|
La
diffusion du modèle et
ses limites
|

Iwojima, le monument aux morts de toutes les
guerres
|
Quel est l'impact du modèle
de démocratie libérale américaine dans le temps et dans l'espace ?
Peut-on dire que l'organisation et le fonctionnement de la démocratie
américaine ont influencé le devenir des peuples ?
Au nom des valeurs fondamentales déclarées, la nation américaine
a pesé sur le cours de l'Histoire contemporaine en intervenant en plusieurs points de
la planète ; défenseur des démocraties, puis "Etat-gendarme"
du monde, le modèle a montré néanmoins certaines limites et
contradictions qui lui valent d'être constesté
Le
modèle américain : une référence pour l'Humanité ?
La portée universelle de
la Déclaration de juillet 1776
Les insurgés américains dans leur
déclaration du 4 juillet 1776 ont pris le monde à témoin en rappelant
les valeurs fondamentales pour lesquelles ils se battaient ; en
s'inspirant des philosophes du vieux continent dont l'anglais John Locke
avec son
"Traité du gouvernement civil", ils voulaient énoncer des
principes à portée universelle :
|
La Déclaration
d’indépendance du
4 juillet 1776
(Extraits)
« Nous tenons pour évidentes les vérités
suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués
par leur Créateur de droits inaliénables ; parmi ces droits
se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les
gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces
droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.
Mais lorsqu'une longue suite d'abus marque la volonté de les
soumettre à un despotisme absolu, il est de leur droit, il est de
leur devoir, de renverser le gouvernement qui s'en est rendu
coupable et de rechercher de nouvelles assurances pour leur future
sécurité…
En conséquence, Nous, les représentants des États-unis d’amérique,
... publions et déclarons solennellement,... que ces colonies
unies sont et ont le droit d'être des États libres et indépendants
; et qu'elles ont, en tant qu' États libres et indépendants,
pleins pouvoirs de faire la guerre, de conclure la paix, de
contracter des alliances, d'établir des relations commerciales,
d'agir et de faire toutes autres choses que les États libres et
indépendants sont fondés à faire.» |
Les idées de
John Locke
(Extraits du
"Traité du gouvernement civil", 1690)
« Les hommes, étant
tous naturellement égaux et indépendants, nul ne peut être tiré
de cet état, et être soumis au pouvoir politique d'autrui, sans
son propre consentement, par lequel il peut convenir, avec d'autres
hommes, de se joindre et s'unir en société pour leur conservation,
pour leur sûreté mutuelle, pour la tranquillité de leur vie ...
Ainsi une société est bien formée par le consentement de chaque
individu ...
Quiconque emploie la force sans droit, comme font tous ceux qui,
dans une société, emploient la force et la violence sans
permission des lois, se met en état de guerre avec ceux contre qui
il l'emploie ; et dans cet état, tous les liens, tous les
engagements précédents sont rompus ; tout autre droit cesse, hors
le droit de se défendre et de résister à l'agresseur ...»
|
Quand l'Europe voyait
dans les Etats-Unis un phare pour l'humanité :
La statue de la liberté
éclairant le monde se dresse sur son piédestal à l'entrée de la baie
de New York ; elle était le passage obligé pour les immigrants arrivant
par bateau d'Europe. Le poème d'Emma Lazarus (1849-1887) qui fut gravé
sur le piédestal est aujourd'hui inscrit à l'aéroport John F. Kennedy.
Nous en proposons la traduction ci-dessous :
|
Le Nouveau
Colosse
Non pas comme ce
géant de cuivre célébré par les Anciens,
Dont le talon conquérant enjambait les rivage,
Ici, devant nos portes battues par les flots
et illuminées par le couchant se dressera
Une femme puissante, la flamme de sa torche
Est faite de la capture d'un éclair et son nom est
Mère des Exilés. De son flambeau
S'échappent des messages de bienvenue au monde entier ;
son regard bienveillant couvre
Le port, les deux villes qui l'entourent et le ciel qui les
domine,
"Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge"
proclame-t-elle
De ses lèvres closes. "Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envois les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j'éclaire la porte d'or!"
|
Le 4 juillet 1884, Ferdinand
de Lesseps remettait officiellement à l'ambassadeur des Etats-Unis en
France la statue de Bartholdi "La liberté éclairant le monde",
destinée à l'entrée du port de New York. L'idée de construire un tel
monument et de l'implanter dans le port de New York est née de la
collaboration de deux hommes : Edouard Lefebvre de Laboulaye, opposant au
Second Empire qui faisait l'éloge du libéralisme américain et Auguste
Bartholdi qui proposa la construction d'une statue pour célébrer le
centième anniversaire de la naissance de la démocratie américaine à
laquelle la France avait contribué. Le début des travaux financé par le
comité de l'Union franco-américaine commença en 1875. En 1883 la statue
était terminée et dominait de ses 40 mètres les immeubles de la plaine
Monceau à Paris, où elle avait été construite. Le piédestal ne
fut terminé par les américains qu'en 1886 et le 28 octobre de la même
année, le président Cleveland inaugura le monument sur l'îlot de Bedloe,
près de Staten Island.
Quelle vision avait le concepteur de ce monument dont la hauteur totale
atteint près de 93 mètres ?
Symbole de la liberté des peuples, la torche tenue vigoureusement à
l'extrémité du bras droit dressé veut éclairer le monde ; la main
gauche tient une tablette sur laquelle est gravée la date de
l'indépendance des Etats-Unis ; les pieds délivrés des chaînes
signifient la fin de l'esclavage. Reine de la liberté avec son diadème
aux sept rayons de lumière, la statue veut illuminer les continents.
L'immigration américaine
et l'attraction du modèle
La population des Etats-Unis
comprenait 4 millions d'habitants en 1790, lors du premier recensement de
son histoire. Au dernier recensement de mai 2000, la population résidente
s'élevait à 281 millions d'habitants ; quelle part directe a eu
l'immigration dans cette croissance rapide ?
L'immigration
américaine de 1820 à 1997 : graphiques d'évolution et
commentaire.
L'intervention
américaine et la diffusion du modèle de démocratie
Au cours du second vingtième
siècle, les Etats-Unis sont intervenus dans le monde malgré une opinion isolationniste
avant 1940 ; la mise en danger des démocraties et du
monde libre a été invoquée pour justifier ces interventions d'abord
dans le second conflit mondial, puis pendant la période de la guerre
froide.
A partir de 1940, les Etats-Unis manifestent leur soutien aux démocraties
européennes menacées par le totalitarisme ; la loi prêt-bail leur
facilite l'achat d'équipement dont l'armement. Les liens se resserrent
diplomatiquement avec pour premier résultat la signature en août 1941
sur un bateau de guerrre, au large de Terre-Neuve, de la Charte de
l'Atlantique. Le président américain Roosevelt et le premier ministre
britannique W. Churchill définissent les buts communs de la guerre et
réaffirment les valeurs fondamentales des démocraties.
|
La Charte de
l'Atlantique, 14 août 1941
(extraits)
2- Ils ne désirent
voir aucun changement territorial qui ne s'accorde pas avec les
désirs librement exprimés par les pays concernés.
3- Ils respectent le
droit qu'ont les peuples de choisir la forme de gouvernement sous
laquelle ils veulent vivre, et ils souhaitent voir rétablir les
droits souverains et le gouvernement autonome de ceux qui en ont
été dépossédés par la force.
6- Après la
destruction de la tyrannie nazie, ils espèrent voir s'établir
une paix qui accordera à toutes les nations les moyens de vivre
en sécurité à l'intérieur de leurs propres frontières, et qui
leur donnera l'assurance que tous les hommes de tous les pays
pourront vivre en toute liberté sans crainte ni besoins...
|
Au lendemain de l'attaque de
Pearl Harbour, les Etats-Unis entrent dans le conflit aux côtés des
démocraties européennes et deviennent leur arsenal en décrétant le
"Victory Program". Les bateaux de la liberté construits en
série approvisionnent et protègent les forces alliées. Reprenant les
idéaux du président Wilson, Roosevelt dans les conférences
diplomatiques au cours de la guerre condamne la diplomatie secrète et,
notamment à Yalta, exige pour les territoires libérés des élections
libres.
Puissance d'occupation en Allemagne après mai 1945, les Etats-Unis
négocient avec les britanniques la fusion de leurs zones et la
préparation de lois constitutionnelles ; elles conduiront en mai 1949
à la proclamation de la Loi fondamentale d'une nouvelle République
allemande portée par les alliés occidentaux à l'issue de la première
crise de Berlin. Les américains l'auront voulu fédérale, en
référence à leur modèle de fonctionnement et pour prévenir tout
retour à un pouvoir central autoritaire.
Des relations privilégiées entre la RFA et les Etats-Unis sortiront de
cette épreuve de force concourant à la définition de l'atlantisme. Le
président démocrate John F. Kennedy réaffirmera l'alliance étroite
entre les deux pays au sein de l'OTAN et réaffirmera les valeurs du
"monde libre" par rapport au "monde communiste" en
se rendant devant le mur de Berlin en juin 1963.
C'est au nom de la défense du monde libre contre l'extension du
communisme que les américains s'engagent dans le conflit vietnamien,
d'abord en finançant l'effort de guerre de la France en Indochine à
partir de 1950, puis en s'engageant dans le second conflit vietnamien à
partir surtout de 1964 par l'envoi massif de forces terrestres et
aériennes. Les 500.000 hommes envoyés par le président Johnson ne
peuvent contrôler la guérilla communiste et les horreurs de cette
guerre rapportées par les télévisions américaines démoralisent
l'Amérique et nourrissent les courants pacifistes. Le président Nixon,
élu en 1968, et son conseiller Kissinger négocient le désengagement
des Etats-Unis ; pour la première fois le système américain a trouvé
ses limites et se trouve contesté au sein de la nation. Au total,
2.500.000 GI's ont combattu au Vietnam ; cette guerre aura coûté 3% du
PNB américain des années 1967 à 1969 et aura fait plus de 58.000
victimes et disparus. Le mémorial
de la guerre du Vietnam à Washington est significatif du
traumatisme et de la crise morale qui frappèrent la nation américaine.
Les limites
du modèle et sa remise en cause
Les contradictions
idéologiques du modèle de démocratie
La peine de mort aux
Etats-Unis dans son principe et dans son application n'est pas sans
contradiction avec les valeurs proclamées, telles que le droit à
la vie et l'égalité de traitement.
Après une suspension de quatre ans (1972-1976), la peine de mort a
été autorisée à nouveau par la Cour Suprême pour les Etats fédérés qui
voulaient son rétablissement ; actuellement 38 Etats l'ont mise en
pratique dont 24 ont autorisé la condamnation à mort et l'exécution
de mineurs.
La Cour Suprême avait invoqué le 8è amendement de la Constitution qui
condamne les "peines cruelles et dégradantes", or les
Etats du Montana et du Delaware pratiquent la pendaison. Le nombre
d'exécutions est croissant comme le montre le graphique
d'évolution des exécutions entre 1977 et 2000.
L'égalité et le bonheur
promis pour tous relèvent encore du rêve américain :
globalement durant la dernière décennie du vingtième siècle, les
Etats-Unis se sont enrichis, mais en même temps les écarts entre
riches et pauvres se sont creusés. Le rapport de revenus entre la
tranche des 20 % les plus pauvres et celle des 20 % les plus riches
serait de 1 à 10. Les pauvres ou personnes classées en dessous du
"seuil de pauvreté" représenteraient 35 millions d'individus
; malgré un métier, des travailleurs n'ont pas les ressources
suffisantes, à tel point que l'administration du Bill Clinton avait
préconisé une aide fédérale pour ces 8 millions de "working
poors" qui doivent cumuler plusieurs emplois pour vivre. La
pauvreté est inégalement partagée : 8 % des blancs sont sous le seuil
de pauvreté, mais 28 % des hispaniques et plus du quart de la
population noire. La discrimination sociale se traduit aussi dans
l'espace entre les quartiers des banlieues où vivent des catégories de
population aisées et les quartiers péricentraux des agglomérations
abandonnés aux minorités éthniques pour lesquelles le rêve
américain est un mirage. Les contrastes
socio-spatiaux sont révélateurs du paradoxe de cette première
puissance mondiale connaissant une croissance exceptionnelle depuis 1991
et qui laisse dans la pauvreté et dans l'insécurité 12 à 13 % de ses
habitants.
La pratique de la démocratie
et ses limites
Bien que la souveraineté de
la nation et le droit de vote soient affirmés par la Constitution
américaine, l'expression institutionnelle de la citoyenneté et sa
représentativité souffrent de certaines insuffisances.
L'abstention électorale apparaît comme une constante dans la vie
politique des Etats-Unis comme le montre le graphique
d'évolution de la participation électorale depuis la seconde
guerre mondiale. Quelles explications peut-on trouver à ce modeste
engagement des citoyens ?
Hormis les périodes d'enjeu national ou international comme aux temps
de la guerre froide, les électeurs sont peu motivés par le débat
électoral animé par les deux principaux partis politiques qui se
mobilisent à cette occasion. On sait que le parti républicain et le
parti démocrate ne sauraient se départager sur des critères
idéologiques ; les lignes de clivage de ces machines électorales bien
rodées se peaufinent sur des arguments de politique intérieure
dans laquelle l'engagement de l' Etat fédéral ou au contraire
l'élargissement des pouvoirs des Etats ne laissent pas l'électeur
indifférent. D'ailleurs lors des échéances électorales
présidentielles, le citoyen américain est appelé à voter
également pour le choix des députés, peut-être celui du sénateur,
celui du gouverneur de son Etat, du juge de paix, du poste de directeur
du lycée public de la ville, sans compter éventuellement un
référendum sur un sujet d'initiative locale ! Cette complexité
du vote électoral peut être dissuasif pour de nombreux électeurs. Les
élections présidentielles de novembre 2000 ont montré les limites du
système et de nombreuses voix se sont élevé contre l'archaïsme des
procédures. Le déroulement des élections dans l' Etat de Floride a
démontré la fragilité de la procédure électorale et l'imbroglio
judiciaire qui s'en est suivi a souligné les incohérences du système
électoral américain : pour la première fois dans son Histoire, le
Président a été élu, suite à une décision de la Cour suprême
rejetant l'initiative de la Cour de Floride de faire poursuivre le
décompte manuel des bulletins de vote entachés d'illégalité.
On s'interrogera aussi sur les limites de la
représentativité du peuple américain. Si le corps électoral est
élargi aux personnes âgées de 18 ans et plus depuis le 26è amendement
de 1971, 4 millions d'électeurs américains sont exclus du vote par le
système judiciaire, soit 2 % de l'électorat potentiel ; suite à une
condamnation pénale, les citoyens américains perdent leurs droits
civiques dont 15 % de l'électorat noir masculin. La représentativité
trouve également ses limites par l'exclusion des petits partis dans la
course à la présidentielle par manque de moyens financiers, leur
absence des quatre grands débats télévisés et un scrutin de vote
majoritaire à un tour qui leur donne peu de chances de représentation.
L'argent est un des moteurs de ces campagnes électorales qui contribue
à la notoriété des candidats mis en avant par les médias, quatrième
pouvoir du pays. Les médias se nourrissent d'ailleurs de ces
"shows" électoraux qui sont leur troisième source de
recettes publicitaires.
Le vote présidentiel à deux degrés montre l'incohérence du principe
de la représentativité vérifiée par les élections de novembre 2000
: avec 271 grands électeurs pour le candidat républicain contre 267 au
candidat démocrate, le Collège électoral a assuré la victoire
à G.W. Bush, alors que celui-ci accusait un retard de 337
576 voix par rapport à Al Gore, dans la prise en compte du vote
populaire. Cet écart de résultats entre le vote populaire et celui du
Collège des Grands électeurs ne s'était pas vu depuis le 19è siécle
(1824, 1876 et 1888).
Cette procédure du vote présidentiel à deux
degrés est également contestée parce que le Collège électoral dans
sa composition ne serait pas représentative du poids réel de la
population des Etats :
Poids d'un Grand
électeur selon les Etats
(en nombre d'habitants représentés selon les chiffres du
recensement de 2000))
| FLORIDE |
CALIFORNIE |
NEW
YORK |
WYOMING |
DAKOTA
du Nord |
| 609 200 |
602 000 |
550 000 |
175 000 |
220 700 |
Le modèle contesté
Depuis
la fin des années 1960, la société civile américaine s'est
organisée et mobilisée en prenant position sur les grands problèmes
de la politique internationale de leur pays et en remettant en cause les
graves dysfonctionnements de leur système politique intérieur ;
plusieurs crises de morale des affaires à l'encontre de la classe
politique et des personnages de la haute administration américaine ont
mobilisé nombre de citoyens organisés en partis
et en associations dénonçant les atteintes à la démocratie
et le rôle pervers de certains "lobbies" au Congrès (on
citera pour mémoire les crises suivantes : les "Papiers du
Pentagone" en 1971, le "Watergate" (1973-1974), l"Irangate"
en 1986 ...).
Le degré de confiance des américains s'amenuise vis à vis de leurs
institutions comme le font apparaître les sondages d'opinion.
|
Le degré de confiance des Américains
vis à vis de leurs institutions (en %)
Année
|
1966
|
1971
|
1973
|
1974
|
1975
|
1976
|
1977
|
1978
|
1979
|
|
Journaux
télévisés
|
25
|
-
|
41
|
31
|
35
|
28
|
28
|
35
|
37
|
|
Presse
|
29
|
18
|
30
|
35
|
26
|
20
|
18
|
28
|
28
|
|
Le
Congrès
|
42
|
19
|
29
|
18
|
13
|
9
|
17
|
10
|
18
|
|
La
Maison-Blanche
|
41
|
23
|
19
|
28
|
13
|
11
|
23
|
14
|
17
|
Source : The national Journal, janvier
1980.
|
Aujourd'hui, les
associations de citoyens se préoccupent des problèmes de société et
de vie quotidienne : ainsi ils dénoncent le second amendement
autorisant le port des armes à feu et responsables des 2/3 des meurtres
qui occasionnent dans certains états plus de victimes que les
accidentés de la route ; la mobilisation se fait dans le cadre des
Etats fédérés face au Congrès de Washington jugé otage du groupe de
pression NRA ( National Rifle Association).
|