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Bilan

 

La classe concernée n'a pas été sélectionnée : la demande formulée était celle d'une classe de 4ème, car ce niveau était le plus adapté au projet pour deux raisons principales :
- les programmes d'Histoire-Géographie et de Lettres
- l'âge des élèves.
Les nécessités d'emploi du temps ont donc porté le choix sur une classe sans options particulières, constituée de 23 élèves, 10 garçons et 13 filles, d'un niveau très hétérogène. Beaucoup d'élèves de la classe se trouvaient en grandes difficultés scolaires et une forte proportion avait déjà doublé une, voire deux classes. Le projet a été annoncé dès la rentrée scolaire par les professeurs encadrants, et a suscité une certaine surprise teintée de curiosité. Il s'agissait pour l'équipe de permettre aux élèves de faire évoluer cet intérêt premier vers un investissement concret tout au long de l'année scolaire. Le projet étant d'abord une création collective, il était nécessaire de motiver tous les élèves pour le mener à bien, y compris ceux dont le parcours scolaire était difficile et mal vécu, ce qui était le cas pour une partie d'entre eux.

L'ambiance de la classe a évolué : d'abord éteinte face au projet, mais un peu agitée dans certains cours, la classe s'est investie peu à peu. Chaque élève a pu trouver une activité qui lui convenait au fur et à mesure du calendrier, ce qui a consolidé l'esprit d'équipe et la prise de conscience d'un investissement collectif dans le collège.
- Des élèves ont notoirement modifié leur comportement à différents moments et aucun élève n'a décroché parmi ceux susceptibles de le faire depuis la fin de cinquième.
- Le contact élèves - professeurs, transformé pendant les activités en contact adolescents - adultes, a été facilité. Par exemple les discussions autour de l'orientation ont été plus faciles à envisager dès le début du second trimestre.
- Les apprentissages ont été facilités par les liens avec la réalisation en cours : observation sur le terrain, archives (orales, écrites, photographiques et cinématographiques) au cœur de la réflexion des élèves et permettant des approches concrètes, adaptées à leur âge, de la perception et de l'organisation d'espaces, ainsi que de la construction d'archives et du rapport mémoire - histoire.
- L'implication des élèves, individuelle et en groupe, dans le tournage et le montage, leur a permis d'appréhender l'expression des points de vue, les conditions et les responsabilités en matière de fabrique d'images. Par exemple, lors du montage, le groupe qui a travaillé sur le portrait d'immigrés marocains a préféré montrer des images du quartier aujourd'hui, plutôt que d'utiliser des images de construction des années soixante, pour appuyer la voix off d'Omar énumérant les différents bâtiments sur lesquels il a travaillé. Ce choix s'est avéré judicieux pour la prise de conscience du public.
- Les élèves se sont investis selon une évolution croissante qui ne s'est jamais démentie. Cela a permis de développer l'écrit et surtout l'oral chez certain(e)s qui montrent aujourd'hui beaucoup plus d'aisance. Ceci a souvent permis d'améliorer les résultats.
- Pour tous les élèves il y a eu un grand plaisir à apprendre différemment et une fierté de réaliser ce film. Le savoir-être a été aussi prépondérant : aucun incident ni aucun problème de comportement n'est à signaler pendant les activités.

Nous avons pu constater que peu à peu, l'ensemble de la classe se mobilisait pour la réussite du projet, et les relations élèves-enseignants sont devenues beaucoup plus positives. En effet, les apprentissages et les activités en classe prenant un sens clair dans une dynamique de création, les élèves ont eu très vite la sensation de construire les cours avec les enseignants : les exercices d'écriture, les recherches en histoire, le travail sur l'espace urbain en géographie, tout trouvait une place et un sens clairs dans l'esprit des élèves.
Si ce projet n'a pas permis, comme en témoignent les bulletins trimestriels, de mettre l'ensemble des élèves en situation de réussite sur le plan des résultats scolaires, il a eu des répercussions positives non négligeables :
- tous ont pu être fiers de leur création et se trouver, certains pour la première fois, en situation de réussite, saluée par l'ensemble de la communauté scolaire, leurs parents, et les habitants du quartier.
- les élèves qui étaient déjà en situation de réussite scolaire ont pu mettre à profit leurs compétences et leurs connaissances pour créer une œuvre originale, et pas seulement pour avoir de bonnes notes…
- la relation de confiance née de ce projet a permis de communiquer avec des élèves décrocheurs de manière beaucoup plus facile et de réussir à construire une orientation positive.
- tous ont donné du sens à leurs apprentissages, parce que ce projet laissait à tous le choix du chemin à prendre pour accéder aux connaissances (du concret vers l'abstrait, de l'abstrait au concret) et que chacun, adulte partenaire comme élève, participait à la construction des séances : l'école ne donnait pas cette impression souvent ressentie par les élèves d'être coupée de la vie, le collège était replacé dans son quartier, et les connaissances, l'expérience que pouvaient avoir nos élèves trouvaient une légitimité, une place, dans la salle de classe.

 

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