Peuplement et maîtrise du territoire en Russie
Un territoire inégalement peuplé
Avec 145 millions d'habitants, la Russie est le 7e
pays le plus peuplé du monde.
Le dernier recensement date de 1989; le prochain aura lieu en octobre 2002. Tous
les chiffres donnés ici sont donc des estimations.
La carte de la population des 89 "sujets"
de la fédération montre une répartition
dissymétrique. 
Les 4 districts fédéraux européens (carte
de localisation)
regroupaient en 2000 72% de la population sur 23% de la
superficie du pays, alors que 28% seulement de la population vivaient dans les 3
districts asiatiques (77% de la surface du pays). (1)
Parmi les 89 régions, 8 ont des densités
inférieures à 1habitant/km² ; 30 ont une densité inférieure à 8,5
habitants/km², la moyenne nationale. Ces 30 régions recouvrent 78% du
territoire de la fédération.

Le vide est encore plus grand que ne l'indiquent les densités, car la
population de ces régions est pour une grande part concentrée dans les villes.
70% de la population du district fédéral de Sibérie, 76% de celle du district
d'Extrême-Orient est urbaine. (1)
La répartition des hommes se fait en taches isolées, en archipel, "aux
frontières de l'irreprésentable" (2):
la carte des densités moyennes, même à l'échelle régionale, doit donc être
lue avec précaution.
La population se concentre dans la
partie européenne, autour de Moscou (8,4 M), de St Pétersbourg (4,8 M), le
long de la Volga (Nijni Novgorod, Kazan, Samara) et jusqu'à l'Oural
(Ekaterinbourg, Tcheliabinsk). Au delà, le peuplement se réduit à une
"écharpe", qui à l'est de Novosibirsk -la 3e agglomération du pays,
est de plus en plus ténue. Le piedmont caucasien et l'enclave de Kaliningrad
sont les deux seules autres régions densément peuplées.

Cette répartition inégale résulte d'abord
- des contraintes naturelles: le froid hivernal dans un pays continental de
haute latitude, les sols gelés;
- des héritages historiques: le
territoire a été conquis, peuplé, mis en valeur d'ouest en est, à l'époque
tsariste d'abord, à l'époque soviétique ensuite.

La
répartition spatiale de la population de la Russie évolue depuis 10 ans sous
l'effet du déficit naturel et des migrations.
| La
démographie de la Russie, chiffres et graphiques: www-census.ined.fr/demogrus/Demographie/Population/index.htm graphique de l'évolution du bilan naturel, 1958-1998: www-census.ined.fr/demogrus/Demographie/Population/Graph_N_D/Totale.htm pyramide des âges 1999: www-census.ined.fr/demogrus/Demographie/Population/Pyramides/pyr_tot.htm |
Depuis 1992, la population de la
Russie a un bilan naturel négatif. Presse et officiels russes multiplient les
déclarations alarmistes: espérance de vie masculine de 55 ans, soit au 134e
rang mondial ; deux fois plus de morts que de naissances à Moscou durant les 9
premiers mois de l'année 2001. (3).
Malgré une émigration vers les pays
lointains (Allemagne, Israël, Etats-Unis) de l'ordre de 80 000 personnes par
an, la Russie a eu ces dix dernières années un solde migratoire positif dû à
l'immigration en provenance des Etats voisins issus de l'éclatement
de l'URSS.
Le pays connaît dans le même temps une inversion de
certains flux migratoires intérieurs. A l'exception de la Sibérie occidentale dont la population a augmenté sous
l'effet de l'exploitation de ses abondantes ressources
énergétiques, toutes les régions vides du nord et de l'est du pays ont vu
leur population diminuer. La baisse la plus forte a eu lieu dans l'extrême
nord-est où, selon les chiffres publiés par J. Radvanyi (4),
deux régions ont perdu plus de 45% de leur
population depuis 1989: la région de Magadan (-139 000) et le territoire autonome de la
Tchoukotka (-75 000). La diminution concerne aussi le nord de la partie
européenne (région d'Arkhangelsk, république de Komis). 
La population diminue aussi dans la région
centrale, la plus peuplée du pays, sous l'effet d'abord d'un bilan naturel
négatif. La baisse est nette dans les villes de Moscou (- 400 000 habitants
depuis 1991) et St Pétersbourg (- 300 000), où les municipalités ont laissé
en place les mesures limitant l'installation de nouveaux arrivants qui
existaient à l'époque soviétique. En dehors de la plaine de l'Ob, la
population croît dans le sud de la partie européenne sous l'effet du solde
naturel (taux de natalité élevé des républiques musulmanes comme le
Daghestan, le Tatarstan ou le Bachkortostan - carte
de localisation) ou des migrations (essor
agricole des steppes au nord du Caucase ; installation près de la frontière
des récents immigrants venus de l'"étranger proche").
La carte, qui représente l'évolution globale par région, cache d'autres
migrations: l'exode rural des campagnes pauvres et sous-équipées vers les
villes régionales; le départ des Russes de régions où ils sont minoritaires
et se sentent menacés.
| Le 5 avril
2001, le représentant présidentiel du district de la Russie du Sud a
exprimé son inquiétude aux membres du Clergé de Stavropol sur le fait
qu’une grande partie de la population d’ethnie russe désertait le
Nord Caucase. Il a relevé les chiffres d’émigration du Daghestan. En
dix ans, la moitié de la population russe a quitté le territoire de la République.
En Ingouchie, les populations d’ethnie russe ne représentent plus que
2% de la population, alors qu’en 96, elles représentaient le second
groupe ethnique du pays.
RIDECO (Réseau
international de recherche d'information et de documentation |
Dans les régions périphériques du Caucase ou de Sibérie, des migrations d'une part plus ou moins grande de la population d'ethnie russe ont lieu, prolongeant, avec une intensité moindre, les migrations consécutives à l'éclatement de l'URSS et confirmant la rétractation de l'espace russe.
carte
de synthèse

Autre
croquis de synthèse: peuplement et maîtrise du territoire.
sources
(1) www.gks.ru/eng
(2) D. Eckert, l'organisation de
l'espace russe, www.ac-reims.fr/datice/bul_acad/Hist-Geo/bul25/eckert.htm
(3) déclaration d'un ministre, mars 2001 et dépêches de presse d'octobre
2001 résumées par le RIDECO -
www.bdic.fr/rideco/rideco.htm 19
mars 2001 et 9 octobre 2001
(4) J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000. Le site www.library.uu.nl/wesp/populstat/Europe/russiap.htm donne
des évaluations de population différentes, mais des évolutions de même
ordre.
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