocents.
L'agoisse s'empara d'elle quand elle entendit qu'on sonnait à la porte. Norma alla l'ouvrir, mais il n'y avait personne, seulement un paquet, là, à ses pieds ; elle le prit et referma la porte. C'étaient les cinquante mille dollars. Elle s'affola tout à coup. Quand ses yeux se posèrent sur la boîte, la colère l'envahit et elle fut prise d'une rage folle contre Mr Steward et l'acte qu'elle avait commis à cause de lui. C'en était trop ! Elle jeta la boîte au sol, de toutes ses forces. Ce fut à ce moment qu'elle perdit le contrôle d'elle-même et que le drame survint.Arthur était encore au bureau et rangeait ses affaires quand le téléphone sonna.
¯ Arthur Lewis à l'appareil.
¯ Ici l'hôpital de Lennox Hill ; vous êtes bien le mari de Norma Lewis ?
¯ Oui, parfaitement, mais pourquoi ?
¯ Dans ce cas, j'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Votre femme a eu un problème... On l'a retrouvée devant l'immeuble...
¯ Comment cela, que s'est-il passé ? coupa Arthur, inquiet
¯ Venez vite à l'hôpital, on vous expliquera.On apprit à Arthur que les médecins n'avaient pu sauver Norma, qui était décédée bien avant que les secours n'arrivent.
Il ne put expliquer son suicide ni à la police ni à lui-même, mais il savait que l'histoire du bouton y était liée, car il avait trouvé l'argent dans l'appartement. C'est pourquoi il fit tout son possible pour retrouver la trace de Mr Steward...en vain.Maria, Seconde 6 (octobre 1999)
Elle jeta la boîte à la poubelle et courut s'habiller pour partir à son travail. En tournant au coin de la 16ème Avenue, elle ressentit un frisson en pensant à l'acte qu'elle venait de commettre. Arthur, se dit-elle, j'aurais dû t'écouter, je regrette sincèrement....
Le soir, en rentrant, Norma s'installa sur le canapé et alluma la télévision. Rien d'exceptionnel aux infos de ce soir, pensa-t-elle. En allant à la cuisine, elle jeta un coup d'oeil sur la boîte enfouie dans la poubelle. Etait-ce une blague de mauvais goût ? Elle n'en était plus sûre. A huit heures, Arthur rentra. Il rangea ses affaires, alla à la cuisine et embrassa sa femme.
¯ Bonne journée ? demanda-t-il.
¯ Oui, tout va bien.
Ils se mirent à table sans échanger une parole. Norma se leva et commença à débarrasser la table. En rangeant les couverts dans le lave-vaisselle, elle ressentit comme un petit pincement au coeur, une douleur. Il sait, se dit-elle, il sait tout. Elle s'essuya les mains et alla se coucher.Le lendemain, elle se réveilla en retard. Elle avala un toast et sortit précipitamment. Elle sauta dans sa voiture et démarra.
En arrivant au sous-sol de l'immeuble où elle travaillait, elle eut l'impression d'avoir été suivie. Elle regarda autour d'elle et finit par descendre de sa voiture. Elle se dirigea en courant vers l'ascenseur. Une fois dedans, elle appuya nerveusement sur le bouton.
Son bureau était grand et bien aménagé. "Oh ! j'ai oublié les dossiers !" s'exlama-t-elle. Elle redescendit et traversa le sous-sol. Une voiture sortit d'un coin du parking, discrètement mais rapidement, et se rapprocha de Norma. Le chauffeur pressa l'accélérateur et...
Norma était étendue par terre. Elle se toucha la tête : du sang. Elle entendit des pas, une personne s'approchait.
¯ Qu'est-ce que ...articula péniblement la jeune femme, Mr Steward, qu'est-ce que...
¯ Ne vous donnez pas la peine de poser des questions, j'ai la réponse, Mrs Lewis. Est-ce que vous vous connaissiez réellement ?C'est alors qu'elle se remémora les cinquante mille dollars de l'assurance que son mari toucherait s'il lui arrivait un accident...
Alexandra, Seconde 6 (octobre 1999)
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.