Peuplement et maîtrise du territoire en Russie

Contraintes et atouts d'un territoire immense

  Un état-continent
  Les ressources énergétiques

 

Un état-continent: issu de l'éclatement de l'URSS, la Russie est le plus vaste Etat du monde (17 millions km²), s'étendant sur près de 9000 km d'ouest en est.
Carte générale :
www.grida.no/db/maps/prod/level3/id_1278.htm

Comment maîtriser un territoire d'une telle taille? 
L'importance des distances fait des transports et de l'organisation politique deux questions majeures: 
- comment assurer les transports sur des milliers de kilomètres, alors que les hommes se concentrent à l'ouest et les ressources, notamment énergétiques, à l'est?
- quel pouvoir laisser au gouvernement central installé à Moscou, ville excentrée? quel pouvoir laisser aux centres de décision régionaux ?

Ces questions se posent avec acuité car le territoire russe est marqué par l'héritage soviétique: jusqu'à la fin des années 80, Moscou était le centre unique de décision; la spécialisation industrielle des régions générait des transports sur de longues distances.

  Mais l'immensité multiplie aussi  les ressources, comme le montre l'ampleur des ressources énergétiques:

en 2000 (1) production
(rang et part dans la production mondiale)
réserves
 pourcentage du total mondial
exportations
gaz naturel 584 milliards de m³ (1er, 24%) 30% 1er rang mondial
pétrole 316 millions de tonnes (3e, 9%) 4,7% 3e rang mondial
charbon
lignite
169 millions de tonnes (6e)
117 millions de tonnes (3e)
16%  

La Russie possède aussi d'importantes ressources minérales (1er producteur mondial de nickel; 4e producteur de fer) et forestières.

L'abondance des ressources donne à la Russie une large autosuffisance et d'importantes capacités d'exportation. 

Ces productions et exportations ont depuis 10 ans un poids accru. Ce poids restera sans doute fort ces prochaines années puisqu'une part très importante des investissements industriels leur est consacrée (64% en 1997 !)
Dans la crise générale (de l'industrie), ces secteurs bénéficient d'un avantage relatif: les exportations de produits bruts ou semi-bruts (pétrole, gaz, lingots de métaux...) demeurent pratiquement les seules compétitives sur le marché mondial et voient donc, en dépit d'une baisse en valeur absolue, la part de leurs secteurs augmenter sensiblement dans la structure industrielle.

J. Radvanyi, la nouvelle Russie

L'exploitation a commencé par les ressources les plus accessibles (partie européenne, Oural), aujourd'hui en voie d'épuisement: la région Volga qui produisait 147 millions de tonnes de pétrole en 1975 (36% du total de la Russie), n'en produisait plus en 1997 que 42 millions (14%). Une part croissante des hydrocarbures provient désormais de la plaine de l'Ob (Sibérie occidentale): 68% du pétrole, 91% du gaz en étaient extraits en 1997. La croissance de la part de la Sibérie est d'autant plus grande que les ressources plus accessibles ont été en partie gaspillées.
L'abondance des ressources a favorisé une "mentalité dilapidatrice profondément ancrée, tant chez les dirigeants que chez les simples citoyens"
(2). La fixation par l'Etat des prix de l'énergie ou des minerais à des tarifs inférieurs à leur coût d'extraction et de transport a favorisé ce gaspillage durant la période soviétique. L'exploitation de la forêt, sans souci de reboisement alors que les conditions climatiques ralentissent la pousse de arbres, ou le gaspillage de l'eau (fuites, évaporation, pollution) sont d'autres exemples d'absence de développement durable. 

Sources
(1) Images économiques du monde 2002, SEDES 2001.
(2) J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000.