|
Distance géographique et espace-temps
Mobilité
de la société et espace temps
L'ouvrage paru aux éditions Belin en 2002,
"la France à 20 minutes", est significative de notre
civilisation marquée par la mobilité et la rapidité. La publication de
Jean OLLIVRO, "L'homme à toutes vitesses", conforte cette
vision de la société où l'individu vit à des rythmes différenciés et
entre en contact avec des espaces de différentes échelles.
Jusqu'au milieu du 19è siècle, les personnes se déplaçaient à un
rythme lent correspondant à un parcours moyen d'une quarantaine de
kilomètres par jour, réglé sur le pas d'un marcheur normal ; de la
sorte l'espace vécu restait le plus souvent limité à la paroisse ou
commune, voire au pays. Les différences de vitesse de déplacement
étaient peu sensibles, et on pouvait lire une proportionnalité entre le
temps de déplacement et la distance parcourue. Pour la majorité des
personnes, l'espace parcouru en une même unité de temps était identique
; l'espace-temps s'avérait homogène. Cette homogénéité de
l'espace-temps guida d'ailleurs les concepteurs des nouvelles divisions du
territoire au printemps 1789 : à partir du chef-lieu départemental, tout
citoyen devait pouvoir rejoindre à cheval le point le plus
éloigné de la circonscription en une journée. On pouvait donc parler
d'une volonté d'égalité spatiale.
A partir de 1850, les innovations technologiques introduisent une
différenciation dans les vitesses de déplacement des individus, des
marchandises et des services comme l'information. En fonction du mode de
transport et de la vitesse de déplacement, le rapport à l'espace se
modifie ; la proportionnalité entre la durée du transport et
la distance effectuée disparaît ; l'espace cesse d'être homogène. Ceci
se vérifie au quotidien pour les actifs de l'Île de France qui
rejoignent la ville de Paris pour leur travail : les changements de mode
de transport introduisent des ruptures de vitesse et de distance parcourue
; la notion d'espace-temps trouve alors tout son intérêt. Le
trajet quotidien ne se mesure plus en distance kilométrique, mais en
temps passé dans le transport. L'accès majoritaire aux moyens de
transport rapides explique la mobilité des citoyens et leur propension à
installer la résidence familiale dans les communes périurbaines, alors
que les activités se concentrent dans les pôles urbains centraux. Les
déplacements domicile-travail sont devenus un fait de société, car
désormais trois actifs sur cinq travaillent hors de leur commune de
résidence et les trois quarts, si l'on prend les seuls actifs des
communes périurbaines. En moyenne, les migrants alternants parcourent 15
km pour rejoindre leur lieu de travail autre que celui de la commune
résidente.
Les mutations
technologiques et la réduction de l'espace-temps
: l'exemple du transport par chemin de fer.
La
réduction du temps de parcours sur les lignes ferroviaires françaises
entre 1855 et 2001 ( en heures et minutes)
|