Organisation spatiale

et dynamique d'une métropole latino-américaine

 

     1- La situation et le site de la métropole andine

- Quito et l'espace équatorien : la carte de situation.

- Quito au coeur d'une dépression andine : la carte du site métropolitain.

     Quito peuplée de 1.400.000 habitants au recensement de 2001 est la capitale politique de l'Etat équatorien proclamé en 1830. Après avoir été entre 1563 et 1822 un relais administratif dans l'empire espagnol, l'Audience Royale de Quito arracha son indépendance au lendemain de la victoire du général SUCRE à la tête des forces sécessionnistes sur les troupes d'occupation.


     Alors que Guyaquil, première agglomération du pays bénéficie d'une ouverture océanique, Quito, à 22 km au sud de la ligne équinoxiale, inscrit son influence au coeur de la cordillère des Andes. Elle se localise dans "l'avenue des volcans", expression empruntée à  l'explorateur allemand Humboldt ; cet alignement structural  a contribué à la formation d'un sillon méridien intra-andin jalonné de volcans le long de la cordillère ou région de la Sierra ; l'altitude moyenne de la Sierra dépasse les 4.000 mètres. Parmi les quatre volcans qui s'élèvent au-dessus des 5.000 mètres, le Chimborazo est le sommet culminant de la cordillère occidentale à 6.310 mètres ; autre sommet avec sa calotte de glace, le Cotopaxi est le volcan actif le plus haut du monde.
     Le sillon médian entre 2.000 et 3.000 mètres est fractionné en cuvettes ou dépressions intra-montagnardes très densément humanisées ; elles sont reliées par la route panaméricaine qui se prolonge au nord vers la Colombie et au sud vers le Pérou. L'une de ces dépressions a servi de site à l'expansion urbaine de la capitale.

     La ville de Quito a été construite sur un gradin tectonique à 2.800 mètres d'altitude ; celui-ci occupe la partie occidentale de l'une des dépressions intra-andines  sur une cinquantaine de kilomètres du Nord au Sud. L'horizon de la capitale est celui des hauts cônes volcaniques enneigés ou englacés qui accrochent le regard vers l'Est et le Sud ( volcans Cayambé, Antisana, Cotopaxi, Iliniza), tandis qu'à l'Ouest, les versants du volcan Pichincha (4794 m.) bloquent la poussée urbaine de la métropole.
Vers l'Est, le gradin de Quito se relève progressivement au-dessus de la dépression, entaillée par le rio Machangara ; la percée de l'escarpement  est ainsi l'exutoire de la pression urbaine. Le grand Quito a aujourd'hui débordé sur les vallées qui descendent vers la cuvette topographique, au Nord en direction de Calderon et au Sud dans la vallée de Los Chillos en direction de Sangolqui.

 

     2- L'espace différencié et contrasté d'une métropole du "Sud"

Quito est la capitale d'un Etat pauvre appartenant aux pays en développement ; peut-on percevoir dans la texture et l'organisation de son espace  les manifestations d'un retard dans le  développement ? Cet espace urbain appartenant à l'aire latino-américaine est-il construit à l'identique des autres cités urbaines marquées par la colonisation ibérique ?
     On répondra à cette problématique en analysant le tissu urbain de Quito : comment est-il aménagé, différencié ?

     Documents d'analyse :

Quelques paysages urbains de la métropole andine et leur analyse

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le plan du Quito colonial (archive au pavillon français du "Mitad del Mundo" le centre historique avec la place de l'indépendance (Plaza mayor)  les quartiers urbains de la période post-coloniale (19è et début 20è siècle) le front urbain du nouveau centre d'affaires contemporain quartier bourgeois inséré dans le nouveau centre contemporain

 

quartierclassemoyenne.jpg (73934 octets) habitatspontane.jpg (53765 octets) limiteurbanisatioon.jpg (54670 octets) axenordsud.jpg (70896 octets) aeroport.jpg (59144 octets)
quartier des classes moyennes  l'habitat précaire sur les contreforts du volcan Pichincha l'emprise longitudinale de l'espace urbain avenida doce de octubre : un des axes  structurants de la métropole. L'Aéroport 
Mariscal Sucre
inséré dans l'espace urbain

 

Croquis d'interprétation de l'espace urbain :

         croquis portant sur les éléments de la structuration de l'espace urbain.

L'espace urbain de Quito est organisé longitudinalement sur une trentaine de kilomètres de par les contraintes du site naturel qui est celui d'un gradin tectonique limité vers l'est par un escarpement interrompu par le cours du rio Manchagara et bloqué à l'ouest par l'édifice volcanique du Pichincha. De ce fait le tracé des axes de transport urbain et les branches de la route panaméricaine contribuent à structurer le développement de la ville vers le nord et le sud ; l'aéroport international a fini par être lui-même rattrapé par l'extension de la métropole qui maintenant intègre les vallées en contre-bas du gradin dans le sillon andin.

 

        croquis de la différenciation de l'espace 

Métropole latino-américaine, Quito porte les traits urbains d'un urbanisme colonial hérité de l'occupation espagnole et ceux d'une ville marquée par les retards du développement ; l'espace urbain est à la fois différencié et contrasté. La différenciation se fait entre les centres construits au cours de l'histoire et les périphéries qui actuellement absorbent principalement la croissance démographique de la métropole.
La dualité de l'espace central apparaît bien marqué dans le paysage urbain qui oppose le centre historique riche de son patrimoine réhabilité par les organismes internationaux et les nouveaux centres de l'époque contemporaine qui ont produit l'espace urbain en direction du nord de la ville. Les quartiers péricentraux sont investis par les classes bourgeoises et moyennes profitant de la proximité des services du centre tertiaire avec son CBD qui a transformé la capitale depuis les années 1970, au rythme de l'exploitation de l'eldorado pétrolier.
Aux deux extrémités de la ville, le long des axes de transport se juxtaposent les fonctions industrielles, commerciales et les quartiers des classes populaires densément occupées par les migrants de la sierra. Certains lotissements relèvent de l'autoconstruction artisanale régularisée postérieurement par les autorités urbaines, à la différence des quartiers spontanés et précaires qui s'agrippent aux versants pentus du massif forestier du Pichincha.

 

Exercice :
    
 Lire et interpréter un paysage urbain 
( exercice 2 )

 

3- Croissance urbaine et dynamique spatiale de la métropole andine

 

   Les étapes de la croissance urbaine

1534 Les conquistadors espagnols reconstruisent Quito sur les ruines de ce qui fut la capitale du nord de l'empire inca, administrée par Atahualpa.
1563 Quito devient Audience royale dans l'empire espagnol et capitale du sud de la Grande Colombie.
1830 Proclamation de la république indépendante ; Quito est la capitale du  nouvel état andin.
1950 Début de la forte croissance urbaine alimentée par les flux migratoires en provenance de la Sierra ; la ville se développe sans planification spatiale et le logement devient un des problèmes majeurs.
1970 La ville va connaître des transformations majeures avec la croissance engendrée par les retombées de l'exploitation pétrolière ; une planification de l'extension urbaine s'amorce prenant en compte l'amélioration des infrastructures de transport, le logement des classes populaires en périphérie et l'habitat des classes moyennes ; le nouveau centre des affaires marque le paysage avec l'édification verticale des grands immeubles
1980-2000 L'accessibilité de la capitale et sa traversée s'améliorent avec la construction des voies autoroutières en périphérie latérale, prolongements de l'axe panaméricain. Une ligne de tramway dessert la capitale du nord au sud en passant par le centre historique.
     En 1993 est créé le District Métropolitain de Quito composé de 4 zones urbaines et 8 zones suburbaines. La loi du District assure à la ville une autonomie administrative, politique et économique.
     En 1998 est lancé le premier plan économique et social du District Métropolitain prévoyant les grands équipements urbains : centre sportif et culturel, halles, parc métropolitain ...
2000-2020 Définition de projets métropolitains visant au développement durable et au renforcement des attributs d'une métropole internationale : nouvel aéroport international avec une zone franche et un parc technologique,  réhabilitation de sites naturels, centre de commerce de gros, centre international de congrès ...

 

   La croissance démographique de Quito et son développement spatial

 

Données statistiques sur la croissance démographique de Quito

Années 18è siècle 1920 1930 1950 1962 1974 1982 1990 2001
habitants
(milliers)
20 à 30 100 120 210 355 600 866 1100 1400

Sources : Archives et recensements de la population équatorienne         

 

    A partir des années 1950-60 et jusqu'aux années 80, la croissance démographique de Quito connaît une accélération avec un taux moyen annuel de 4 % ; le ralentissement depuis 1980 ramène ce taux autour de 2.2 % en 2000. La capitale s'étend du nord au sud sur une trentaine de kilomètres sur une largeur de quatre à six kilomètres. Les flux migratoires nourris par l'exode rural furent le facteur principal de la première période de la croissance ; aujourd'hui les flux intra-régionaux se sont ralentis au profit d'une forte émigration vers l'étranger -à destination de l'Amérique du nord et de l'Europe méditerranéenne - et la ville croît surtout par excédent naturel.

 

Les étapes de la croissance spatiale de la capitale

Quito a élargi son emprise spatiale à partir du centre colonial construit selon un plan classique en damier  ; à partir du centre initial, la capitale a grandi en se différenciant selon un axe méridien. Vers le sud, le long de la voie ferrée en direction de Guayaquil, fermée depuis les glissements de terrain occasionnés par "El Nino", les quartiers populaires s'immiscent entre les établissements industriels et la route panaméricaine. Vers le nord, l'urbanisation à proximité du nouveau centre des affaires profite aux classes aisées de la capitale autour du parc de la Carolina et de la plaine d'Inaquito. Les services tertiaires administratifs et financiers se diffusent le long d'un axe conduisant à l'aéroport avec une multiplication des immeubles de bureaux et des centres commerciaux. La périphérie nord est investie par les lotissements populaires, les zones de l'artisanat et de l'entreposage.
Dans ces périphéries nord et sud de la capitale, l'accroissement est plus rapide que dans la ville centrale ;  sur les périphéries latérales, les sites de versants à risques sont occupés par les quartiers d'habitat spontané aux conditions de vie précaires que les autorités tentent  de régulariser.

Aujourd'hui la ville légale a dépassé les bordures du gradin tectonique servant de site initial au développement urbain ; elle intègre les anciens villages du bassin andin en contrebas entre 2600 et 2400 mètres d'altitude. Les cinq vallées qui y conduisent s'urbanisent avec la construction de lotissements pour les classes moyennes et aisées en direction de Conocoto, Tambaco, Calderon, Pomasqui et San Antonio qui sont les noyaux urbains périphériques du District métropolitain. La croissance de l'espace urbain s'y effectue dans un paysage semi-rural de collines mises en valeur par une agriculture orientée vers les besoins de la consommation de la capitale et ouverte sur le monde par les cultures florales sous serre. Les 3/5 des cultures agro-industrielles destinées à l'exportation sont implantées sur le territoire du District métropolitain.
      L'espace métropolitain peuplé de 2 millions d'habitants apparaît alors comme un ensemble mal articulé composé d'un axe  majeur méridien polycentrique et de ses ramifications urbaines inégalement densifiées.

  Exercice  : décrire, expliquer et corréler des documents graphiques

1 - Délimitez sur la courbe démographique de Quito les trois périodes d'évolution et caractérisez les.
2 - Recherchez les éléments explicatifs de l'évolution et classez les par catégorie. Exemple : les éléments d'explication relevant du facteur économique ...
3 - montrez les relations entre la courbe de la démographie et les schémas de la croissance spatiale de Quito :
   Exemple : quelle corrélation peut-on établir entre les deux documents pour la période 1950 - 1970 ? et proposez un second exemple de corrélation.

 

   La gestion des problèmes urbains

La réhabilitation du centre historique :

   Depuis 1976, l'Unesco a reconnu le centre historique de Quito comme "patrimoine de l'humanité", saluant ainsi l'entreprise de réhabilitation et de sauvetage des quartiers riches de monuments civils et religieux hérités du passé colonial espagnol. Avec l'intervention de la Banque Interaméricaine de Développement et des partenaires européens dont l'Espagne, la Belgique, la France, les monuments de la capitale ont retrouvé leur éclat dont la Compana ou église de la Compagnie de Jésus, chef d'oeuvre d'art baroque avec son exubérance d'or et  considérée comme l'un des joyaux de Quito. La restauration des quartiers centraux a porté également sur l'habitat taudifié ; le savoir-faire de la France ( mise en pratique des méthodes du pact-arim* ) a contribué à redonner des conditions décentes de vie à des secteurs urbains insalubres tout en prenant en charge l'intégration sociale de communautés indiennes paupérisées. Les effets économiques de cette réhabilitation ont été évidents avec le développement de l'attrait touristique, le développement de l'hôtellerie et de l'artisanat. Le noyau initial de la capitale est devenu un nouvel espace de centralité à côté du quartier tertiaire contemporain et du CBD en direction du nord.
     * Le mouvement Pact Arim est né il y a plus de soixante ans pour la lutte contre les taudis et l'aide aux sans-logis et aux mal-logés en France et dans les pays en voie de développement ; le sigle a pour signification : Protection Amélioration Conservation Transformation de l'habitat - Association de Restauration Immobilière.

La gestion des infrastructures publiques et le problème de la pollution urbaine

   Quito dispose d'un réseau de distribution d'eau potable plutôt satisfaisant, mais n'assure pas le traitement des eaux usées et des déchets urbains qui vont contaminer les eaux de surface drainées par le rio Machangara ; de même, on a comblé par les déchets des ravins et vallons sur lesquels des habitats précaires se sont installés créant des conditions favorables aux glissements de terrain en période de pluies tropicales.
   La pollution atmosphérique est un autre problème pour les citadins de  la capitale ; la circulation automobile qui s'est intensifiée avec le réseau de bus aux équipements obsolètes est responsable pour les 4/5 de cette pollution. La création d'une ligne de trolleybus en site propre et le lancement d'une seconde ne peuvent que répondre partiellement au problème.
   Avec l'intervention financière des organismes internationaux dont la Banque mondiale, l'OMS et le PNUD, les autorités métropolitaines ont planifié des travaux de prévention contre les inondations et glissements de terrain sur les pentes du massif du Pichincha en reforestant et en créant des espaces verts  dont le parc métropolitain de Bella Vista. Notons que la France apporte sa contribution scientifique en réalisant la cartographie urbaine par l'imagerie satellitale et en élaborant un Sig (système d'information géographique) à partir  des études de l'Institut de la recherche scientifique.