A partir d'un travail proposé par Caroline Masseron dans la revue Pratiques n° 96, de décembre 1997, "Enseigner l'argumentation".

Dans cette page vous trouverez :
- les principes de la démarche
- les intérêts de cette activité dans le cadre de l'aide individualisée
- la liste des thèmes abordés dans le traité de l'éducation
- la procédure de travail
- un exemple d'écriture
- des travaux d'élèves

 

I. Principes.

Un projet d'écriture va servir de support à l'apprentissage de l'argumentation : chaque élève participe à l'élaboration collective d'un traité d'éducation. Le travail consiste pour lui à écrire un ou plusieurs articles du traité, selon une procédure précise, en choisissant dans une liste de thèmes. A titre d'exemple, et pour mettre en place les premiers apprentissages, toute la classe travaille sur le premier article, consacré au thème de la punition : lecture de l'histoire de Martin, puis rédaction individuelle d'un premier jet qui sera corrigé et enrichi tout au long de la séquence, au fur et à mesure de l'apprentissage, et dont la réécriture finale fera l'objet d'une évaluation (voir les exemples de textes d'élèves). ainsi l'écriture d'invention est mise en oeuvre selon un protocole au service de compétences d'expression et d'argumentation.

 

II. Intérêts.
1. Motivation.
-Participation à un projet collectif d'écriture.
-Possibilité de choisir les thèmes.
-Thèmes intéressants pour des adolescents. Possibilité d'implication personnelle, dans la narration d'exemples.
-Publication des textes, au moins par la circulation et l'échange dans la classe.
2. Efficacité pour la lecture et l'écriture.
-Les différentes étapes de l'apprentissage s'appuient sur la lecture de textes : productions d'élèves, textes littéraires ou documentaires. Par exemple, la deuxième séquence, consacrée à l'apprentissage des critères distinctifs d'un texte argumentatif, utilise un corpus d'extraits de F. Dolto, Rousseau, Erasme, Montaigne, Alain. La lecture et l'écriture s'enrichissent et se structurent mutuellement par un va-et-vient permanent entre elles.
-Amélioration des écrits par la pédagogie du brouillon : pratique de la réécriture, c'est-à-dire travail collectif sur des textes d'élèves, réécritures collective et individuelle. Cette amélioration vise aussi, bien sûr, la pratique de la langue.
3. Efficacité pour l'argumentation.
-La capacité à argumenter se développe par la réflexion sur des cas concrets et sur l'expérience personnelle, qui est explicitement sollicitée.
-Elle se développe aussi, "naturellement", par l'obligation pour l'élève de se décentrer : d'acteur, il doit devenir conseiller, éducateur, à l'intention des parents, réels ou fictifs, à qui est destiné le traité, ce qui l'oblige à
>dégager de son expérience personnelle des préceptes éducatifs : l'exemple j'ai été privé de sorties pendant un mois parce que j'étais rentré un soir avec cinq minutes de retard ; cette sanction était beaucoup trop sévère, donne lieu au précepte : une punition doit être adaptée à la faute commise, ce qui constitue la thèse.
>expliquer le pourquoi et le comment de ce précepte : une punition doit être proportionnelle à la faute commise ; un léger retard sera sanctionné par une remarque, un retard important, par une privation de sorties, ce qui constitue l'argument.
-La structuration des textes s'élabore progressivement : pas de "plan" préalable ; le schéma argumentatif dépend de la stratégie choisie par l'élève : il peut raconter un exemple personnel, auquel il donnera une orientation argumentative ; il peut procéder par définition, ou choisir un schéma polémique, par exemple sous la forme d'un dialogue...
4. Intérêt pour l'aide individualisée.
- Pédagogie du détour: une approche différente d'apprentissages fondamentaux pour des élèves à qui ils font encore défaut, ou qui les maîtrisent mal.
- Une approche motivante et valorisante pour des élèves en difficulté qui ont une image négative d'eux-mêmes et des activités scolaires.
- Une approche, finalisée par le décloisonnement, des difficultés dans la maîtrise de la langue, qui sont traitées à l'intérieur d'une tâche globale.
- Des productions facilement évaluables : je n'hésite pas à noter les devoirs obtenus, puisqu'ils concernent des apprentissages fondamentaux, d'où prise au sérieux des séances d'aide individualisée.
Conclusion.
Cette approche de l'argumentation, que j'ai pratiquée en classe de troisième et que je pratique à présent au début de la classe de seconde, n'a pas pour vocation de servir uniquement à l'aide individualisée : elle a été conçue pour un fonctionnement en classe entière. C'est une méthode plaisante mais exigeante, qui sollicite la réflexion et la rigueur - la publication des textes en est l'enjeu.
Elle renouvelle surtout l'approche de l'argumentation : finie, l'approche formelle par le pour et le contre, qui produit des textes stéréotypés. On est bien dans le discours, et les élèves découvrent qu'une argumentation n'est pas un exercice scolaire, figé dans un "plan" préalable, mais une authentique démarche dialectique, une pensée qui se cherche et s'élabore progressivement, au fil d'un dialogue implicite avec un destinataire qu'il convient de convaincre.
Modulable, cette méthode peut être facilement adaptée à l'aide individualisée : on peut faire varier le nombre de textes à écrire, le nombre de réécritures, le nombre et la difficulté des textes à lire. On peut utiliser le projet à différents stades de l'apprentissage de l'argumentation, en fonction des difficultés rencontrées par les élèves : par exemple, travailler sur les capacités fondamentales, comme reconnaître et produire un texte argumentatif, ou sur des capacités plus élaborées, comme utiliser des exemples, choisir et maîtriser une stratégie argumentative, planifier un texte argumentatif...
Approche concrète, motivante, efficace à court terme - je l'ai vérifié : parfaite pour l'aide individualisée.

Sylviane Mafart
Lycée Pierre Guéguin
Concarneau

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III. Liste des thèmes

Aides à la conception de ce petit traité d'éducation :
Pour vous aider à concevoir ce travail, voici une série de thèmes qui peuvent faire l'objet de différents articles. Vous n'êtes pas obligé de les retenir tous et vous pouvez en ajouter d'autres ou modifier certaines formulations. Ils vous sont proposés par ordre alphabétique
- alimentation
- anniversaire (fête d)
- argent de poche
- cadeaux
- copains (groupe de, amis)
- éducation artistique
- éducation civique
- éducation religieuse
- éducation sentimentale (ou amoureuse), l'éducation des sentiments
- éducation sexuelle
- endurance physique (éducation physique)
- entraînement de l'intelligence et de la mémoire (instruction, connaissances)
- famille
- hygiène
- jeu, jouer, jouets ("jouets éducatifs ")
- lectures conseillées
- obéissance (désobéissance)
- permission (interdiction)
- politesse
- punitions
- télévision
- vacances
- vêtements
etc.

Pratiques n°96, décembre 97

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IV. Procédure


1. Pour commencer, votre réflexion peut adopter les étapes suivantes
a) Vous choisissez l'un des thèmes présentés, celui qui vous inspire le plus, sur lequel vous pensez avoir quelque chose à dire.
b) Au sujet du thème retenu, vous énoncez une règle générale sous la forme suivante
THÈME RETENU : Il faut apprendre à (l'enfant, l'adolescent, la jeune fille, le jeune garçon) à ........
c) Vous illustrez ou argumentez précisément ce que vous venez d'énoncer. Pour cela, vous pouvez enchaîner votre " précepte " par l'un ou l'autre des petits mots suivants :
par exemple, d'ailleurs, la preuve c'est que, sinon, la raison pour laquelle, etc.

2. Vous pouvez également procéder à une recherche de sous-thèmes avant de commencer à écrire quoi que ce soit. Par exemple, le thème " alimentation " peut donner lieu à des traitements par sous-thèmes, relativement variés :
horaires des repas, gourmandise, mettre (ou débarrasser) la table, éducation du goût, " finir son assiette ", cantine scolaire, sucreries, etc.

3. A titre d'exemple, voici deux questions qui sont très discutées dans les traités existants :
a) Peut-on apprendre (s'instruire) en s'amusant, comme s'il s'agissait d'un jeu ? Le maître doit-il et peut-il atténuer l'austérité d'un apprentissage ?
b) Un adulte peut-il et doit-il raisonner avec un enfant ?

4. Voici à titre indicatif la définition que propose le Petit Robert du mot " éducation " : Mise en oeuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d'un être humain. Le dictionnaire associe à la notion d'éducation les termes suivants : éduquer, élever, former, éducateur, enseignement, formation, initiation, instruction, politesse, savoir-vivre. II peut être utile de confronter cette définition à d'autres proposées par d'autres dictionnaires.
5. Les objectifs ou attentes d'un tel travail
Cadrées par un genre d'écrit particulier (traité ou opuscule sur l'éducation, sous la forme d'un petit dictionnaire), la recherche d'arguments et l'écriture se trouvent en quelque sorte canalisées, spécifiées, contraintes.
A l'intérieur d'une forme particulière (l'article de dictionnaire contribuant à la rédaction d'un opuscule sur l'éducation), le traitement argumentatif est relativement libre (traitement polémique ou non, démonstration par l'exemple, utilisation du dialogue, etc) et suppose que des séquences très argumentatives alternent avec d'autres qui pourront être injonctives, descriptives, narratives, etc. Pas d'obligation particulière concernant l'ordonnancement interne de chaque article, pourvu que son contenu soit jugé acceptable parle plus grand nombre (de scripteurs et/ou de lecteurs) et que son autonomie (par rapport aux autres articles) soit garantie, ce dont rendra compte la lecture complète de l'article une fois qu'il est terminé.
Le recours à un traitement de texte est vivement recommandé pour un tel travail : il facilitera la circulation et la meilleure lisibilité des travaux en cours et accélérera les diverses opérations de réécriture.
REMARQUE : dès le début du travail, il serait bon d'assurer une répartition équitable et variée des entrées du traité. De la sorte, le traité atteindra d'emblée, et sans trop de perte de temps, un volume intéressant (en taille souhaitée et en réflexion).

Pratiques n°96, décembre 97

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V. Consigne de travail

Martin termine sa maternelle. Un jour, ses parents sont convoqués par la directrice de l'école qui se plaint du comportement de Martin, bavard, agité, chahuteur. A la cantine et en classe, Martin se fait remarquer : il discute sans arrêt avec ses copains, joue avec n'importe quel objet (les couverts à la cantine, par exemple), n'obéit pas beaucoup à la maîtresse quand elle lui demande de se calmer, et ne paraît pas s'intéresser du tout aux premiers apprentissages de la lecture et de l'écriture. La situation est d'autant plus préoccupante que Martin était deux ans auparavant un enfant à l'intelligence précoce et dont les qualités d'attention, de mémoire et de langage avaient été remarquées. Les parents sortent de cet entretien avec la directrice à la fois déçus, vexés et très en colère contre leur fils ; ils décident d'un commun accord de le punir en le privant d'anniversaire : Martin cette année n'aura ni gâteau, ni cadeaux, ni fête (invitation des copains) pour ses six ans.

Discutez la décision prise par les parents. Vous semble-t-elle justifiée ou non ? Pourquoi ? Vous donnerez à votre texte la forme que vous voulez (un texte simple, une lettre, un dialogue, etc). La seule condition à remplir impérativement est que votre texte, à la relecture, apparaisse tout à fait autonome (il se lit pour lui-même, sans que l'on ait besoin pour le comprendre du sujet contenant l'anecdote de départ). Vos arguments ne doivent pas comporter trop de sous-entendus.

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VI. Copies d'élèves

1er jet
La punition
Un jour, pendant les vacances d'été, alors que Martin venait de finir sa maternelle, ses parents furent convoqués par la directrice de l'école :
" - Bonjour, dit la directrice.
- Bonjour, répondirent les parents de Martin en s'asseyant sur une chaise.
- Si je vous ai fait venir, c'est pour vous parler du comportement de votre fils, répliqua la directrice.
- Qu'a-t-il fait ce gamin ? questionna la mère.
- Son comportement est insupportable, il est bavard, agité, chahuteur, il joue avec les couverts à la cantine, n'obéit pas à la maîtresse et il ne paraît pas s'intéresser au premiers apprentissages de la lecture et de l'écriture, répondit la directrice.
- C'est impossible ! Lui qui, il y a deux ans, était un enfant à l'intelligence précoce, dont les qualités d'attention, de mémoire et de langage avaient été remarquées ! s'écria le père.
- Il va falloir penser à le punir pour qu'il se calme, dit la mère.
- Je pense que ce serait une bonne initiative. En vous remerciant d'avoir accepté mon invitation, j'espère que vous allez le calmer, dit la directrice.
- C'est nous qui vous remercions, répondirent les parents. "
Lorsque les parents furent sur le chemin du retour, ils eurent une conversation :
"- Que va-t-on faire de ce garnement, demanda le père.
- On va le punir, répondit la mère. "

Vincent

Réécriture
La punition
Un jour, pendant les vacances d'été, alors que Martin venait de finir sa maternelle, ses parents furent convoqués par la directrice de l'école :
" - Bonjour, dit la directrice.
- Bonjour, répondirent les parents de Martin en s'asseyant sur une chaise.
- Si je vous ai fait venir, c'est pour vous parler du comportement de votre fils, répliqua la directrice.
- Qu'a-t-il fait ce gamin, questionna la mère.
- Son comportement est insupportable, il est bavard, agité, chahuteur, il joue avec les couverts à la cantine, n'obéit pas à la maîtresse et il ne paraît pas s'intéresser aux premiers apprentissages de la lecture et de l'écriture, répondit la directrice.
- C'est impossible ! lui qui, voici deux ans, était un enfant à l'intelligence précoce, dont les qualités d'attention, de mémoire et de langage avaient été remarquées ! s'écria le père.
- Il va falloir penser à le punir pour qu'il se calme, dit la mère.
- Je pense que ce serait une bonne initiative. En vous remerciant d'avoir accepté mon invitation, j'espère que vous allez le calmer, dit la directrice.
- C'est nous qui vous remercions, répondirent les parents. "
Lorsque les parents furent sur le chemin du retour, ils eurent une conversation :
" - Que va-t-on faire de ce garnement, demanda le père.
- On va le punir, répondit la mère.
- Oui mais comment ?
- Il faut faire quelque chose qui arrête son indiscipline.
- On va le priver de gâteau, de cadeaux et de fête d'anniversaire !
- Bonne idée ! répondit la mère. " A ce moment même, ils arrivèrent chez eux en même temps que Martin :
" - Martin, il faut que je te parle !
- Qu'est-ce qu'il y a maman ?
- Ton comportement en classe est insupportable, tu seras privé d'anniversaire !
- C'est même pas moi, c'est les autres !
- C'est facile de mettre ça sur le dos de tes copains. Monte dans ta chambre et va te coucher ! "
J'approuve la décision des parents de Martin parce que leur enfant fait des bêtises alors qu'il est surdoué mais la punition qu'il lui ont infligée est trop forte parce qu'elle n'est pas proportionnelle à la faute commise. Une sanction prise par un éducateur doit être proportionnelle à la faute commise par l'enfant.

Vincent

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1er jet
Le cas Martin
La punition
Je crois que les parents de Martin n'auraient pas dû le punir. Punir un enfant n'est certainement pas la meilleure solution pour que cet enfant arrête de faire des bêtises. Au contraire, la punition lui donnera envie de recommencer pour une seule raison, celle de pouvoir se venger de ce que ses parents lui ont fait subir. La punition peut se présenter sous plusieurs formes, la plus connue étant la privation de sortie, de dessert, etc.. Dans le cas de Martin, c'est la privation d'anniversaire qui lui a été infligée. Pas de gâteaux, pas de cadeaux, pas de petite fête, rien.
Pour un enfant, le jour de son anniversaire est un moment très important qu'il attend avec une grande impatience d'une année sur l'autre. C'est son jour, le jour où il est le personnage le plus important de la fête, où il a beaucoup de cadeaux.
Cette sanction lui laisse un grand vide dont il se souviendra toujours. Ce vide s'accompagnera d'un grand sentiment de colère vis-à-vis de ses parents.

Julien

Réécriture
Le cas Martin
La punition
Je crois que les parents de Martin n'auraient pas dû le punir. Punir un enfant n'est certainement pas la meilleure solution pour que cet enfant arrête de faire des bêtises. Au contraire, la punition lui donnera envie de recommencer pour une seule raison, celle de pouvoir se venger de ce que ses parents lui ont fait subir.
La punition peut se présenter sous plusieurs formes, la plus connue étant la privation de sortie, de dessert, de sortie etc..
Dans le cas de Martin, c'est la privation d'anniversaire qui lui a été infligée. Pas de gâteaux, pas de cadeaux, pas de petite fête, rien. Tout ça parce qu'il chahutait en classe, n'obéissait à personne et discutait sans arrêt avec ses copains. Mais les parents de Martin auraient dû prendre en compte la précocité de leur enfant car il a été démontré que les enfants ayant un quotient intellectuel supérieur ont souvent des problèmes en classe et manquent de motivation pour travailler.
Pour un enfant, le jour de son anniversaire est un moment très important qu'il attend avec une grande impatience d'une année sur l'autre. C'est son jour, le jour où il est le personnage le plus important de la fête, où il a beaucoup de cadeaux.
Cette sanction lui laisse un grand vide dont il se souviendra toujours. Ce vide s'accompagnera d'un grand sentiment de colère vis-à-vis de ses parents.
Une bonne punition ne doit pas être excessive mais elle doit faire réfléchir l'enfant sur ce qu'il a fait. Elle doit expliquer à l'enfant qu'il ne doit pas recommencer mais surtout la punition doit être proportionnelle à la faute commise. C'est à dire, par exemple, que quelqu'un ne doit pas être condamné à perpétuité pour le simple vol d'un disque mais plutôt parce qu'il a commis un meurtre.

Julien

Sylviane Mafart
Lycée Pierre Guéguin
Concarneau

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Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.