Peuplement et maîtrise du territoire en Russie

La Sibérie
La Sibérie est définie ici comme la partie asiatique de la Russie, et non comme un des 7 districts de la fédération.

  Un peuplement faible
  Une population urbaine
  Les dynamiques spatiales

 

Un peuplement faible

31 millions d'hommes (21,5% de la population russe de 1999) vivent sur les 12,7 millions km² situés à l'est de l'Oural. Cette population est concentrée dans le sud, alors que le nord et l'est restent vides.

région de Norilsk: 
la toundra jusqu'à la mer ; une exploitation ponctuelle des ressources minérales. (1)

carte des densités: reppop.gif (34386 octets)

un port de la région de Norilsk : l'isolement, le froid, la brièveté du jour durant de longs mois. (1)

Une population urbaine 

carte de localisation 

 

 


Providenia (Tchoukotka). (1)
La dernière "ville", face au détroit de Béring: quelques immeubles entre la montagne et le port. 


Oust-Ilimsk (région d'Irkoutsk). (1)
La ville a été édifiée autour d'une centrale hydroélectrique sur l'Angara mise en service en 1975. Les centrales d'Oust-Ilimsk et Bratsk ont donné naissance à une métallurgie de l'aluminium et à des usines de papier-cellulose.  

 La plus grande ville du Grand Nord russe, Norilsk

Modèle expérimental pour tester les conditions de fonctionnement d'une vraie ville au-delà du cercle polaire, Norilsk est aujourd'hui souvent cité comme contre-exemple. Bagne depuis sa création en 1935 jusque dans les années 40, il s'agit d'un grand complexe minier et industriel comportant les mines et carrières de nickel, cuivre, platine et cobalt, deux combinats d'enrichissement, des mines de charbon et une centrale thermique, deux centrales hydroélectriques, trois combinats de matériaux de construction, un sovkhoze de serres et d'élevage, le tout placé sous la juridiction unique du ministère des métaux non ferreux (remplacé aujourd'hui par le holding Norilsknikel). Norilsk est relié par une voie ferrée au port de Doudinka. 
La ville de 245 000 habitants fait forte impression (...), mais la réalité n'est pas rose. Les conditions de vie, quoique longtemps facilitées par des approvisionnements spéciaux, restent dures du fait du froid hivernal et de la nuit polaire. Or il ne s'agit pas ici d'équipes d'ouvriers, mais de familles entières, et donc d'écoles, de lycées. (...) Le type d'urbanisme pose d'énormes problèmes: à la longue, le pergélisol est touché et une partie des maisons s'affaisse. Les nouvelles autorités ne cachent plus leur désillusion et parlent de réduire la population à 160 000 habitants en renvoyant femmes, enfants, retraités vers le sud.

J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000


le centre de Norilsk
(1).
Le site
www.worldcityphotos.org présente de nombreuses photos de l'agglomération.

Les minerais extraits à Norilsk sont expédiés par le port de Doudinka, relié par la voie maritime nord à Mourmansk; le nickel dont la Russie est le premier producteur mondial est en partie exporté vers Rotterdam. Mais les transports sont impossibles durant une partie de l'année : la banquise hivernale ferme la route maritime, la crue de l'Ienissei empêche le fonctionnement du port au printemps.

Norilsk est aussi un exemple de pollution de l'environnement arctique. (2  
Le journal Novyé Izvestia a publié en 2001 un reportage sur "la ville la plus polluée de Russie", traduit dans Courrier International n° 553   www.courrierinternational.com/numeros/553/055304901.asp?TYPE=archives

 L'exemple de Norilsk illustre les caractères de l'espace sibérien. Ces caractères peuvent être illustrés par les photos publiées sur le site www.arcticphoto.co.uk.
- une mise en valeur menée par l'Etat à l'aide d'une main d'oeuvre captive (goulag) ou attirée par des primes et avantages matériels.
- une exploitation des ressources naturelles. Le pétrole et le gaz de la plaine de l'Ob en est l'exemple le plus 

récent. La Sibérie fournit 68% du pétrole russe, 92% du gaz, 80% du charbon (3), du bois et concentre l'essentiel des réserves du pays.
(Voir www.arcticphoto.co.uk/gallery2/arctic/modern/petrochemical/petrochemical.htm)     

- une exploitation peu respectueuse de l'environnement et peu soucieuse d'un développement durable sur un territoire dont les ressources apparaissaient comme illimitées.

(Voir www.arcticphoto.co.uk/gallery2/arctic/modern/pollution/pollution.htm )

- une exploitation gênée par les conditions climatiques et l'isolement.
(Voir www.arcticphoto.co.uk/gallery2/arctic/modern/industry/industry.htm)
Norilsk est cependant exceptionnel par la taille de l'agglomération à cette latitude.

Une population qui continue à croître à l'ouest, mais qui diminue désormais au nord et en Extrême-Orient

carte de l'évolution démographique 1989-1999: 
pop8999.gif (50183 octets)

L'ensemble de la Sibérie qui était peuplé de 17 millions d'habitants en 1940, en regroupait 25 millions en 1970, 32 en 1989, mais on estimait la population de 1999 à 31 millions (3). En dehors de la plaine de l'Ob, plus proche de coeur européen et riche de ses gisements d'hydrocarbures, la population diminue sous l'effet d'un retournement des flux migratoires. C'est notamment le cas des régions les plus septentrionales.
Au cours des années 90, les salaires ont été payés avec retard ; les primes qui pouvaient doubler le salaire, les avantages en terme de congés, de logement ou d'approvisionnement ont disparu ; les difficultés de la vie quotidienne se sont aggravées, d'autant que la nouvelle politique économique libéralisant les prix autrefois fixés arbitrairement a renchéri les coûts des transports, de l'alimentation et de tous les biens produits plus à l'ouest. Dans le même temps, les investissements ont diminué, traduisant un désengagement de l'Etat.
Les autorités semblent avoir changé de stratégie. Le contrôle du peuplement se fait plus sévère et un peu partout les administrations font la chasse aux habitants inutiles: familles des travailleurs, retraités... qui démultiplient les problèmes d'infrastructure. On semble s'orienter vers une diminution volontaire de la population de l'extrême-nord et une application des méthodes de quart à l'occidentale.

J. Radvanyi, op. cit.

Cette situation prévaut déjà pour l'exploitation des gisements de gaz d'Ourengoi et Iambourg: la plus grande partie de la main d'oeuvre alterne un mois sur le chantier et un mois en famille dans les villes du sud. (3)

sources:
(1)
Photo extraite du site américain www.worldcityphotos.org ; ce site comporte plusieurs milliers de photos de ville du monde entier, mais aucune photo n'est décrite ou commentée, ce qui peut en rendre l'utilisation difficile. La localisation elle-même est parfois incertaine.  L' imagette renvoie à l'original publié sur le site.
(2) Photo extraite du site anglais www.arcticphoto.co.uk   L' imagette renvoie à l'original publié sur le site.
(3) J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000