" Toute carte est interprétation. Or lire une carte, c'est l'interpréter. Donc lire une carte, c'est interpréter une interprétation "(1).
Tout phénomène cartographiable relève à la fois de la géographie (tracé d'un fleuve, répartition des hommes, localisation de ressources pétrolières ) et de l'histoire. Etudier un événement, l'espace dans lequel il se déroule, conduit nécessairement à prendre également en considération des cartes actuelles et historiques. Elles permettent de comprendre l'évolution d'une situation (ex. le déplacement d'une frontière). Les cartes occupent une place non négligeable dans les différents supports de diffusion de l'information L'émission le Dessous de Cartes est présentée par J.C. Victor comme " des cours télévisés de géopolitique" dans le but de " faire comprendre plutôt que faire savoir ". La carte étant un outil de représentation concret, la représentation par la carte c'est donc dessiner pour " rendre présente " une situation.Cependant les cartes ne sont pas toujours mises à la portée de tous : une libre utilisation de la carte est le signe d'une libre circulation des citoyens. Là où la liberté n'existe pas " on fait des cartes mais on ne les montre pas " selon la formule de Pierre Gentelle au sujet de la Chine. A l'inverse les sociétés démocratiques la diffusent largement.
L'échelle choisie est à ce titre de première importance : Y. Lacoste rappelle ainsi que dans de nombreux états non démocratiques la carte à grande échelle ou encore le plan des villes n'était pas rendu accessible à la population mais réservée aux cadres politiques ou militaires. Faut-il rappeler que le globe, dans le passé était le symbole du pouvoir et du savoir et la cartographie " la science des princes "?
La carte donne une lecture précise de l'espace occupé et fournit nombre de détails sur l'espace présenté. Mais il est primordial de souligner que la carte a également une dimension suggestive, elle peut-être utilisée pour faire admettre au public les idées qu'elle avance. Lacoste insiste, sur le fait que les thèses géopolitiques en concurrence utilisent les cartes qui leur conviennent le mieux. Les cartes ne sont pas des documents neutres. C'est ce que souligne Michel Sivignon lors d'un débat d'un café géographique " D'autres pays préfèrent nier les différenciations nationales. C'est le cas de la France, où l'on ne représente jamais les minorités nationales. Et lorsque l'Encyclopédie soviétique avait publié une carte des minorités nationales en France, le PCF de Maurice Thorez avait protesté : il n'y a qu'un seul peuple français !" .
Dans son article le dessus de cartes paru dans Courrier international, Claude Leblanc au sujet de la guerre en Irak affirme quant à lui début avril 2003 :" Reste à proposer ce que le monde sera après la fin de l'intervention anglo-américaine. Les journaux se contenteront-ils de reprendre les cartes d'avant guerre ou bien ajouteront-ils des éléments susceptibles de nous faire comprendre que les semaines de conflit auront profondément bouleversé l'équilibre régional ? Quand on sait que la publication d'une carte peut avoir des conséquences à long terme sur le destin d'un pays ou d'une région, cela devrait inciter à la prudence ".La carte à l'évidence est donc à la fois un outil et un enjeu qui occupe une place de premier ordre dans le débat géopolitique. Il apparaît essentiel d'avoir constamment à l'esprit ces deux paramètres.
Sources :
(1) Les cafés géographiques : Le péché cartographique : le cas des Balkans
Débat animé par Michel Sivignon, université de Paris X.
http://www.cafe-geo.com/cafe2/article.php3?id_article=96Courrier international : Le dessus des cartes article de Claude Leblanc courrierinternational.com/numeros/648/342003_analyse.asp?TYPE=analyse
Dessous des cartes : La géopolitique pour tous : Entretien avec J.C. Victor
http://www.arte-tv.com/hebdo/dessouscartes/20000429/ftext/Guellec J., Atlas de l'espace mondial, ellipses, 1999
Lacoste Y. (dir.), Dictionnaire de géopolitique, Flammarion, 2e édition mise à jour, 1995 -article carte-