Peuplement et maîtrise du territoire en Russie
Un territoire issu de l'éclatement de l'URSS
L'implosion de l'URSS en 1991 fait des 15 républiques soviétiques des Etats indépendants. Des frontières divisent désormais l'ancien espace soviétique. Quelles en sont pour la Russie les conséquences ?
La transformation des limites administratives en
frontières
Durant l'ère soviétique, les frontières des 15 républiques n'étaient que
des limites administratives au sein d'un Etat centralisé, administré comme un
tout à partir du centre de décision moscovite. Ces limites ont pu être
jugées artificielles : elles ne prenaient pas ni sur des coupures naturelles,
ni sur des frontières historiques, ne correspondaient que partiellement avec les aires de
peuplement des peuples éponymes et ont été plusieurs fois
modifiées.
La transformation des limites administratives de la République soviétique de
Russie (RSFSR) en frontières séparant le nouvel Etat d'autres Etats souverains
a des conséquences sur la vie quotidienne, les transports,
l'économie et a généré des migrations de population.
Des conséquences économiques
L'éclatement de l'URSS a rendu ponctuellement la Russie dépendante des pays
voisins de l'"étranger proche", notamment dans le domaine industriel.
Si le pays aux ressources abondantes demeure
très largement autosuffisant, il doit importer certains minerais comme le
chrome kazakh ou le manganèse ukrainien. La dépendance peut être plus grande
pour des produits semi-finis ou des biens d'équipement, fabriqués autrefois
dans des entreprises spécialisées des autres républiques soviétiques: ainsi,
le matériel de forage pétrolier provenait majoritairement d'Azerbaidjan, les
principaux chantiers navals se situaient en Ukraine. L'éclatement
de l'espace industriel soviétique amène donc pour la Russie des ruptures et la
nécessité d'une réorganisation de l'espace de production.
| Bien entendu,
rien n'empêche une entreprise russe de continuer de recevoir tel produit
d'un ancien partenaire de l'ex-URSS. Mais on constate des difficultés:
chaque Etat met en place ses propres règles (ou barrières) douanières,
ses taxes de transport qui compliquent le maintien des liens. (...) Le
manque de fiabilité des transports et des règlements interbancaires est
tel qu'en dépit parfois d'accords renouvelés, les anciens partenaires se
voient obligés de rompre. (...) (La Russie cherche à) créer, partout où cela est possible, les segments de production manquants sur son territoire, en profitant de la reconversion des industries du complexe militaro-industriel ou de l'industrie lourde en difficulté. (...) Un des meilleurs exemples est celui du matériel ferroviaire, auparavant presque entièrement fourni par des entreprises de Lettonie et de Géorgie pour les locomotives, de Lettonie et d'Ukraine pour les wagons. Dès 1992, le gouvernement russe a lancé un programme de recherche-production (...) avec succès semble-t-il puisque les premières locomotives sortaient dès 1997. J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000 (p. 143-144) |
De même, la Russie a le projet de
développer un nouveau cosmodrome à Plesetsk pour ne plus dépendre du
Kazakhstan où est située la base de Baikonour (1).
L'éclatement de l'URSS a amené une redistribution
spatiale de la population russe
En 1991, l'aire de peuplement russe dépassait
les limites de la nouvelle Russie: la formation de l'Empire russe par une
conquête progressive du territoire à partir de la Moscovie, la conquête de
l'Asie centrale et du piémont caucasien au 19e s, la mise en valeur des
ressources minérales ou des terres agricoles au 20e s ont amené une dispersion
du peuple russe sur le territoire soviétique. Selon le recensement de 1989, les
Russes comptaient pour plus de 20% de la population de l'Ukraine ou du
Kirghizistan, pour plus de 30% de la population de l'Estonie, de la Lettonie et
du Kazakhstan.
La transformation des républiques soviétiques en Etats souverains, la
politique nationaliste de ces nouveaux Etats qui affirment leur identité ont
poussé ceux que l'on a appelé les "pieds rouges" à immigrer vers le
nouvel Etat russe, accélérant un mouvement perceptible dès les années 80. De
1991 à 1998, la Russie a eu un solde migratoire de 3,8 millions de personnes
avec les 14 autres républiques de l'ancienne URSS, mais il apparaît que ces
flux sont aujourd'hui fortement ralentis. Ce solde témoigne d'une rétractation
de l'aire de peuplement russe, d'autant plus grande qu'à l'intérieur même du
pays, les Russes tendent à quitter les régions périphériques. (cf les pages
sur le peuplement et la Sibérie).

sources:
(1) www.bdic.fr/rideco/rideco.htm
21 janvier 2002
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