Devoir de seconde
Cette page présente un exemple de devoir initiant les élèves de Seconde au commentaire littéraire à partir d'un corpus (deux extraits du roman Le Rouge et le Noir).DEVOIR SURVEILLÉ.
Devoir de 2 heures, le 24 novembre.
L'expérience a cependant prouvé qu'une durée de 2 h 30 serait préférable, mais c'est plus difficile à insérer dans un emploi du temps.
Situation dans la progression annuelle.
Une première séquence a eu lieu, portant sur les rapports entre le fantastique et le réalisme, pendant laquelle ont été abordés une nouvelle fantastique et un roman réaliste.
Une deuxième séquence est en cours, portant sur le romantisme. Ce devoir intervient aux deux tiers de cette séquence, après un travail sur la nature et sur la sensibilité romantique. Ont été également abordés, avant ce devoir, le mal du siècle et le mythe napoléonien.Le Rouge et le Noir : roman de Stendhal publié en 1830.
L'histoire se passe sous la Restauration, dans le Jura français. Le héros est Julien Sorel.Texte 1 :
Julien Sorel, fils d'un charpentier, est appelé par son père car le maire de la ville, Monsieur de Rênal, veut l'engager comme précepteur de ses enfants. Or, Julien, qui avait la tâche de surveiller la machine de la scierie, avait grimpé sur une poutre et s'était isolé pour lire, désobéissant ainsi à son père.Le bruit de la machine empêcha encore Julien d'entendre cet ordre. Son père, qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de remonter sur le mécanisme, alla chercher une longue perche pour abattre des noix et l'en frappa sur l'épaule. A peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu'il va me faire ! se disait le jeune homme. En passant, il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-Hélène.(1)
Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C'était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin.
De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l'expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et, dans les moments de colère, un air méchant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n'en est peut-être point qui se soit distinguée par une spécialité plus saisissante. Une taille svelte et bien prise annonçait plus de légèreté que de vigueur. Dès sa première jeunesse, son air extrêmement pensif et sa grande pâleur avaient donné l'idée à son père qu'il ne vivrait pas, ou qu'il vivrait pour être une charge à sa famille. Objet des mépris de tous à la maison, il haïssait ses frères et son père ; dans les jeux du dimanche, sur la place publique, il était toujours battu.
Il n'y avait pas un an que sa jolie figure commençait à lui donner quelques voix amies parmi les jeunes filles. Méprisé de tout le monde, comme un être faible, Julien avait adoré ce vieux chirurgien-Major(2) qui, un jour, osa parler au maire au sujet des platanes.
Ce chirurgien payait quelquefois au père Sorel la journée de son fils, et lui enseignait le latin et l'histoire, c'est-à-dire ce qu'il savait d'histoire : la campagne de 1796 en Italie. En mourant, il lui avait légué sa croix de la Légion d'honneur(3), les arrérages de sa demi-solde(4) et trente ou quarante volumes, dont le plus précieux venait de faire le saut dans le ruisseau public, détourné par le crédit de M.le maire.
À peine entré dans la maison, Julien se sentit l'épaule arrêtée par la puissante main de son père ; il tremblait, s'attendant à quelques coups.
- " Réponds-moi sans mentir ! ", lui cria aux oreilles la voix dure du vieux paysan, tandis que sa main le retournait comme la main d'un enfant retourne un soldat de plomb. Les grands yeux noirs et remplis de larmes de Julien se trouvèrent en face des petits yeux gris et méchants du vieux charpentier, qui avait l'air de vouloir lire jusqu'au fond de son âme.1-Mémorial de Sainte-Hélène, publié en 1823 par Las Cases.
2-Chirurgien-Major : médecin militaire.
3-Légion d'honneur : décoration instituée en 1804 par Napoléon.
4-Demi-solde : pension militaire accordée aux soldats en retraite.Texte 2 :
Julien est désormais engagé comme précepteur des enfants de M. de Rênal. Quelques semaines ont passé et un jour Julien réalise qu'il vient de gagner une double victoire sur M. de Rênal : il a réussi à dissimuler un portrait de Napoléon dans sa chambre alors qu'il vit chez M. de Rênal, un royaliste ; il a réussi à obtenir une augmentation de salaire assez facilement, en exerçant un chantage sur Monsieur de Rênal. Pour faire le bilan de cette journée victorieuse, il prétexte un retour à Verrières pour aller marcher tout seul dans la nature.Julien s'échappa rapidement et monta dans les grands bois par lesquels on peut aller de Vergy(1) à Verrières. Il ne voulait point arriver si tôt chez M.Chélan(2). Loin de désirer s'astreindre à une nouvelle scène d'hypocrisie, il avait besoin d'y voir clair dans son âme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l'agitaient.
J'ai gagné une bataille, se dit-il aussitôt qu'il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j'ai donc gagné une bataille !
Ce mot lui peignait en beau toute sa position, et rendit à son âme quelque tranquillité.
Me voilà avec cinquante francs d'appointements par mois, il faut que M. de Rênal ait eu une belle peur. Mais de quoi ?
Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme heureux et puissant contre lequel, une heure auparavant, il était bouillant de colère, acheva de rasséréner(3) l'âme de Julien. Il fut presque sensible un moment à la beauté ravissante des bois au milieu desquels il marchait. D'énormes quartiers de roches nues étaient tombés jadis au milieu de la forêt du côté de la montagne. De grands hêtres s'élevaient presque aussi haut que ces rochers dont l'ombre donnait une fraîcheur délicieuse à trois pas des endroits où la chaleur des rayons du soleil eût rendu impossible de s'arrêter.
Julien prenait haleine un instant à l'ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens de chèvres, il se trouva debout sur un roc immense, sûr d'être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre au moral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre ; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. S'il eût cessé de voir M. de Rênal, en huit jours il l'eût oublié, lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille. Je l'ai forcé, je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi ! plus de cinquante écus par an ! Un instant auparavant, je m'étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour, la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches.
Julien, debout sur son grand rocher, regardait le ciel, embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher, quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L'œil de Julien suivait machinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.
C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?1-Vergy : petite ville du Jura où la famille de Rênal passe ses vacances d'été.
2-M.Chélan : c'est l'abbé Chélan curéde Verrières.
3-Rasséréner : apaiser, calmer.Questions (elles portent sur les deux textes).
1. Surlignez ou entourez proprement toutes les allusions qui prouvent l'adoration de Julien Sorel pour Napoléon. Choisissez trois allusions, expliquez-les et commentez-les. (5 points)
2. À partir d'une analyse approfondie des textes, vous rédigerez un commentaire, construit en paragraphes (un paragraphe = un critère), appuyé sur des citations (indiquez le numéro du texte et des lignes), dans un style soigné, sur l'une des deux questions suivantes, au choix :
a) portrait physique et moral de Julien,
ou :
b) description et fonctions de la nature.
Pour éviter la paraphrase, n'oubliez pas le commentaire stylistique des citations.
Accompagnez chaque critère par des références aux textes vus en cours auxquels ce critère fait écho (auteur, titre du texte, justification). (15 points)
Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.