Contributions

 

Compte-rendu

Animation pédagogique – IUFM de Rennes – Jeudi 22/02/2001

Madame Sylvia Le Bars, maître de conférence à l’Université de Rennes II – Département d’anglais.

 

 

« Une minorité qui fascine : les Chicanos aux Etats-Unis. »

 

Depuis une dizaine d’année, l’on assiste aux Etats-Unis à un mouvement de rejet de la population hispanique qui sera, à partir de 2005, la première minorité car elle représente déjà 11.8 % de la population « américaine » (12 % pour la population noire).

Les Latinos (terme utilisé aux Etats-Unis) et que remplace « Hispanics » sont l’un des groupes ethniques dans lesquels on demande aux « états-uniens » de se situer lors des recensements. Ils présentent des diversités sur le plan des origines mais ont en commun la langue et la religion catholique. On observe aussi des diversités de classes sociales : les plus riches étant les cubains, viennent ensuite les Mexicains puis les Portoricains ; diversité de statuts également car il y a 5 millions de clandestins aux Etats-Unis dont 3 millions de Mexicains. Depuis les années 80, on assiste à l’émergence d’une culture hispanique.

Les facteurs de cette émergence sont multiples :

1 million d’immigrants arrivent annuellement aux U.S.A. en provenance d’Asie (40 %) et du monde hispanophone (45 %). L’immigration ne vient plus comme avant d’Europe (voir à ce sujet l’ouvrage de Dominique Daniel L’immigration aux Etats-Unis de 1607 à nos jours. Ellipses 1998).10 % de la population des U.S.A. sont nés à l’étranger.

Le regroupement familial a été favorisé.

On remarque une forte croissance de la minorité hispanique : les femmes latinas sont jeunes et ont plus d’enfants que les noires et les blanches.

30 % des Latinos sont installés en Californie et dans le sud-ouest des Etats-Unis. 1/3 de la population californienne est latina.

Ils revendiquent des droits en fonction de ce statut de Chicanos.

 

Le rejet de la population revêt différentes formes :

 

On assiste à un exode - white flight - des blancs de Californie vers l’Oregon et Washington. Très anecdotique, ce phénomène est médiatisé (voir l’ouvrage de T. Boyle, The tortilla curtain, New-York, Penguin Books, 1995).

Différentes lois (en 1995 et en 1997) ont été promulguées pour juguler l’immigration, limiter le nombre de latinos et favoriser une immigration des Européens mais sans succès car les contrôles d’identité s’avèrent impossibles (pas de carte d’identité aux Etats-Unis) et les employeurs ont besoin de cette main d’œuvre.

En 1986, 3 millions de clandestins ont été « légalisés » (dont 2 millions de Mexicains) mais en même temps des sanctions étaient prises contre les employeurs qui continuaient à embaucher des clandestins.

En 2001, un accord a été passé entre les présidents Bush et Fox sur la main d’œuvre mexicaine nécessaire dans l’agriculture et les services.

          L’exemple de la Californie :

          Plusieurs propositions de lois d’initiative populaire ont vu le jour :

En 1994, la proposition 187, voulant priver des Mexicains de l’aide médicale d’urgence et refusant de scolariser les enfants a été invalidée mais était le premier message « fort » en direction des hispaniques.

En 1998, la proposition 209 supprime les programmes de l’ « Affirmative action » (développement préférentiel ou discrimination positive) et est toujours en vigueur, mais les programmes fédéraux sont maintenus.

En 1998 encore, la proposition 227 remplace tous les programmes d’enseignement bilingues (une mesure également votée en Arizona) pour lutter contre l’influence culturelle et politique des hispanophones à travers leur langue.

Le rôle des hispaniques :

Dans l’agriculture et les services, on assiste à un déplacement de la population noire qui occupait ces emplois jusque dans les années 80.

Leur rôle est de plus en plus important dans le système politique : les deux candidats aux dernières élections présidentielles (Bush et Gore) avaient un site internet en espagnol.

Même si beaucoup de Latinos sont réticents à adopter la nationalité nord-américaine - sauf dans les moments de crise - ils ont aussi de plus en plus d’élus. Des associations de défense des Latinos voient le jour (MALDEF – Mujeres Latinas à Laredo, des universitaires femmes proposent une aide aux femmes des Colonías pour y améliorer les conditions de vie).

Il faut remarquer le « boom » récent de la culture latino : chansons, sites web, presse, peintures murales (voir à ce sujet l’ouvrage de Annie Tréguer, Les murs peints de la communauté chicanos aux Etats-Unis, PUF)

 

Les questions posées à Madame Le Bars :

Q : Où en est le projet de construction du mur dans le Pacifique ?

S. L. B. : Le projet est en cours mais les autorités rencontrent de grandes difficultés (site protégé). Par ailleurs, ces constructions s’avèrent inutiles : beaucoup de clandestins arrivent aux Etats-Unis avec un visa touristique et ne rentrent plus. Les techniques de passage sont toujours en avance sur ce que la migra peut imaginer.

Q : Quelles sont les conséquences de l’immigration sur la vie économique du Mexique ?

S. L. B. : Il y a un effet positif car le Mexique peut ainsi en partie résoudre le problème du chômage. Mais il faut remarquer un exode du sud du pays vers la capitale, México D. F. , puis vers les maquilas de la frontière, provoquant ainsi la déstabilisation de l’économie rurale mexicaine. Dans les maquilas, les salaires sont 5 à 6 fois inférieurs à ceux des Etats-Unis. On comprend donc ce souhait d’aller dans le nord (voir à ce sujet l’ouvrage de Adolfo Gilly, Notre chute dans la modernité, Paris : Syllepse, 1992).

Il faut remarquer que la révolte des Chiapas a coïncidé jour pour jour avec la mise en œuvre de l’ALENA. Les indiens des Chiapas se sentent encore plus marginalisés par les choix politiques du gouvernement mexicain et la mise en place du traité de libre-échange (Mexique – USA – Canada).

Par ailleurs, le taux de pauvreté est important dans la zone frontière, c’est à dire 150 kilomètres au sud et au nord du Río Grande. On pourrait même dire qu’il s’agit d’un troisième pays (11 millions d’habitants) et des deux côtés de la frontière, on vit dans le même monde.

L’ALENA ne parle que de « libre circulation des marchandises » mais ne dit rien sur la libre circulation des personnes : la question de l’immigration n’est toujours pas réglée.

Un million et demi de Mexicains travaillent dans 3500 maquilas de la frontière : ces ateliers de montage (poupée Barbie par exemple) dont le nombre continue d’augmenter et où est employée une main d’œuvre essentiellement féminine, entraînant ainsi un bouleversement de la structure familiale traditionnelle mexicaine. Il faut signaler les abus au niveau du droit du travail dans ces maquilas : contrôles aberrants des employées, conditions de travail rendues très difficiles par exemple par la manipulation de substances toxiques et dangereuses…

: Qui parle le « spanglish » ?
S. L. B. : Il y a un spanglish littéraire, dans la communauté portoricaine de New York notamment, et un spanglish de la rue parlé par des jeunes Mexicains ou Portoricains. On peut parler de jeu linguistique de la part des jeunes et de créativité dans le domaine littéraire par ceux qui connaissent les deux langues. Le spanglish est une forme de créolisation de la langue ; la littérature chicana est importante aux Etats-Unis et des universités de Californie lui consacrent un enseignement.

Quelques ouvrages à consulter :

Ada Savin Les chicanos aux Etats-Unis, étrangers dans leur propre pays.L’Harmattan 1999
Isabelle Vagnoux Les hispaniques aux Etats-Unis Que sais-je n° 3564

                                                                                                                        volver