INSEE Première n° 444 - LA POPULATION DE LA FRANCE
Une croissance sans précédent depuis 1946 (extraits)
Fabienne Daguet
Division enquêtes et études démographiques, Insee
De 1946 à 1996, la population de la France métropolitaine est passée de 40 à 58 millions d'habitants. Elle n'a cessé de croître, mais moins rapidement à partir de 1975. Le nombre des naissances a toujours nettement dépassé celui des décès : le "baby-boom" a duré jusqu'au milieu des années soixante, puis l'arrivée des femmes de ces générations nombreuses à l'âge de la maternité a compensé partiellement la baisse de la fécondité. L'accroissement de la population provient aux trois quarts de l'excédent naturel et au quart des gains migratoires, importants surtout de 1955 à 1973. En cinquante ans, le vieillissement s'est accentué : la part des personnes âgées de 65 ans ou plus est passée de 11 % à 15 % ; celle des jeunes de moins de 20 ans a diminué de 29,5 à 26 %, après être montée à 34 % à la suite du baby-boom.
La France métropolitaine compte 58 millions d'habitants en 1996 ; elle en comptait 40 millions en 1946. La population a donc augmenté de près de moitié en cinquante ans alors qu'elle oscillait autour des 40 millions depuis la fin du XIX e siècle. L'excédent naturel toujours positif et les gains migratoires ont contribué à cette augmentation rapide. La croissance de la population a atteint 9,5 pour mille en moyenne annuelle entre 1946 et 1974. Elle s'est ensuite ralentie, passant à 5,2 pour mille par an de 1975 à 1995.
Les naissances ont toujours largement dépassé les décès
(...)Un quart de l'accroissement de la population est dû aux migrations
Après la Libération, l'économie en reconstruction, puis en pleine croissance, s'est heurtée à l'insuffisance de la main-d'uvre. Aggravée par les pertes de la Seconde Guerre mondiale, celle-ci découlait principalement du déficit des naissances de 1915 à 1919 et de la baisse de la natalité pendant l'Entre deux-guerres. Pour y remédier, l'Etat et les entrepreneurs ont encouragé l'immigration étrangère, qui s'est intensifiée à la fin des années cinquante. D'autre part, la décolonisation a provoqué l'entrée de près d'un million et demi de rapatriés à partir de 1956, dont 650 000 rapatriés d'Algérie en 1962. En 1974, le ralentissement de la croissance économique et la volonté de limiter l'augmentation du nombre des étrangers ont abouti à l'arrêt officiel de l'immigration permanente des travailleurs étrangers. L'immigration a ensuite diminué fortement, mais ne s'est jamais tarie, notamment à cause du regroupement familial. L'aide au retour n'a eu pour sa part que des résultats limités.
Sur les cinquante dernières années, les soldes migratoires annuels ont donc été constamment positifs. Les plus importants, de 1955 à 1973, ont parfois atteint, voire dépassé, les 200 000 personnes mais ils sont demeurés globalement moins élevés que ceux des années vingt. Sauf en 1962, ils sont restés inférieurs à l'excédent naturel, à la différence de l'Entre deux-guerres. L'excédent migratoire explique le quart de l'accroissement de la population au cours des cinquante dernières années (tableau 1) . Suivant les périodes, cette contribution a varié : 13 % de 1946 à 1954, 36 % de 1955 à 1973, 19 % de 1974 à 1994. Les rapatriés d'Algérie ont compté pour un quart dans le solde migratoire de 1946 à 1995.
Au cours de ce demi-siècle, la part de la population née hors métropole a quasiment doublé : de 6 à 11 %. Elle est particulièrement élevée dans les générations nées de 1940 à 1945 (17 à 18 % au recensement de 1990). On constate également que, par rapport aux générations qui les entourent, celles de 1915-1919 ont largement bénéficié des entrées (14 à 17 %) .
Depuis le début des années soixante-dix, le pourcentage d'étrangers dans la population métropolitaine s'élève à 6,5 % environ. Il a retrouvé le niveau atteint en 1931, après la grande vague d'immigration ouvrière des années vingt. La proportion de Français par acquisition a également augmenté (3,1 % en 1990 contre 0,9 % en 1931). Celle des Français de naissance est ainsi moins élevée (90,5 % en 1990 contre 92,5 % en 1931). La contribution étrangère aux naissances en France métropolitaine a augmenté au cours des années soixante et soixante-dix, elle a peu varié ensuite. En 1950, une naissance sur vingt était issue d'au moins un parent étranger, et une sur sept en 1993.
Le vieillissement s'est poursuivi
(...)Pour comprendre ces résultats
L'indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité des femmes de 15 à 50 ans une année donnée. C'est le nombre moyen d'enfants par femme d'une génération fictive de femmes qui auraient, tout au long de leur vie, la fécondité par âge observée l'année considérée. Il n'indique pas le nombre d'enfants réellement mis au monde par une génération de femmes.
La génération est l'ensemble des individus nés au cours d'une année civile donnée.
L'excédent naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès une année donnée.
L'excédent migratoire ou solde migratoire ou gain migratoire est la différence entre le nombre de personnes entrées et le nombre de personnes sorties (non compris les touristes et travailleurs saisonniers) pour une année donnée.
L'espérance de vie à la naissance est égale à la durée de vie moyenne d'une génération fictive qui aurait tout au long de son existence les conditions de mortalité par âge de l'année considérée.
La population totale de la France, ainsi que sa répartition détaillée par sexe et âge, est observée directement à l'occasion des recensements généraux de la population qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont eu lieu en 1946, 1954, 1962, 1968, 1975, 1982 et 1990. Les évaluations à chaque premier janvier sont fondées sur les résultats des recensements, les données de l'état civil et l'estimation des soldes migratoires.
Les statistiques de naissances et de décès sont données par l'état civil et peuvent être considérées comme d'excellente qualité. Les soldes migratoires annuels entre deux recensements sont calculés à partir de données fragmentaires - principalement les flux d'entrées observés chaque année par l'Office des migrations internationales (OMI) - et calés sur le solde migratoire inter censitaire apparent. Après le prochain recensement prévu en 1999, les soldes migratoires annuels de la période 1990-1998 seront recalculés, et les séries de population rectifiées.
Source : cédérom "Tableaux de l'économie Française" (TEF) - Edition 1999 et 2001- INSEE - CNDP - CRDP Languedoc-Roussillon