Peuplement et maîtrise du territoire en Russie
Un pays en transition, de nouveaux acteurs spatiaux
Depuis 1991, la Russie a beaucoup changé, même si l'héritage soviétique marque encore le pays. Ces changements qui affectent l'économie, la société, le pouvoir, voient l'affirmation de nouveaux acteurs.
Pouvoir des régions et
pouvoir de l'Etat
L'éclatement de l'URSS,
l'exemple des pays de Transcaucasie ou d'Asie centrale ayant accédé à
l'indépendance, l'éloignement et la faiblesse du pouvoir central sous B.
Eltsine ont concouru au début des années 90 à la demande d'autonomie, voire
d'indépendance, des minorités demeurées à l'intérieur de la nouvelle
Russie.
Le mouvement centrifuge est puissant dans les républiques de la Volga et du
Caucase. Ainsi, le Tatarstan proclame ainsi sa souveraineté dès août 1990,
élabore en 1992 une constitution par laquelle les lois de la république
l'emporteraient sur les lois fédérales. En 1991, la Tchétchénie a proclamé
son indépendance. D'autres républiques ou territoires autonomes réclament
plus de pouvoir, entraînant la réaction des régions administratives
peuplées de Russes qui affirment à leur tour leurs droits. En 1993, de
nombreuses républiques, territoires ou régions
refusent de verser leurs impôts au budget fédéral.
La constitution de 1993 va affirmer
quelques grands principes (sécession interdite, prééminence des lois
fédérales), mais la réalité du partage du pouvoir entre "sujets"
et pouvoir fédéral va être définie par une série de traités bilatéraux
signés entre le gouvernement fédéral et les dirigeants des républiques,
voire des régions administratives. De 1994 à 2000, une soixantaine de ces
traités ont été signés; leur contenu varie d'une république à l'autre,
créant un "fédéralisme à la carte" (1).
Durant le même temps, l'armée russe qui est intervenue en Tchétchénie en
1994, échoue à réintégrer cette république dans la fédération.
La Russie semble menacée d'éclatement et les cartes publiées alors montrent
une Russie au territoire mité.
www.sciences-po.fr/cartographie/cartotheque/cartotheques/docs_levy/cartes_levy/russie_sans_autonomie_96.gif
La relance de la guerre en Tchétchénie
(1999) et l'élection de V. Poutine à la présidence marquent un coup d'arrêt
à cette évolution. En mai 2000, la création de 7 districts fédéraux avec à
leur tête un représentant personnel du président, semble inaugurer un
processus de recentralisation. Mais l'équilibre entre pouvoir central et
pouvoirs régionaux n'est pas encore trouvé; ainsi au Tatarstan: en juin 2001,
le président tatar affirme que la répartition du pouvoir entre gouvernement
fédéral et régions doit être soigneusement étudié si on veut maintenir des
"relations normales"; en octobre 2001, d'autres dirigeants tatars
dénoncent la pression que Moscou exerce sur eux (2).
Cartes sur la situation dans le Caucase:
www.lib.utexas.edu/maps/commonwealth/ethnocaucasus.jpg
www.monde-diplomatique.fr/cartes/IMG/artoff613.jpg
L'économie: nouveau système et
nouveaux acteurs
A l'économie
planifiée, centralisée et étatique du système communiste a succédé une
économie libérale, un capitalisme sauvage que l'Etat affaibli n'a pu ou voulu
réguler.
Les entreprises privées dominent :
ainsi, dès la fin 1998, 95% des entreprises industrielles étaient totalement
ou partiellement privées et fournissaient plus de 85% du volume de production
et des emplois de ce secteur. L'Etat a cependant conservé son monopole dans des
secteurs-clés comme l'énergie hydroélectrique, le gaz ou les chemins de fer. (1)
Les règles du marché s'appliquent: les prix
de l'énergie ou des transports qui ne sont plus fixés par l'Etat, se sont
envolés; des entreprises déficitaires ont été fermées (ainsi 40 mines de
charbon en 1998).
Dans les secteurs-clés, la privatisation s'est faite au profit d'un petit
nombre de groupes financiers et industriels, dirigés par des hommes issus de
l'ancienne nomenklatura ou par de jeunes hommes d'affaires. Le pouvoir de ces
"oligarques", cumulant souvent fonctions économiques et politiques, a
été très important dans la seconde moitié des années 90. En revanche, les
PME jouent encore un rôle minime.
Un exemple de nouveau dirigeant ( Novoie Vremia, repris par Courrier
International n° 552): www.courrierinternational.com/numeros/552/055205001.asp?TYPE=archives
L'essor de l'économie parallèle, voire
mafieuse, est un autre trait majeur. On estime à 30% au moins du PIB son
importance: les statistiques officielles sous-évalueraient donc l'économie du
pays.
Les transformations économiques ont généré de nouveaux riches et de nouveaux
pauvres. En 2001, les 10% les plus riches de la population bénéficiaient de
31,6% des revenus et les 10%
les plus pauvres de 2,3%. Cette même année, 30% de la population (45 millions
de personnes) avaient, selon les statistiques officielles, un revenu en dessous
du minimum vital.
(3)
La situation de ces nouveaux pauvres résulte en grande partie de la crise
industrielle et de ses implications sociales. Entre 1990 et 1998, la production
industrielle a baissé de 54% du
fait de la contraction de la demande, de la désorganisation économique et
financière, de la concurrence nouvelle des produits étrangers. Les fermetures
d'usine ont eu des conséquences d'autant plus graves que l'industrie
soviétique était organisée en grandes unités de production faisant vivre
toute une ville et que les services sociaux dont bénéficiaient les habitants,
dépendaient des entreprises. (1)
Après une décennie de crise, l'économie russe se redresse: la production
agricole et industrielle ont augmenté en 2001, pour la 3e année consécutive,
respectivement de 7% et 5%. Le secteur tertiaire, délaissé à l'époque
soviétique, est en plein essor. Les salaires sont payés plus régulièrement
et l'économie de troc des années 90 a fortement reculé. Un nouveau code
visant à réduire l'évasion fiscale et l'économie parallèle a été
voté.
Dans le domaine économique comme dans le domaine
politique, de nouveaux équilibres semblent se créer.
Les principaux chiffres: www.gks.ru/eng
La situation économique vue par le New York Times (traduit par Courrier
International n°579 , décembre 2001):
www.courrierinternational.com/numeros/579/057905302.asp?TYPE=archives
sources
(1) J. Radvanyi, la nouvelle Russie, A. Colin 2000
(2) www.bdic.fr/rideco/rideco.htm
15 janvier 2001 et 6 juin 2001
(3) www.russie.net/infos
18 février 2002
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