Bicentenaire du corps préfectoral
INTRODUCTION
Affiche créée par l'Imagerie d'Epinal, pour le compte des quatre préfectures de la région Lorraine.« Le Préfet est l'incarnation et le symbole de l'État » déclarait le président de la République le 9 février 1998 lors de l'hommage rendu à Ajaccio au préfet Claude Erignac assassiné dans l'exercice de ses fonctions.
C'est dans la tragédie ou dans la crise que l'on se souvient volontiers du rôle essentiel du préfet dans l'ordre des institutions républicaines. Seul haut fonctionnaire cité dans la Constitution, à l'article 72, il est reconnu comme indispensable au fonctionnement de l'État par la plupart de nos concitoyens.
Représentant et acteur de l'État dans un territoire (région ou département), porteur de l'intérêt national face aux intérêts locaux, mais aussi parfois avocat de ceux-ci au niveau national, il 'est sans cesse au contact des contradictions permanentes et des tensions que suscite la vie sociale.
Serviteur de l'intérêt public, médiateur en de nombreuses circonstances au nom de l'État, il n'est pas le « chef de succursale d'une forme de prestations de service d'un genre particulier, le service public », selon l'expression de Bernadette Malgorn, préfète de la région Lorraine, puisque l'État n'est un échelon d'administration ni comme les autres, ni parmi d'autres.L'origine latine de son nom Praefectus signifie en effet : celui qui doit agir en avant, celui qui prend des initiatives, et c'est en cela que réside son inaltérable originalité. Dès lors, pour marcher en avant, pour prévoir et éclairer le chemin, mais aussi éventuellement pour protéger ceux qu'il administre, ce serviteur constant, intègre et loyal doit avoir un dévouement et un désintéressement à toute épreuve qui symbolisent son exigence morale. Dévoué vient aussi du latin devotus, qui signifie voué mais aussi « consacré ». L'implication des préfets dans leur métier, l'idée exigeante qu'ils se font de leur fonction, caractérisent un tel profil. Dès lors, le préfet ne saurait se réduire à être un super-technicien, même si, aujourd'hui, la polyvalence professionnelle est nécessaire, car c'en est fini des Préfets du XIX°' siècle, mondains, prudents et intrigants dont la littérature abonde en exemples caricaturaux comme le préfet Worms-Clavelin dans « L'orme du mail » d'Anatole France.
Depuis deux siècles, ce qui distingue le préfet, c'est, d'une part, son entière responsabilité dans l'action publique : il est responsable de tout, tout le temps, même de ce qu'il ne maîtrise pas. C'est à la fois sa grandeur et sa fragilité. Sans véritable statut puisque nommé et révoqué ad nutum par le Gouvernement, il sait qu'il ne tient de lui ses pouvoirs importants que pour les exercer au service de l'intérêt général défini par le pouvoir politique.
préfecture DES COTES-D'ARMOR
Le Préfet des Côtes-d'Armor, Jacques BarthélemyC'est, d'autre part, l'engagement total que l'on attend de lui dans une profession et une carrière semées d'embûches et de contraintes que peu d'autres professions connaissent ou accepteraient.
Si, comme l'écrivait jadis un collègue, « le préfet est l'homme à tout faire de la République », son monde a changé depuis le Premier Empire.
Le métier a évolué parce que l'autorité de l'État qu'il incarne a subi de profondes modifications, parce que d'autres pouvoirs ont grandi : celui des collectivités territoriales depuis les lois de décentralisation de 1982, celui de l'Europe dont la pente est fédérale, celui de la Justice, celui des médias, celui de l'opinion, au point même que certains ont évoqué la notion de « co-administration ».L'ancien Premier ministre, Pierre Mauroy, qui a porté les lois de décentralisation sur les fonds baptismaux, a écrit que « dans ce contexte, une règle générale demeure, celle de la permanence du pouvoir de l'État, une exigence qui trouve son équilibre avec la décentralisation. Quelles que soient les évolutions d'une fonction amenée à s'adapter, le préfet restera plus que jamais le dépositaire des pouvoirs de l'État et le gardien scrupuleux des valeurs de la République».
La pertinence de ce propos se vérifie fréquemment, soit en cas de crise, soit dans la vie quotidienne des préfets. En effet, chargés de maintenir l'ordre, de faire respecter la légalité, d'appliquer les politiques des gouvernements, les préfets sont aussi des acteurs du développement économique, des médiateurs sociaux, des conciliateurs juridiques, des porteurs d'unité nationale et des artisans de paix civile.
Les valeurs d'exigence, de rigueur, de sang-froid, de détermination, de disponibilité, sont de celles qui, cumulées, marquent - comme disait le Premier ministre, M. Jospin, le 9 mars 1998 -
« la grandeur d'un métier qui engage tout l'homme ».
Le Préfet des Côtes-d'Armor, Jacques Barthélemy
Dernière mise à jour : 10-03-2000