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la BRETAGNE et la Seconde
Guerre Mondiale
En faisant référence à des
faits événementiels récents qui activent la mémoire de la Bretagne
dans la seconde guerre mondiale, on reconnaîtra que cette question
reste "chaude" :
- les articles du Nouvel Observateur du 7 et 13
décembre 2000, "Nationalistes bretons et collaboration", ne
sont pas sans susciter de nouvelles polémiques.
- La séquence de l'histoire de la Bretagne en
bande dessinée portant sur le second conflit mondial provoque des
protestations du côté des universitaires...
Le devoir d'histoire reste
fondamental ; le compte-rendu, sans vouloir être exhaustif, retient les
aspects soulignés par le conférencier :
un retour sur
1914-1918 et le mythe de " l'holocauste breton"
Le nombre des victimes du premier conflit
mondial a été pour la Bretagne moins lourd que ce que l'on a pu lire
dans des inscriptions antérieures ( au "Mémorial" de Ste Anne
d'Auray et aux Invalides, à Paris) ; 120.000 morts est le bilan aujourd'hui retenu, alors que l'on avait avancé le chiffre de 240.000
victimes. La mémoire de ce "sacrifice" est diversement
interprétée : Pour la Bretagne catholique, la foi et la fidélité
expliquent le martyr ; pour
les Républicains, les Bretons ont donné la preuve de leur attachement à
la France ; pour les autonomistes bretons, ce fut le tribut,
l'impôt du sang.
Le poids de la mémoire de 14-18 joue un rôle
important en Bretagne au début de la guerre.
la guerre-éclair
En juin 1940, sous la pression des
évènements, le gouvernement de Paul Reynaud émet le projet d'un
"réduit breton". Le 17 juin, le bombardement de Rennes fait 800
morts et le 22 juin toutes les villes bretonnes sont occupées. Les navires
qui le peuvent quittent les ports bretons comme le Jean Bart encore en
chantier à Saint-Nazaire.
La Bretagne recense 137.000 prisonniers de guerre.
Tandis que le gouvernement effectue sa migration vers le Sud, la Bretagne voit affluer les réfugiés ; ils seront 800.000 en août à
découvrir une Bretagne qui les étonne par son niveau de
sous-développement.
Pendant ce temps, le gouvernement de Philippe Pétain s'installe à Vichy
; quatre vingt députés lui refuseront les pleins pouvoirs, dont les 7 députés du Finistère.
l'occupation et l'ordre
nazi en Bretagne : de juin 1940
au 10 mai 1945
On soulignera les difficultés de la vie
quotidienne sous
l'occupation de la Bretagne par le 25è corps de l'armée allemande. Le littoral est
déclaré zone à circulation interdite, statut territorial qui rend
obligatoire l'utilisation des laissez-passer. Le territoire est soumis à l'exploitation
économique : des prélèvements sont effectués pour entretenir sur place
l'armée allemande et pour exporter du ravitaillement vers Paris. Dès 1940, il y a
rationnement dans les villes bretonnes, alors que l'agriculture y était excédentaire. Le marché noir est activé par les ruraux qui
tirent profit de la situation.
L'exploitation de la main d'oeuvre :
il faut distinguer l'exploitation de la main d'oeuvre transférée
vers l'Allemagne dans le cadre du service du travail obligatoire et celle
qui a été utilisée sur place pour la réalisation des grands ouvrages
stratégiques pour la défense du Reich. Le Service du Travail Obligatoire
(STO), crée par décret en septembre 1942 et mis en oeuvre à partir de
février 1943, ne parviendra à contraindre au départ que 10 % des actifs
recensés en Bretagne, et seulement 4% dans le Morbihan ; on fuit donc
largement devant le STO. Sur place, les allemands mobilisent fortement
dès 1941 pour la réalisation de leurs défenses ; toute la main d'oeuvre
alors disponible est utilisée, et des rafles sont pratiquées pour
combler les besoins insatisfaits, malgré l'arrivée de travailleurs
prélevés à l'étranger. En 1944, 18.000 morbihannais travaillaient pour
des entreprises relevant du Reich ; parmi les grands chantiers, la
construction du "mur de l'atlantique" sous le contrôle de
l'organisation Todt, mobilisaient 4000 morbihannais.
Les villes bretonnes sous les bombardements :
- à partir du 10 juin 1940, des bombardements allemands prennent
Rennes comme cible.
- Durant 1940-41 : bombardements de la R.A.F. anglaise sur Brest, Lorient
et Saint-Nazaire.
- 1942-43 : bombardements anglo-américains dont ceux de janvier 1943 sur
Lorient qui, dévastée à 90 %, sera la ville la plus détruite de France
avec les deux objectifs militaires que sont l'arsenal et la base de
sous-marins. Ce même mois, toute la population lorientaise quitte la
ville. En septembre, Nantes connaît 1200 victimes des bombardements.
- de mai 1944 à la Libération, les bombardements seront quotidiens en
Bretagne.
Après la
Normandie, la Bretagne aura été la région la plus touchée par les
bombardements dont ceux des alliés à cause de sa position stratégique
et de la présence des arsenaux. Vichy exploitera les évènements par une
intense propagande.
La censure de l'informaton : Ouest-Eclair fondé en 1899 par
l'abbé Trochu, la Dépêche de Brest, le Phare de la Loire continuent à
paraître ; de nouveaux journaux s'inscrivant dans la mouvance du
"Mouvement breton" ou "Emsav" font leur apparition :
la "Bretagne" et "l'Heure Bretonne" ; ce dernier
diffuse à partir du 14 juillet 1940 les idées de la minorité
collaborationniste agissant au sein du Parti National Breton (voir
ci-dessous)
La Révolution Nationale
et la Collaboration en Bretagne
Partir d'une représentation
iconographique, significative des relations entre la Bretagne et le
régime de Vichy : l'exemple d'une faïence de Quimper, support de la
propagande vichyssoise ( dans "Images de Bretagne" sous la
direction de A. Croix et Christelle Douard- Ed. Apogée, Rennes, 1996.)
L'opinion est majoritairement pétainiste, confortée par les choix de la
hiérarchie catholique bretonne qui prendra largement le parti du
maréchal Pétain, comme elle a l'occasion de le signifier dans la prise
de parole de l'évêque de Quimper, à Ste Anne d'Auray, le 1er octobre
1943. Jusqu'en 1942, l'adhésion des bretons est franche, car on pense que
le vainqueur de Verdun ne peut que résister aux allemands.
Vichy cherche à fidéliser l'opinion à travers ses opérations de
propagande, exploitant les drames des bombardements alliés en territoire
breton et outre-mer quand des marins bretons sont victimes d'opérations
navales britanniques (Mers-el-Kébir et Dakar) ; Vichy exploite habilement
l'anglophobie que ces évènements génèrent. Le monde paysan sera un
terreau privilégié de la propagande de Vichy et d'application des
mesures de la "Révolution nationale" : création d'une
corporation paysanne et de l'office central de Landerneau. L'encouragement
du retour à la terre, la reconnaissance formulée à l'égard des
combattants de 1914-18 flatteront une majorité de fermiers et
propriétaires. Lorsque la corporation paysanne deviendra un instrument de
prélèvement sur les exploitants agricoles, l'opinion commencera à se
retourner, et les paysans commenceront à accueillir réfractaires et
résistants.
Les collaborationnistes
On distinguera les
collaborationnistes français et leur impact en Bretagne, puis le
"mouvement breton" et la collaboration.
Comme le rappelle le document relatif aux sigles et symboles destinés à
informer l'occupant, la plupart des partis nationaux collaborationnistes
étaient présents sur le territoire breton :
- le francisme regroupait 200 à 300.
- le parti populaire français : 300 à 400.
- la formation "Collaboration", créée en 1940 et relais entre
Vichy et les allemands, présidée par Alphonse de Chateaubriand, se
prévalait de 997 membres en Loire-Atlantique dont 34 % de femmes.
- la Milice : 100 membres à la Libération à Rennes ; ils luttèrent
contre les maquis et les FFI.
Le "Mouvement
breton" (EMSAV) et la collaboration :
Le mouvement breton était déjà divisé avant
la guerre, lorsque naîtra en 1918 un second courant autour de la revue
"Breizh Atao" avec pour référence le modèle autonomiste
irlandais. Ce mouvement s'adressera sans succès au président Wilson pour
défendre le droit du peuple breton à disposer de lui-même. Breizh Atao
deviendra en 1922 le journal du mouvement autonomiste breton qui se
scindera en deux branches : une branche modérée défendant le
fédéralisme et une branche radicale conduite par Debeauvais et Mordrel,
séparatistes, au sein d'un Parti National Breton (PNB). Le mouvement
fédéraliste, proche de Vichy, avec son journal "La Bretagne",
crée en octobre 1942 un Conseil Consultatif de la Bretagne ; il défend
le concept d'une identité culturelle bretonne.
Le PNB qui enregistre 25 adhérents en 1931
revendique un Etat breton. Avec sa branche armée, Gwen A Du", il
revendique l'attentat de 1932 à Rennes, contre le monument du
rattachement de la Bretagne à la France ; mais ce radicalisme ne trouve
pas d'ancrage populaire.
Quelle fut l'évolution du PNB durant la seconde
guerre mondiale ? la parti national breton prend un peu plus d'ampleur
avec ses 1500 militants pendant la guerre ( 550 en Morbihan, selon les
études de Le Roux). Sociologiquement, le parti se compose de 1/4 de
rentiers, de 1/5 de cultivateurs, de 1/4 d'artisans et commerçants, de 2
à 3 % d'ouvriers, instituteurs ...
En 1940, avec l'accord des allemands, le PNB
crée son propre journal, "L'Heure bretonne", qui paraîtra du
14 juillet 1940 au 4 juin 1944, soit 201 numéros consultables dans les
Archives départementales. Cinquante mille exemplaires furent tirés au
départ, puis trente mille par la suite. Au fil des écrits, le contenu du
programme s'affirme comme nationaliste, raciste et antisémite,
antidémocratique ; il fustige les juifs, les francs maçons, les
communistes ; Vichy est dénoncé comme défenseur de l'Etat français qui
a divisé la Bretagne avec son nouveau découpage en quatre départements.
Le Parti National Breton se structure avec un
Conseil : la création du Conseil National Breton (CNB) est
annoncée le 3 juillet 1940, du balcon de la mairie de Pontivy. Le
mouvement n'aura pas l'appui de l'opinion ; les évêques bretons
dénoncent le séparatisme. Olivier Mordrel démissionne et est remplacé
à partir de décembre 1940 par Raymond Delaporte comme chef du PNB. Bien
qu'il mettra sur pied un groupe de combat, la "Bezenn Perrot",
commandé par Célestin Lainé et engagé dans la waffen SS, les allemands
ne soutiendront pas le mouvement qui ne concernait qu'une infime minorité
de la population bretonne.
Au total, moins de
1 % de la population bretonne a eu un engagement collaborationniste
; mais l'engagement pro-nazi de cette minorité au sein du mouvement
autonomiste breton aura un poids symbolique très fort et fait de l'étude
de la Bretagne et la Seconde guerre mondiale, une question
"chaude" à enseigner !
La Résistance en Bretagne
:
Durant les années 1940-1941, la résistance bretonne a été faible,
même si la mémoire a été impressionnée par des gestes spectaculaires
comme le départ des 133 pêcheurs de l'île de Sein pour Londres ou le
déploiement du drapeau tricolore sur la cathédrale de Nantes par deux
jeunes le 11 novembre 1940. Quelques personnalités ont marqué ce premier
temps de la résistance en Bretagne : Estienne d'Orves à Nantes, le
colonel Rémy et la confrérie Notre-Dame, à Lorient l'ingénieur
Stosskopf.
Au parti communiste, certains militants entrent
en résistance dès début 1940 comme Charles Tillon. Deux tendances
s'affirment :celle des attentistes et celle qui préconise l'action
immédiate. Trois jeunes militants communistes assassinèrent à Nantes le
colonel HOTZ, déclenchant les représailles et l'exécution des 50 otages
de Chateaubriand et de Nantes en octobre 1941..
En 1943-44, les réseaux se mettent en
place : des réseaux de renseignement(Kaer, Alliance), des réseaux
d'évasion et d'action comme le parutage d'armes avec le commandant Guyodo.
Avec l'établissement du Service du Travail Obligatoire, les mouvements
comme l'OCM et Front national se développent.
Quelle était l'origine
sociologique des résistants ? les recherches historiques menées sur
les cinq départements bretons permettent de souligner l'importance des
jeunes de 20-30 ans qui composaient 45 % de la résistance ; les femmes
représentaient entre 10 et 15 %, ce qui est important dans le contexte de
l'époque ; on citera l'action hautement distinguée par la République au
lendemain de la libération des filles Pondard à Saint-Marcel. Les
résistants sont majoritairement des citadins, issus surtout de la
Basse-Bretagne.
A partir du recensement des cartes de demande de reconnaissance, on a pu
préciser l'origine professionnelle de la résistance : nombreux sont les
ouvriers, artisans, commerçants, mais le secteur public est
sur-représenté, tandis que le monde des paysans est sous-représenté
avec 10 % seulement des résistants, alors qu'ils représentent 50 % de la
population active bretonne.
Mais la majorité des bretons ont eu une attitude
attentiste ; seulement 2 % des bretons auraient vraiment résisté.
La libération et
l'épuration
A partir du 6 juin 1944, la guérilla se
généralise, mais le rapport de force est inégal entre les 150 000
soldats allemands et les 35 000 volontaires bretons des F.F.I..
Cependant la résistance gênera les mouvements de l'ennemi dans sa
progression vers la Normandie, mais essuiera une sévère défaite à
Saint Marcel, bataille de la résistance armée en zone nord.
Les chars américains délivreront Rennes le 4 août 1944, tandis que les
"poches" de Lorient et St Nazaire ne seront délivrées que les
9 et 11 mai 1945.
L'épuration en Bretagne : l'épuration
sauvage se sera traduite par 601 exécutions sommaires qui ont pu être
vérifiées contre 144 condamnations à mort officielles dont peu furent
exécutées. Le nombre des victimes de l'épuration est donc faible en
Bretagne par rapport à celui occasionné par les nazis : un rapport
de un pour cinq qui dément une "légende noire" de
l'épuration.
En ce qui concerne les militants bretons, 117 d'entre eux furent jugés
par les chambres civiques et 70 par les cours de justice, soit moins de 15
% des militants du Parti National Breton ; ils n'ont pas été punis pour
avoir été des militants "bretons", mais pour avoir collaboré
avec les nazis.
On ne peut passer sous silence les châtiments
corporels ou vexations morales que subiront de nombreuses femmes,
particulièrement à Lorient, pour avoir pactisé avec l'ennemi.
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