Des littoraux attractifs, mais inégalement occupés

 

    Le peuplement des littoraux à l'échelle planétaire

L'importance numérique du peuplement des littoraux donne lieu à de nombreuses interprétations. A partir du rivage et sur une bande littorale de 25 km de profondeur vivrait le quart de l'humanité.
D. NOIN retient une  largeur moyenne de 15 km comme espace du littoral où vivrait près d'un milliard d'habitants
. Selon J.P. CORLAY et PIRAZZOLI, 60% de l'humanité se localiseraient sur une bande littorale de 60 km de large.

Plus des 4/5 de ces populations littorales sont citadines ; les villes supérieures à 100.000 habitants en regrouperaient les 7/10. Il est un fait que sur les dix premières agglomérations mondiales, huit sont localisées sur le littoral ; seules les agglomérations de Mexico et Pékin sont en position intérieure. On constate d'ailleurs que dans les 123 pays disposant d'une ouverture maritime, plus des 3/5 ont leur ville principale sur le littoral.
On pourra  vérifier la validité de cette affirmation en allant observer le document de la Nasa constitué par un assemblage d'images satellitales enregistrant de nuit les lumières de la terre :
http://antwrp.gsfc.nasa.gov/apod/image/0011/earthlights_dmsp_big.jpg

Selon les continents et les grands espaces régionaux du globe, les sociétés littorales sont inégalement importantes et le degré d'occupation de l'espace est très variable :

Part de la population des continents vivant sur les littoraux (en %)

Asie Amérique Europe Afrique
52 22 15 9

D. NOIN estime la densité moyenne d'occupation littorale à 170 habitants par km2, soit une valeur cinq fois plus élevée que la densité moyenne des terres habitées.
Cette densité littorale est inégale à l'échelle continentale : elle dépasse les 550 en Asie orientale, 270 en Asie du Sud, 200 en Afrique du nord et Europe méditerranéenne contre 130 en Europe du nord et 65 en Amérique du nord.

En observant une carte de distribution de la population sur le globe, on peut envisager plusieurs situations de répartition de la population le long des littoraux selon le critère de la densité :
- les littoraux vides ou faiblement occupés : ils occupent de très vastes étendues caractérisées par l'absence totale de population ou par une présence très ponctuelle  ; les villes sont rares et leur existence est commandée par une fonction stratégique de nature économique (site minier), scientifique ou militaire (base d'observation) ; appartiennent à cette catégorie les littoraux des hautes latitudes froides au-delà du 60° de latitude (Alaska, Nord canadien, Groënland, nord de la Scandinavie, littoraux de l'arctique russe, Patagonie et Antarctique), les littoraux des déserts tropicaux (Sahara occidental, Namibie, littoral péruvien d'Atacama ...) à l'exception des littoraux du golfe persique marqués par une occupation discontinue commandée par les activités de l'économie pétrolière.

- les littoraux au peuplement lâche et discontinu : la densité moyenne avoisine les 20 habitants au km2 ; relèvent de cette catégorie les littoraux de Scandinavie, des périphéries septentrionales de l'Europe atlantique (Ecosse, Irlande), certains littoraux de l'Europe méditerranéenne, de l'Afrique occidentale et du sud de l'Amérique latine.
- les littoraux au peuplement moyennement dense, mais continu : on trouve un linéaire littoral de ce type en Europe atlantique aux latitudes moyennes ; ici l'habitat individuel  prédomine et les densités de peuplement s'établissent entre 50 et 200 habitants par km2 (Cornouaille britannique, côtes bretonnes).

- Les littoraux fortement peuplés : on pense aux plaines et deltas de l'Asie des moussons où les densités dépassent 500 habitants au km2 (provinces maritimes de la Chine orientale, littoral de l'Inde et certaines îles de l'Indonésie). En Europe, les littoraux aménagés pour le tourisme fixent également de fortes concentrations de population (Espagne et France méditerranéennes). Deux des trois mégalopoles mondiales concentrent de fortes communautés humaines sur leur façade littorale : environ 50 millions d'habitants vivent sur ou à proximité du littoral de la mégalopolis américaine qui s'étire sur 600 km entre Boston et Washington.

 

     Des formes d'occupation différenciées

Le critère quantitatif de la densité, mais aussi la configuration du littoral et la diversité des aménagements par les sociétés influent sur les formes de l'occupation du littoral:

- l'emprise est frontale ou linéaire dans nombre d'îles méditerranéennes aménagées par les activités du tourisme balnéaire.
(ex : occupation linéaire du littoral de la Turquie méridionale)

- l'emprise est ponctuelle sur les littoraux faiblement ou moyennement peuplés ; des points de forte concentration littorale sont encadrés par des littoraux vides ou au peuplement lâche ; les sites estuariens favorisent cette forme d'occupation avec le développement de villes portuaires et villes touristiques développant les activités nautiques de la plaisance (littoral du pays de Galles, littoral atlantique français, littoral du Portugal ...) ; il en est de même sur les rives des détroits où se concentrent les flux du trafic maritime international ( Istanbul et le Bosphore)

- l'occupation continue en profondeur sur un important linéaire littoral concerne les grandes façades maritimes du monde : le littoral de la mer du Nord entre Dunkerque et Hambourg, le littoral du Japon sur 800 km entre la baie de Tokyo et Kitakyushu, le littoral de la mégalopolis nord américaine de Boston à  Washington. La concentration des hommes et des activités ont profondément transformé le trait de côte et dilaté l'espace littoral de l'avant et de l'arrière-côte en produisant artificiellement de l'espace pour répondre aux besoins d'implantation des activités de transformation et de services (industries sur l'eau, aéroports construits sur terre-pleins, marinas en front littoral ...) On y relève les plus fortes densités urbaines du monde.
Exemple d'occupation de l'espace littoral sur la façade de la Megalopolis nord-américaine :

Etude de cas :

Boston et son emprise sur l'espace littoral