Population urbaine et réseau urbain en EQUATEUR

     Au dernier recensement de 2001, la population équatorienne était de 12,2 Millions d'habitants sur un territoire deux fois moins étendu que celui de la France, soit 284.000 km2 entre Pacifique à l'ouest et cuvette amazonienne à l'est. Limité au nord par la Colombie, l'Etat équatorien partage une longue frontière avec le Pérou et celle-ci n'a été stabilisée que par les accords d'octobre 1998.
Etat de l'espace andin, l' Equateur présente-t-il les caractères de peuplement et de démographie du modèle latino-américain ? Comment s'accroît la population urbaine ? Le réseau urbain y est-il dominé par quelques cités hypertrophiées comme cela se vérifie dans de nombreux espaces d' Amérique latine ? On s'interrogera sur un possible rééquilibrage de la distribution des fonctions urbaines sous l'effet de la mondialisation.

   Accroissement général et urbanisation de la société équatorienne :

  En un demi-siècle, la population de l' Equateur a presque quadruplé. Le rythme de la croissance s'apparente à celui de la majorité des états de l' Amérique latine : la plus forte croissance est atteinte au cours des années 1960 et début 1970 avec des taux annuels moyens supérieurs à 3 % contre 2 % actuellement.
     La population urbaine augmente t-elle aussi vite ? Avec moins de 1 million de citadins pour une population totale de 3.203.000 habitants en 1950, l'Equateur était un pays à population rurale dominante : le taux d'urbanisation était alors de 29 %. En  2001, près de 7.500.000 équatoriens vivent en ville contre 4.700.000 dans les campagnes ; cela signifie que six équatoriens sur dix sont citadins ; la population urbaine en valeur absolue a été multipliée par huit, conséquence d' un rythme deux fois plus rapide que celui de l'accroissement général

     Le semis urbain

     La carte du semis urbain a pris en compte la ville principale des 22 provinces qui maillent le territoire ; elle permet de mettre en évidence l'interaction de trois facteurs dans l'organisation du territoire : la configuration tripartite du milieu physique, l'histoire de l'occupation précolombienne et de la colonisation espagnole avec leurs  héritages, la dynamique économique contemporaine.
     La configuration géophysique a influencé l'occupation de l'espace équatorien recoupé par trois bandes méridiennes juxtaposées : à l'ouest, la "Costa" s'étire le long du Pacifique en y incluant l'archipel des Galapagos ; au centre, la "Sierra" est la cordillère andine jalonnée de volcans dont quatre dépassent les 5.000 mètres d'altitude ; à l'est, l' Oriente désigne les territoires amazoniens. On observera que la distribution du semis urbain épouse cette orientation majeure méridienne : de nombreuses unités urbaines s'égrènent le long du chapelet de cuvettes intra-andines encadrées par une double cordillère depuis Ibarra au nord dans la province de Imbabura jusque Loja au sud, en passant par la capitale Quito située sur un replat à 2800 mètres d'altitude au pied du volcan Pichincha ; de même , un autre alignement de villes s'étire sur le piémont andin au contact de la forêt amazonienne.
    Le couloir central intra-andin emprunté aujourd'hui par l'axe routier et autoroutier panaméricain suit le chemin ouvert par les Incas à l'époque de leur expansion vers le nord ; à partir de 1480, ils créèrent de nombreux points d'appui dont il reste peu de vestiges en Equateur hormis le site d' Ingapirca dans la province du Canar. La colonisation espagnole mit fin à l'expansion inca en 1532 ; elle fut à l'origine de la naissance de nombreuses villes relevant de l'Audience royale d'Espagne qui déclara son indépendance en 1820 et prit le nom d'Equateur en 1830. Les espagnols fondirent des villes portuaires, points de départ de la conquête et relais pour l'exploration des territoires andins et amazoniens. Guayaquil, à l'embouchure de la rivière Guayas, fut fondée en 1538 par l'explorateur Francisco de Orellano qui descendit les sources de l'Amazone ; l'exploration amazonienne est à l'origine des bourgades qui jalonnent le piemont des andes ou servent de point d'embarquement sur les affluents amazoniens : la ville de Coca dans la province d'Orellana portait antérieurement le nom de l'explorateur précité ; ou encore, la ville de Tena, poste avancé de la colonisation sur le rio Napo, fut fondée en 1560.
     La dynamique urbaine contemporaine avec ses cycles d'expansion brutaux a contribué à la naissance et l'essor de villes dans l' Oriente : la découverte et l'exploitation de l'or noir entre 1960 et  1980 a provoqué le surgissement de cités pionnières sur les sites de prospection : Lago Agrio, encore dénommée Nueva Loja dans la province de Sucumbios, est un produit du boom pétrolier, point de départ du premier oléoduc qui traverse le nord de l'Equateur pour aller rejoindre le port pétrolier de Baloa dans la banlieue d'Esmeraldas, autre ville coloniale littorale fondée en 1520.

     Le réseau urbain bicéphale

     Les deux premières unités de la trame urbaine de l'état équatorien, Guayaquil et Quito, rassemblaient en 2001 près de 4.000.000 d'habitants, soit 28 % de la population totale et 46 % de la population urbaine. La troisième ville du pays est Cuenca, mais celle-ci n'atteint pas 300.000 habitants ; l'écart est donc très important entre le premier niveau de la hiérarchie urbaine et les villes du second rang comme on le constate dans de nombreux pays d'Amérique latine. Guayaquil, la métropole économique, et Quito, métropole politique, aux fonctions complémentaires, ont accentué au fil du temps leur hypertrophie et le déséquilibre du réseau urbain national. Au recensement de 1962, les deux métropoles ne concentraient que 19 % de la population totale. Les autres niveaux de la hiérarchie urbaine sont équilibrés en taille et en fonctions autour de capitales provinciales qui paraissent profiter d'une nouvelle dynamique.
     On constate un ralentissement de la croissance des deux métropoles, tandis que les villes-relais des bassins andins bénéficient d'un rythme soutenu ; le cas des ville-champignons de l'Oriente amazonien s'explique par les effets du cycle pétrolier commencé dans les années 1970.

     Le réseau urbain de ce petit Etat andin apparaît conforme au modèle  latino-américain avec une majorité de population citadine aspirée par l'attractivité des deux métropoles, lieux de transit obligé d'une émigration devenue importante vers l'Amérique du  nord et l' Europe. L'expansion urbaine, jusqu'alors sans planification, semble devoir s'infléchir à l'avantage des villes moyennes ou intermédiaires.