La politique documentaire académique

 

Note de présentation

L’émergence de nouveaux dispositifs pédagogiques au niveau national, a soulevé des interrogations sur le rôle des documentalistes dans l’académie de Rennes :
- au sein de l’IUFM lors de la conception des modules de formation initiale et continue,
- entre les opérateurs académiques qui doivent accompagner l’évolution de la fonction documentaire (CRDP, SERIA, DRONISEP, corps d’inspection,…)
- à l’échelon des collectivités territoriales qui, à l’occasion des plans de restructuration ou d’équipement des établissements scolaire,  tiennent compte des orientations pédagogiques,
- chez les documentalistes eux-mêmes qui, au cours de rencontres avec l’IA-IPR Etablissement et Vie Scolaire ont exprimé un besoin de clarification de leur action à l'occasion de groupes de secteur, de stages, d'audiences,
- au sein des établissements, où des problèmes organisationnels ont fait émerger la nécessité de définir des projets CDI et le rôle des documentalistes dans des projets pédagogiques globaux.

Le projet académique pose également, à travers son opérationnalisation, la question de la place de la fonction documentaire dans les établissements scolaires :

Ambition QUALITE 

orientation 3 - « inciter les élèves à utiliser plusieurs sources documentaires, à soumettre leurs certitudes à l’épreuve des faits »
orientation 4 - « accompagner les équipes par une mise en réseau des ressources »
orientation 5 - « permettre aux familles d’avoir accès à l ‘école (ouverture des ressources culturelles et documentaires aux parents)

Ambition MODERNISATION :
orientation 13 - « proposer aux élèves de meilleures conditions de travail et d’apprentissage ».

Le texte proposé est de nature à préciser la place de la fonction documentaire dans la démarche d’apprentissage des élèves ( voir l’action 3 du programme annuel d'actions académiques P3A     (). Il constituera un socle de réflexion dans les différents champs ou territoires de l’animation académique :
- Il pourra faire l’objet d’une présentation (voire de concertations) lors des travaux de pré-rentrée dans chaque établissement du second degré de l’académie de Rennes.
- Il sera présenté dans les bassins d’animation de la politique éducative, lors de rencontres animées par les IA-IPR établissement et vie scolaire et réunissant documentalistes et personnels de direction.
- Dans le champ de la formation des personnels, la réflexion sera relayée par les inspecteurs vie scolaire et disciplinaires.
Ce texte servira de référence au CRDP, au SERIA, à la DRONISEP, pour des rubriques d’informations et d’échanges en direction des documentalistes sur leur site respectif. Un comité de rédaction académique permettra d’harmoniser les productions.

La fonction documentaire 
dans les établissements scolaires

Alors que de nouveaux dispositifs (TPE, PPCP, travaux croisés, itinéraires de découverte) situent l’utilisation de sources documentaires au cœur du développement de l’autonomie des élèves dans leurs démarches d’apprentissage, des ambiguïtés subsistent dans les représentations des différents acteurs, personnels de direction et documentalistes notamment. Or, pour mener une politique cohérente, il faut d’abord clarifier, élucider la question du statut actuel de la documentation au sein des établissements. Il faudra aussi réfléchir à la place du CDI et au rôle des documentalistes ; trop souvent il y a confusion entre l’un et l’autre comme s’il existait une relation d’appartenance réciproque.

Il est aujourd'hui nécessaire de clarifier les enjeux actuels de la fonction documentaire pour permettre aux chefs d’établissements et aux documentalistes de mieux situer cette fonction au service des apprentissages des élèves, dans une perspective de changement des pratiques pédagogiques.

La fonction documentaire est une fonction partagée qu’il convient de penser et d’organiser en termes de projet de service, au service des apprentissages des élèves.

Trois points seront développés :
- La fonction documentaire : une fonction partagée,
- Le CDI : au centre d’un réseau de ressources,
- Les documentalistes : des compétences renouvelées.

La fonction documentaire : une fonction partagée

Une démarche centrée sur l’élève :
C’est à l’établissement que l’on demande aujourd’hui d’opérationnaliser, de la façon la plus pertinente possible, les orientations nationales, dans les trois champs qui sont ceux des missions assignées au système éducatif :
- l’enseignement, la transmission des savoirs et des savoir-faire,
- l’éducation, l’ouverture culturelle et sociale,
- l’orientation et la préparation de l’insertion.
L’établissement doit être en mesure dans ces trois domaines de prendre en compte les réalités locales et d’apporter sa plus-value afin de conduire à la réussite, les élèves qui lui sont confiés. Cela implique de définir la position de la démarche documentaire dans les modalités d’apprentissage.

Dans un environnement complexe, fluctuant, se recentrer sur le sujet est la seule réponse possible (« l’élève au cœur du système éducatif »). 
Trois conditions au moins sont nécessaires pour faciliter l'apprentissage de l'élève :
- faire en sorte qu’il puisse exploiter ses possibilités cognitives,
- mettre en place un certain nombre de dispositifs qui favoriseront la construction de la personne, l’émergence d’un individu citoyen, entre individualisation et socialisation,
- faire que l’élève identifie les clés nécessaires à la compréhension de son devenir et s’approprie des savoirs pour étayer ses choix d’orientation.
Au carrefour de ces processus de construction de sens, il faut prendre en compte le rapport de chacun à la ressource documentaire et en faire un axe prioritaire du projet d'établissement.

 

Une démarche de projet partagé :
Ici comme ailleurs, nous pourrions identifier quelques « incontournables » de la démarche de projet :
- prendre appui sur une connaissance des besoins du public, c’est à dire les élèves bien sûr, mais aussi les enseignants ou d’autres usagers potentiels tels que les parents ou des partenaires extérieurs selon la situation de chaque établissement et son degré d’ouverture ;
- identifier les ressources ;
- faire des propositions à partir d’un travail d’équipe et de négociations ; les liens avec les conseils d’enseignement sont nécessaires. Il s’agit de définir la démarche documentaire, son organisation, son financement dans les choix pédagogiques de l’établissement ;
- communiquer de manière ciblée (présentation au CA dans le cadre du projet d’établissement)
- assurer un suivi, une régulation pour évoluer.
Dans cette démarche, si le documentaliste est le chef de projet, les enseignants en sont des acteurs et le chef d’établissement a un rôle de médiateur, de régulateur, c’est lui qui crée les conditions du partenariat et du travail en équipe.

 

Une démarche qui intègre les évolutions du système éducatif :

Aujourd’hui trois séries d’évolutions sont à considérer :

- Les nouveaux dispositifs pédagogiques :

Ces nouveaux dispositifs constituent des espaces-temps où l’on peut espérer voir s’articuler de manière plus harmonieuse les logiques disciplinaires et les logiques documentaires. Ils devraient favoriser le passage d’une logique de programme à une logique de projets ; le rôle des documentalistes ne saurait se limiter à celui de magasinier ou de fournisseur d’accès aux documents.
Le protocole d’expérimentation des TPE durant l’année 1999-2000 a précisé le rôle des documentalistes et la fonction des espaces documentaires de l’établissement.
La circulaire n°2000-009 indique que des thèmes seront sélectionnés par les professeurs et les documentalistes à partir de la liste nationale.

Les aides–éducateurs, qui interviennent déjà dans les établissements en appui aux documentalistes, pour une aide à la documentation ou à l’utilisation des TICE permettront par leur présence, d’élargir l’accès aux salles spécialisées et aux salles de travail individualisé, élément nécessaire au bon déroulement des TPE. Ils constituent une ressource en personnel d’accompagnement pour permettre le travail autonome des élèves.

Dans le cadre de l’ECJS, la réalisation du dossier documentaire préparant le débat argumenté doit être l’occasion d’une étroite collaboration entre le professeur chargé de l’ECJS et le professeur documentaliste pour la formation à la recherche documentaire, mais aussi pour l’élaboration commune d’outils d’évaluation.

Concernant les PPCP, il s’agit là aussi de développer les coopérations. Les référentiels de formation des élèves mentionnent la capacité à s’informer et à se documenter. Il sera souvent nécessaire d’enrichir les ressources documentaires du domaine professionnel, en collaboration avec les chefs de travaux.

En collège, les travaux croisés s’inscrivent dans le cadre des objectifs de la classe de 4ème. Ils ont, avec les parcours diversifiés et les itinéraires de découverte, pour principal objectif de mettre en place des pratiques interdisciplinaires qui donnent plus de sens aux apprentissages des élèves.

- Les technologies de l’information et de la communication :
La psychologie cognitive, les théories de l’apprentissage nous éclairent aujourd’hui sur les enjeux mais aussi les limites du tout « multimédia ». Il s’agit de placer l’outil au service de la pédagogie et non l’inverse. C’est cependant l’occasion de repenser les questions de fond de la démarche documentaire : accès au document, questionnement, accès à l’information, traitement de l’information, validation, interactivité, confrontation des sources, travaux individuels ou de groupes etc…

- Les territoires de mise en œuvre de la politique éducative :
Certaines mutualisations, certains réseaux documentaires pourraient se structurer au niveau des BAPE afin de mieux servir la continuité éducative et la continuité du parcours des élèves.
A l’occasion des réflexions inter-cycles école-collège et collège-lycée, le thème de l’accès des élèves aux ressources est un thème à partager .

Le C.D.I  au centre d'un réseau de ressources

Le CDI, lieu spécifique de la vie scolaire
Trop souvent, la fonction du CDI est détournée et sert de palliatif aux problèmes de la vie scolaire (accueil de groupes en cas d’absences par exemple). Le projet doit définir sa place spécifique dans le développement de l’autonomie des élèves et son articulation avec d’autres lieux pour faciliter et contrôler les déplacements et l’accès à l’information (salle de permanence par exemple). De même, l’accès au multimédia ne devrait pas reposer uniquement sur le CDI. Son articulation avec la vie de la classe doit être pensée ; le "temps CDI" apparaît parfois comme un appendice de la classe sans rien changer au fonctionnement ordinaire de celle-ci.

Le CDI, centre nerveux de l’information
Le CDI doit devenir « le centre nerveux de l’information » et ne plus se cantonner dans un rôle purement documentaire ou d’espace de « lecture tranquille ». C’est un lieu en réseau avec d’autres sites, qui aide les enseignants à devenir des accompagnateurs de travaux autonomes dans l’exploitation de toute documentation. C’est aussi un point d’identification de toutes les ressources de l’établissement, même si celles-ci sont stockées ailleurs. C’est un centre stratégique d'apprentissage des méthodes et outils nécessaires à l’appropriation de l’information. C’est un lieu d’ouverture, un élément dynamique de l’évolution de l’établissement .

Le CDI, un service
L’image d’un documentaliste animant seul « son CDI » doit céder le pas à celle d’un service organisé et dont les temps sont pensés en termes de priorités éducatives et de formation. A l’heure actuelle, l’ouverture du CDI privilégie davantage la logique d’accueil que celle de travail en commun, de même, la confection des emplois du temps obéit d’abord à l’approche disciplinaire. Temps et espaces doivent donc s’articuler autour des différentes fonctions du CDI : la fonction technique (tâches de la chaîne documentaire), la fonction d’accueil, la fonction loisirs, la fonction orientation, la fonction pédagogique.

Les enseignants documentalistes : 
des compétences renouvelées

Etre ressource en ingénierie pédagogique
L’activité conduite par les documentalistes doit être centrée sur le savoir : «à la fois professionnel de l’information, enseignant, éducateur et gestionnaire, l’enseignant documentaliste est appelé à jouer un rôle essentiel dans la définition de la politique documentaire de l’établissement scolaire et à participer aux activités qui conduiront les élèves à une meilleure maîtrise de l’information »

L’enseignant documentaliste doit :
- proposer la politique documentaire de l’établissement, elle doit être vue comme une ressource au service des apprentissages,
- connaître les principes, les procédures et les règles de base de la profession.
Dans son champ de compétences, le documentaliste participe dans l’établissement aux actions de formation, celles-ci s’adressent aux élèves ainsi qu’aux enseignants.

Son champ de compétences porte sur :
- la connaissance des sources d’information,
- les stratégies de recherche d’information et l’analyse critique des sources,
- le traitement de l’information,
- l’auto-évaluation des productions et des processus (élaboration de critères de réussite avec les enseignants).

L’enseignant documentaliste participe de l’ouverture de l’établissement et il facilite l’émergence de projets interdisciplinaires.

Maîtriser les TICE
Les données nouvelles demandent des connaissances minimales en informatique et TICE, elles ne doivent cependant pas conduire à transformer les documentalistes en informaticiens ou en gestionnaires de réseaux. En revanche, le documentaliste devrait être en mesure de préciser à la fois les intérêts et les leurres de l’introduction du multimédia dans la recherche documentaire et la démarche d’apprentissage des élèves. Par exemple : être capable de situer les notions telles que les interactions, l’interactivité et la multimodalité,  pouvoir définir des configurations en fonction des objectifs pédagogiques (travaux en petits groupes, exercices individuels, intervention en groupe classe…). Le documentaliste doit aussi être capable d’attirer l’attention et d’expliquer les pièges liés :
- à la complexité du système,
- à la déperdition d’information au-delà de la 3ème page de consultation
- à l’absence de lisibilité par trop de contenus,
- à l’indexation, qui a souvent été réalisée à partir du langage des experts et insuffisamment à partir du langage naturel des consultants.

Organiser un service
Le documentaliste est chargé d’organiser un service, un espace, un fonds, des outils. Le dispositif étant conçu en fonction de son efficacité, il est appelé à gérer un ensemble de gisements documentaires et à organiser un système d’information dont le CDI n’est que le noyau dur.

Le documentaliste doit :
- organiser, maintenir et développer un système d’information,
- identifier et organiser les ressources humaines et les compétences d’une équipe au service du projet,
- appliquer une politique d’acquisition qui s’appuie sur les besoins des usagers de la communauté scolaire,
- concevoir un dispositif de communication dans et hors l’établissement scolaire,
- mettre en œuvre des outils d’analyse et de gestion au service d’une politique,
- procéder régulièrement à des bilans d’activités.

Si le documentaliste est le responsable du service, le chef d’établissement assume la responsabilité de la politique documentaire de l’établissement.

Les I.A.-IPR Vie Scolaire
Josiane Ballouard
Michel Ertaud
Roger Fetter