Qu'appelle-t-on une "question chaude" en Histoire ?

 

Dans notre pratique d'enseignant, qu'entendons-nous par question "chaude" ou "délicate" à enseigner ? comment la traiter ? quels conseils à un enseignant débutant ?

Nous rendons compte ci-dessous des réponses apportées par les stagiaires à ces questions formulées par l'intervenant, puis des propositions de l'intervenant.:

- que faut-il entendre par "questions chaudes" ?

Ce sont les sujets qui font débat dans l'actualité et qui interpellent souvent émotionnellement les élèves ; ces questions remettent en cause des préjugés et déclenchent les réactions.
La question chaude est posée par un fait d'actualité à forte charge historique qui  interpelle les personnes sur leurs convictions et leurs valeurs, ou qui remet en cause leurs représentations.
Le contexte scolaire dans lequel on enseigne influe sur l'émergence des questions chaudes et la pédagogie de leur traitement : une collègue fait part de ses expériences pédagogiques dans l'enseignement d'une question chaude relative à la civilisation musulmane dans l'académie de Lille, puis dans celle de Rennes.

- Les questions chaudes fréquemment citées :

  • des sujets relatifs aux deux guerres mondiales : les mutineries lors de la première guerre mondiale,  Vichy et la division des français, les collaborateurs, l'antisémitisme, l'histoire du 20è siècle allemand  ...

  • des sujets sur la décolonisation :la présence coloniale de la France en Afrique, la question de la torture durant la guerre d'Algérie, le problème des harkis.

  • des questions portées par l'actualité : le parti du Front National en France, l'Islam, la question israélo-palestinienne, enseigner l'histoire des religions, la peine de mort, la candidature de la Turquie pour entrer dans l'Union européenne.

- Comment traiter la question chaude :

- partir des représentations des élèves, écouter ce qu'ils ont à dire.
- utiliser un dossier d'actualité, partir d'un film ou d'un reportage sur l'actualité, d'une exposition, d'un mémorial ...
- aider les élèves à formuler clairement leurs questions, à prendre du recul ; favoriser le passage de la réaction affective au débat collectif.

- L'intervention de Didier Guyvarc'h :

- La question "chaude" ou "délicate" est une question de Mémoire qui prend le dessus sur l'Histoire ; le sujet sensible interroge notre société contemporaine, fait toujours débat. Le passé est utilisé pour interpréter le présent, justifier une situation. La question est  chaude parce que la mémoire collective s'empare du passé dans une confrontation qui l'instrumentalise. Il est donc important de différencier "Mémoire" et "Histoire".

- Point  de vue d'un historien et repérage de questions "chaudes" saisies par la presse nationale :

  • La notion de "Question Chaude" en Histoire : le point de vue du médiéviste MARC BLOCH en 1941.

  • l'interprétation de la défaite de la France en 1940 fait toujours débat : le journal Le Monde, à propos d'un débat à l'Assemblée nationale, rapporte dans ses lignes du 4 octobre 2002, " La défaite de juin 1940, selon François Fillon ".

  • En Alsace, la construction d'un mémorial ravive la controverse autour des "Malgré-nous" (journal Le Monde du 26 décembre 2002) : la pose de la première pierre d'un mémorial d'Alsace-Lorraine met à vif plusieurs mémoires : celle des "Malgré-nous", 130 000 alsaciens et lorrains incorporés dans l'armée allemande et la Waffen SS à partir de 1942, la mémoire du massacre à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 avec la participation "d'incorporés", la mémoire des déportés rappelée par la proximité du camp de concentration du Struthof, la mémoire des communistes, car des "malgré-nous" combattirent sur le front de l'Est.
       Voir aussi sur cette question "chaude", la réaction rapportée au Courrier des lecteurs (Le Monde, 3 janvier 2003)

- Comment traiter une question chaude ?
 Il convient de recueillir dans un premier temps les représentations initiales, de  travailler les questions "point de vue",  puis de reformuler les situations avec les mots justes qui donnent du sens (ex : antisémitisme, génocide ...)
N'y aurait-il pas  aussi nécessité pédagogique à "réchauffer" des questions devenues "froides", telles les interrogations que l'on peut porter sur la première guerre mondiale : comment comprendre l'émergence d'une culture de guerre,  la brutalisation des comportements, mais aussi les mutineries  au front ? Des extraits du film de Tavernier, "Capitaine Conan", seraient utilisables pour poser ces problématiques.